‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 32 sur 113 · AvENEL, Lettres de B., t. F, Introduction, XCIX · texte numérisé non relu

AvENEL, Lettres de B., t. F, Introduction, XCIX

qu'étant à Bordeaux, durant six jours et six nuits il souffre d'un abcès, situé dans la partie la moins noble de son individu, abcès suivi d'une « suppression d'urine », qu'un chirurgien réputé de l'endroit réussit à guérir, grâce à un instrument dé son invention. Mais Richelieu ne se remettra jamais de cette alerte.

Après une convalescence des plus pénibles, il est repris de symptômes qui lui font craindre une récidive de son mal. Une saignée abondante ne peut arrêter le feu « aux parties que vous savez», écrit-il à un de ses correspondants : on devine qu'il s'agit d'hémorroïdes, qui l'obligent, comme naguère à Bordeaux, de se faire transporter en brancard, le seul véhicule qu'il puisse supporter.

L'air de la campagne a paru lui faire du bien, mais l'amélioration n'a été que momentanée : il a une nouvelle crise, qui lui rend pénible les voyages, même en litière.

Sa volonté se raidit devant la douleur. Il se félicite que ses plaies se cicatrisent, mais sa faiblesse est encore telle, qu'à Ruel il ne lui est « permis de prendre l'air que par la fenêtre dans une chaire et y faire deux ou trois tours » .

Il a essayé de se promener dans le jardin et s'est trouvé lual à deux i-oprises.

Pendant une période de six années, nous sommes

LE TrCMPEHAMENT DE RICHELIEU 157

privés de toute infoiniation sut' l'ëlat de santé du cardinal ; dans ses lettres, il n'est plus question de ses maladies jusqu'à l'an 1642, lors de son séjour à Narhonne ; c'est là (|ue lui surviennent ces abcès du l)ras dioil, (\u'\ nécessiteront |)lusieurs incisions et dont il ne se rétablira jamais complètement.

Nous avons dit ailleurs comment il l'ut tians- ])orté à Lyon ; de là, par Roanne, Montargis et Nemours, à Fontainebleau. Entre temps, il avait essayé des eaux de Bourbon-Lancy, sans résultat notable.

Il y arriva le 21 septembre : on écrivait, de cette station thermale, le 24, au président de Barillon, que le malade « sentoit desja du soullagement de baigner son bras dans un petit bassin que l'on luy a faict, ce qui faisoit croire qu'il y pourra demeurer plus longtemps que l'on ne croyoit. Et Mme d'Esguillon (qui arriva auprès de luile23) mande « qu'il ne sera pas ici (à Paris) d'un mois ».

Le cardinal ne resta que dix jours à Bourbon; la veille de son départ, il écrivait :

On me faict croire que je recevray à l'avenir du soulagement du séjour que j'ay faict aux eaux, mais pour le présent je n'en veoy pas grand elîet, quoy que je sois mieux que quand j'y suis arrivé.

Richelieu descendit la Loire jusqu'à Briare ; il suivit ensuite le canal de la Loire au Loing et de Nemours, où il reprit sa litière, il se fit porter à Fontainebleau, où il arriva le 13 octobre.

Trois jours après, il couchait à Gorbeil, et le lendemain il faisait une l'ontrée solennelle dans la capitale.

Nous ne conterons pas, l'ayant déjà narré, les dernières phases de ce drame émouvant, de cette lutte suprême d'un moribond contre la mort.

A bout d'énergie, par instants il s'aJjandonnait et laissait transpercer sou découragement ; mais il ne tardait pas à se ressaisir, si on hii laissait entrevoir quelque lueur d'espoir.

Tout malade qu'il fût, Richelieu n'oublia jamais l'étendue de sa tache, le souci de sa responsabilité ; il contiuuail à gouverner la France de son lit.

Une lettre d'un ses faïui licrs fait connaître l'emploi de ses journées, au plus fort de sa maladie.

n n'a jamais plus Iravaillé qu'il faict. Il travaille el fait esciipre soubs luy depuis sept heures jusques à S ; depuis 8 jusques à 9 on le pense ; depuis 9 jusques à 10 il parle à ceux qui ont à faire ;'t luy '.

1. BiBL. Nationale, MS., f. français 20.6.35. {Les Derniers Jours de nirltelieii, par le florteur P. Servant; Paris, LS86).

LE TEMPERAMENT DE RICHELIEU ir,0

Tel fut l'emploi du temps de ce « grabataire » qui, jusqu'à l'ultime souffle, consacra tout ce qui lui restait tie foices au bien et à la grandeui- de l'État.

Le dénouement, tout prévu qu'il fût, ne manqua pas de surprendre par sa brusquerie. Après une période d'accalmie, Richelieu fut pris, un matin à son réveil, tl'un frisson suivi de fièvre. « On ne luy fit rien tout ce jour-là, mais le dimanche la fiebvre augmenta, il fut saigné deux fois. » Les médecins ne laissaient cependant paraître aucune inquiétude, proclamant qu'il a n'y avait rien à craindre de ce mal et (|u'il n'aurait aucune suite ».

La nuit qui suivit justifia leur optimisme. Seul, Bouvart, que le roi avait dépêché auprès du cardinal, soupçonna une pleurésie, et Cytois n'était pas éloigné de partager son opinion; mais Hurtaudfut d'un avis difïerent de celui de ses deux confrères; il assura que c'était un « rhumatisme superficiel », et que « la fluxion n'était pas interne » !

Le lundi, la fièvre reparaissait et avec elle, les hémoptysies et l'embarras de la respiration. Bouvart ordonna une saignée. Le lendemain, l'état du malade avait empiré, la fièvre redoublait : on saigna encore deux fois l'infortuné patient.

A partir de ce moment, la Faculté l'abandonne aux empiriques. Une femme conseille de lui faire prendre de la fiente de cheval dans du vin blanc ; un médecin de Troyes, mieux avisé, lui administre une pilule d'opium, qui parait le soulager ; une seconde pilule produit un effet tel, qu'on croit le malade « quasi tout à fait hors de danger ».

Les médecins se reprenaient à l'espérance ; mais leur illusion fut de courte durée ; bientôt Richelieu entra en agonie. Il fit un si grand hoquet, qu'on crut que c'était la fin; un second hoquet, « sans foi'ce ni vi(donce », fut son dernier soupir.

Le cardinal su(C(>ml)ail à Tàge tie ciu(piante-se])t ans et trois mois.

L'autopsie démontra la présence d'un épanchement purulent, comprimant le diaphragme dans la partie inférieure de la cavité thoracique.

La fièvFC continue, les abcès du bras, l'état cachectique, confirment pleinement le diagnostic de tuberculose, dont un terrain, foncièrement arthritique, n'avait pu que retarder, sans l'enrayer, la progressive et fatale évolution.

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