‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 41 sur 113 · D'Allo.wille, Mémoires seci-els, I · texte numérisé non relu

D'Allo.wille, Mémoires seci-els, I

'i. Journal de Malhieu Marais, III, 7Ô (25 janvier 1724).

LOUIS XV, ADOLESCKNT

(Par M. Bernigeiotli nis.)

fonnail, du fromage mou; un autre jour, il s'emporte contre un des seigneurs de la Cour, a Voilà, dit l'offensé, le premier soufflet qu'un gentilhomme ait reçu d'un roi ! » Mais cette fois, le maréchal de Villeroy, (jui a la charge de l'éducation du prince, exige qu'il présente des excuses à celui qu'il a outragé ; il y consent, mais garde une rancune tenace à celui qui lui a valu cette humiliation.

Si on ne lui résiste pas, il abuse de votre comj)laisance : il coupe les sourcils à trois écuyerset à deux autres personnes de son entourage, qui ont eu la bonté de lui passer ce badinage.

Malices, gamineries, diront les plus disposés à l'indulgence; mais ce qui se pardonne à l'être dénué de jugement et de raison, devient sans excuse chez l'homme fait qui a pleine conscience de ses actes. Un de ses ministres, qui, l'ayant approché de près, avait pu l'apprécier à sa juste mesure, voyait dans Louis XV « un homme sans âme et sans esprit, aimant le mal, comme les enfants aiment à faire souffrir les animaux ».

Sur sa dureté, on doit être fixé par ce que nous en avons dit ; mais l'esquisse que nous avons brossée s'accusera avec plus de relief, si nous en accentuons les traits. Voici, à cet égard, une anecdote caractéristique.

Un ami de Miiie de Poiiipadoiir, que la marquise appelait familièrement Boubou, et qui se nommait Darboulin, va rendre un jour visite à sa bienfaitrice, alors dans tout l'éclat de sa faveur.

Elle ne veut ])as le laisser partir avant qu'il n'ait vu le Roi, qui, très gracieusement, venant à lui, s'inquiète de sa santé. Darboulin lui conte qu'il a eu un accès de goutte aux deux orteils et qu'il s'en ressent encore. Lé Roi, ne paraissant porter aucune attention à ce qu'il vient d'entendre, parle d'autre chose, s'égaye avec les personnes présentes. Puis, on le voit s'approcher de Darboulin en lui tournant le dos et, appuyant ses talons sur chacun de ses pieds, lui demander si c'est là qu'il a eu la goutte. L'accès était à peine fini. Darboulin ressentit une vive douleur; il changea de couleur. Mmede Pompadour, le voyant grimacer, comj)rit ce qui se passait et appela le Roi poui* lui faire lâcher prise.

Louis XV tenait les propos les plus désagréables à ses courtisans. Un jour où le cardinal de Luynes lui faisait sa cour: « Cardinal, lui dit-il, votre bisaïeul est mort d'apoplexie ; votre père et votre oncle sont morts d'apoj)lexie ; vous m'avez l'air tle devoir mourir à votre tour d'un coup d'apoplexie. » — « Sire, répliqua le Cardinal, heureu-

seiiiciit que nous ne soiiiiiics pas aux temps des Rois |)roj)hètes '. «

Parlait-il à quelqu'un qui relevait de maladie, au lieu de le féliciter sur sa convalescence, il tâchait de l'effrayer et de lui faire envisager une rechute probable. M. de Hautefort, à peine rétabli, était allé remercier le Roi qui avait fait prendre souvent de ses nouvelles. Gomme il parlait de Tamélioration de son état, son interlocuteur royal l'entendant tousser : « M. de Hautefort, lui dit-il, voilà une toux qui sent le sapin ! ))

Il manifesta le même manque de sensibilité à l'égard du marquis d'Ecquevilly, qui appartenait au service de la vénerie et, de par sa charge, vivait dans l'intimité du Roi, Le marquis, étant tombé dangereusement malade, le Roi envoyait tous les jours quelqu'un s'enquérir de la santé de son serviteur. Le marquis, flatté de cette attention et pénétré de reconnaissance, n'attendait que le moment d'exprimer à son souverain combien il était sensible à tant de bontés. Se tenant à peine sur ses jambes, il se fit porter dans la galerie du palais, que Louis XV devait traverser pour se rendre à la chapelle. Dès que le Roi fut à sa portée, se jetant à ses pieds, il commençait à

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