Menagiana, t. III (Paris, 1715), SB
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qui était dans un de ses bons jouis, lui prodigua mille grâces et compliments. Elle n'en fut pas dupe. « Vous riez de la pauvre vieille, lui dit-elle; riez, grand génie, riez! ne faut-il pas que tout le montle contribue à votre divertissement ? » Cette riposte, loin de déplaire à celui qui en était le destinataire, fut au contraire de son goût et, dès ce moment, Richelieu combla la demoiselle de politesses et de prévenances. Dès qu'elle fut partie: « Il faut faire quelque chose pour Mlle de Gournay, dit-il à Bois-Robert ; je lui donne deux cents écus. » — Mais, répond Bois-Robert, prompt à tirer parti des circonstances, Mlle de Gournay a auprès d'elle Mlle Jamyn (bâtarde d'Amadis Jamyn, qui fut page de Ronsard . — Ajoutez 50 livres pour Mlle Jamyn, prononça le cardinal. — Ne donnerez-vous rien, Eminence, à Mlle Piallon, sa chatte ? — Eh bien ! 25 francs pour Mlle Piallon. — Mais elle a chatonné. — Une pistole, donc, pour les chatons ! » Tel était, dans ses échappées de bonne humeur, rhomme (|ui, à d'autres moments, signait les arrêts de mort de Montmorency, de Cinq-Mars et de rinfortuné de Thou.
Une situation aussi privilégiée que celle de Bois-Robert ne pouvait que lui attirer des envieux. A deux reprises, il encourut la disgrâce de son maître. Le jour de la représentation de Mirame,
pour la([uelle le cardinal avait dépensé plus de cent mille éciis, dans le ]nagnifi(|ue ihéàlie qu'il venait de faire eonslruiie, Bois-Robert avait l'ail pénéticr dans la salle deux femmes d'une ié|)ulatioii é((uiv(>(|ue. On devine les ehuchotemeiils, puis les murmures, d'une soeiélé triée sur le volet, où tout ee (|ui avail un nom ou une place à la Cour figuiait. La duchesse d'Aiguillon représenta à son oncle combien Bois-Roberl avait été coupable de profaner son palais, sans res})ect [)our la |)résence de la Heine, de loules les nobles dames et de lous les personnages présents. Le roi, informé, dit à Richelieu, avec ce petit air de triom|)he qu'il savait si bien prendre, (piand il pouvait Irouvei- stui ministre en faule, cpie Bois- Robei't (b'shouorait sa maison ; force fut de le sacrifier'.
(iC (pii élail grave, c'est (|ue, |)eu aupai'a\anL Bois-Hobert était lomb('' innocemment dans un piège, à lui tendu par des courtisans cpii xoulaienl le perdre. Richelieu, ayant composé une ti-agédie
1. Saclianl le crédit dont son ami Bautru jouissait auprès de Richelieu, Bois-Robert lui conta sa mésaventure, le priant d'intervenir auprès du cardinal. Après avoir énuméré quelques-uns des arguments qui plaidaient en sa faveur, BoisHobert ajouta : « Si vous aviez vu la personne au sujet de qui l'on m'accuse, vous en seriez surpris. Il ne faut que la voir pour connaître mon innocence. > A quoi répliqua Bautru : « Sa laideur vous e\cuse-t-elle ? Vous n'en êtes que plus coupable ! »
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assc^/ ridicule, la (liichcssc dWigiiilloii cl le iiiaii'chal (le la Meilleiaye engagèrent Bois-Roberl à essayer de faire eom[)i'endre au ministre que cette pièce n'étaitpas digne de lui, et qu'il ferait bien d'eninlerdire la leprësentation. Bois-Robert donna dans le ()anneau : le prélat, furieux, le prenant |)ar les épaules, le mit rudement dehors.
Celle disgrâce, la |)remière en dali', n'avait guère duré ([ue cpiinze jours. Richelieu était à Ruel, s'enniiyanl fort d(> n'avoii- plus auprès de lui ([uel(|n'iiu [)()ur houHonner. Entendant du bruit dans lanlichambre de la [)ièce où il se lenail ; « Qui esl là? demande-t-il à son médecin. — Monseigneur, répli({ue Citois, il ny a que ce pauvre Bois-Roberl, (|ue j'ai rencontré tantôt dans le |)arc et (pii allail se jeler dans l'eau, si je ne l'en eusse empêché. — Allons, allons, faites-le entrer, « et Bois-Robeil ne se le fit [)as dire deux fois. Il lui suffit de deux ou trois contes pour faire la paix avec son Eminence. Il lui fut [)lus difficile de faire oublier son incartade du Palais- Cardinal. Après quelques mois d'exil, l'Académie crut devoir solliciter, en corps, la grâce du cou- |)able; le cartiinal, lout en recevant fort bien la délégation, dit ([ue l'heure du pardon n'avait pas encore sonné. Il fallut les instances réitérées de Bautru, et surtout l'intervention de Citois, qui savait quelle heureuse influence exerçait Tinta-
rissable gaîté de Bois-Robert sur la santé de son illustre client, pour que Richelieu consentit à céder.
Le réprouvé entra, en tremblant, dans le cabinet du ministre, qui lui sauta au cou en sanglotant. Richelieu avait la larme facile. Bois-Robert, qui avait les glandes lacrymales toujours un peu sèches, ne trouva pas d'autre parti à prendre que de se trouver mal. Mazarin, qui assistait à cette })arade de réconciliation, fit mander aussitôt un chirurgien, qui liia à Bois-Robert trois palettes de sang. C'était le seul bien, disait plus tard le malicieux bonhomme, que le successeur de Richelieu lui eût fait.
Mais à trop parler- des comparses, nous pourrions laisser oublier racleiir principal, et nous avons encore à dire au moins quehpies mots d'un travers i\u grand cardinal (|ui, à vrai dire, fut celui tte son temps.
Richelieu, au ra|)port d'un de ses meilleurs historiens ', n'était pas exempt d'un j)eiichant marqué vers la superstition; les pressentiments, les pronostics, les j)résages l'occupaient; il ne laissait pas de prêter attention à l'accomplissement de certaines prédictions, au sens de certains songes.