‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 39 sur 113 · Journal de Barbier, avril · texte numérisé non relu

Journal de Barbier, avril

voulait tuer sa biche. Il l'a fait éloigner et il l'a tirée et blessée. La biche est accourue sur le sol et l'a caressé ; il l'a fait remettre au loin et l'a tirée une seconde fois et tuée. On a trouvé cela bien dur. On conte de lui quelques histoires pareilles, sur des oiseaux qu'il a à Passy.

Trois ans se passent et son caractère ne s'adoucit guère : on commence à craindre qu'il ne se corrigera pas. Ce pronostic était près de se justifier; écoutez l'aventure, dont maints témoignages nous garantissent la véracité.

Le Roi venait d'arriver à Fontainebleau tlepuis l'avant-veille. On avait imaginé, pour sa récréation, de lâcliei-, dans la galeiie des Cerfs, un chamois, ([ui sei\iiail de cible. Au moment où Teiifant allait le viser, passe dans le jardin M. de Sourches. Une idée tiavei'se le cerveau du féroce gamin :. « Je vais faii-e peur au grand })révôt ! » A peine a-t-il prononcé ces mots, que le bon M. de Sourches recevait une flèche dans le ventre ; la victime de cette sotte espièglerie faillit mourir à la suite de cet accident.

Encore se lùt-ilcontenlé de faire s'entre-dévoreiles bêtes; mais qui aime à voir souffrir les animaux est rarement pitoyable aux humains.

Grand ei l'orl, radolescent se montre ardent à tous les exercices qui demandent une forte dé-

pense d'activité physique. Il exige qu'on le suive à la chasse à l'heure où le soleil est \c ])luschau(l; une autre fois, il partait sous la pluie battante, exténuant de fatigue, sans se soucier ni de leur âge, ni de leurs inliruiités, ceux qui l'accompagnaient. A un de ses officiers il jouait un tour qu'il trouvait des plus plaisants : il le faisait niontei', sans chaussures, sur un cheval de manège vicieux; on dut s'empresser de venir en aide au cavaliei", pour qu'il ne fût pas désarçonné et jeté brutalement à terre.

Il ne dit jamais ce qu'il veut faire ^ ; il s'amuse à faire des malices à toute sorte de gens, coupant les cravates, les chemises, les habits; anachant les perruques et les cannes, et donnant quelquefois de bons coups aux jeunes seigneurs qui l'approchent"-.

Il déchire les manchons de ses courtisans et

1. « C'est un caractère caché, non seulement impénétrable dans son secret, mais encore très souvent clans les mouvements qui se passent dans son âme ». Duc de Luynes.

Dissimulé, il le fut toujours. Mme de Pompadour disait à sa femme de chambre, en parlant dun commencement d'intrigue du Roi avec la marquise de Coislin : « Vous ne le connaissez pas, la bonne; s'il devait la mettre le soir dans mon appartement, il la traiterait froidement devant le monde et me traiterait avec la plus grande amitié. Telle a été son éducation, car il est bon par lui-même et ouvert. » Mémoires de Mme du Haussel .

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