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Le docteur P. Servant, dans le Siècle, juinlS

Combien diderents les personnages, dans la solennité de leur rôle de païade et dans la misère de leurs infirmités cachées !

Pour prendre un exemple, placez, en regard du portrait que nous donnent les historiens de Louis XIV, le registre journalier qu'ont tenu les archiatres de ses moindres incommodités, et le contraste vous apparaîtra saisissant.

Au milieu de tous les autres hommes, écrit Saint- SimoH, sa taille, son port, sa beauté et sa grande mine, jusqu'au son de sa voix, et à l'adresse et la grâce naturelle et majestueuse de toute sa personne, le faisaient distinguer jusqu'à sa mort; jusqu'au moindre geste, son marcher, son port, sa contenance, tout mesuré, tout décent, noble, grand, majestueux et, toutefois, très naturel, à qui l'habitude et l'avantage, incomparable et unique de toute sa figure, donnaient une grande facilité.

Voilà le Louis XIV de Thistoire, voilà le Roi- Soleil ! Dépouille/ le monarque de son appareil et de sa pompe extérieure, et vous aurez un être valétudinaire, que la maladie constamment afflige, que médecins et chirurgiens ne cessent de tourmenter, celui-là combien plus vrai, combien plus humain !

De môme pour Puchelieu.

Enlevez à l'imposant cardinal l'auréole presti-

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gieuse qui le nimbe, et un autre homme se révélera : ce ne sera plus l'Eminence redoutée, le ministre devant qui tous s'inclinent, c'est le malade tremblant de fièvre, excrucié par des douleurs continues, et que mine graduellement une affection consomptive, dont sa rare énergie retardera l'inévitable dénouement.

(]eux-là seuls qui vivent dans son intimité, qui l'approchent à toute heure, peuvent dire ce que souffre cet homme, qui dissimule avec tant de soin ses infirmités, qui ne veut paraître, à aucun moment, leur être asservi. Ceux qui n'ignorent pas la cause de ces tourments incessants, de ces préoccupations qui ont presque toujours la grandeur de l'Etat pour objet, s'expliquent et excusent le caractère inégal, la sombre mélancolie, les terreurs qu'engendrent et entretiennent do fréquentes insomnies.

Le cardinal veille, quand le roi dort, reprochait un jour au ministre vigilant un libelliste à bout d'invectives. Richelieu dormait peu et travaillait sans relâche; c'est un des secrets de sa force, c'est l'explication de la besogne énorme qu'il est parvenu, dans une carrière relativement courte, à mener à bien. Dans le silence nocturne, quand tout repose, que les bruits se sont apaisés,

la pensée devient plus nette, l'esprit plus lucide ; il devient plus facile de coordonner ses idées, de mûrir ses réflexions, de préparer ses plans.

Un des historiens les mieux renseignés sur les faits et gestes du cardinal-ministre ', nous fixe sur sa méthode de travail.

Richelieu travaillait une partie de la nuit. 11 se couchait ordinairement sur les onze heures, et ne dormait que troi^ ou quatre heures. Son premier somme passé, il se faisait apporter de la lumière et son portefeuille, pour écrire lui-même ou dicter à une personne qui couchait exprès dans sa chambre. Puis il se rendormait sur les six heures et ne se levait qu'entre sept et huit. Selon la propre expression du cardinal, il ne prenait pas seulement le loisir de faire le malade, lorsqu'il l'était véritablement.

Jamais il ne reposait seul dans sa chambre, ayant toujours à ses côtés son « secrétaire de nuit », qui, selon la circonstance, était son médecin, son apothicaire, ou quelque personne attachée à son service.

Nous avons, à une autre place 2, établi le casier morbide du grand cardinal, type de l'arthritique tuberculeux, selon la conception du professeur Poncet (de Lyon).

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