V. ses Mémoires, I
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mentaient ? » Et, coin me s'il se complaisait dans ce fécit macabre, il fit un détail savant de l'ouverture du pauvre homme, sans prendre garde à l'émotion qu'en éprouvait celui à qui il n'en épargnait pas les moindres péripéties,
La Course trouvait à Fontainebleau, quand survint l'événement que nous allons rapporter, et où le Roi donna une nouvelle preuve de sa froideur envers cjuiconque le servait.
Le comte du Ghayla, directeur général de la cavalerie, se tenait adossé à la cheminée de l'appartement qui précédait la chambre à coucher du Roi, quand une apoplexie sanguine le terrassa : il glissa sur le marbre et tomba mort, sa perruque loin de lui. Tout le monde accourut et, devant une fin aussi soudaine, chacun restait pétrifié. Le Roi ayant reçu les ambassadeurs, passait à son prie- Dieu, pour de là regagner son cabinet. Il donna l'ordre de faire venir M. d'Argenson et décocha cette froide plaisanterie, que les circonstances rendaient atroce : « D'Argenson, M. du Chayla vient de quitter sa perruque. »
L'histoire du marquis de Ghauvelin, bien que connue, trouve ici sa place.
Le marquis, soupant avec le Roi tous les jours, s'était rendu indispensal)le pour les agréments de son commerce. Un soir (jue le roi était chez Mme du
Barry, plusieurs personnages avaient été conviés, dont le marquis. Après le dîner, on se mit à jouer.
La partie terminée, Chauvelin vint s'adossera la chaise de la maréchale de Mirepoix, qui jouait à une autre table. Il plaisantait avec la dame et se montrait fort gai. Le Roi, qui lui faisait vis-à-vis, ayant remarqué de l'altération sur son visage, lui demanda tout à coup s'il ne se trouvait pas mal ; au même instant, Chauvelin s'écroulait comme une masse : l'apoplexie avait fait son œuvre.
Apprenant cette fin soudaine, le duc de Ghoiseul eut un tel saisissement, que la duchesse en conçut quelque alarme ; quant à Louis XV, il en fut très frappé, mais « plus par la nature de l'accident que parle chagrin de la perte qu'il faisait ». Deux jours plus tard, tandis qu'il allait à Trianon, un des chevaux du carrosse qui le transportait tomba foudroyé. «C'est comme Chauvelin », s'écria le Roi, sans plus s'émouvoir.
Louis XV témoignait cependant, parintervalles, de quelque amour pour les bêtes : il avait un chat auquelil défendait qu'on touchât', et un chien
1. Au Conseil de régence, il s'amusait parfois avec un chat, que Saint-Simon appelle malicieusement son « collègue ». Le maréchal de Villeroy, ayant apostrophé le chat, qui avait égratigné le Roi, celui-ci répondit : <■ Or ça, mon grand papa,
qui recevait souvent ses caresses. A la chasse, il lui arrivait de demander si les chiens et les chevaux étaient las, mais jamais les hommes '.
M. de Choiseul, qui avait collaboré avec le Roi pendant douze ans et avait été à même de le juger, a bien mis en évidence certains côtés de son caractère. « Ayant, dit-il, tous les défauts de Tàme la plus vile et la moins éclairée, il manquait de force, à l'âge où il était, pour faire éclater ses vices aussi souvent que la nature l'aurait porté à les montrer ; par exemple, il aurait, comme Néron, été enchanté de voir brûler Paris, de Bellevue ; mais il n'aurait pas eu le courage d'en donner l'ordre. » Il aurait pris plaisir a voir les exécutions de la Grève, mais il appréhendait de s'y rendre. On lui aurait aménagé la surprise de rouer quelqu'un dans la petite cour de marbre de Versailles, il aurait certainement quitté le lit de sa maîtresse, « dans les moments où il paraissait lui être le plus attaché », pour suivre, dissimulé derrière les vitres, les moindres détails de l'exécution. Privé de ce spectacle, il se dédommageait en regardant, avec une curiosité passionnée, tous les enterrements qu'il pouvait rencontrer.
ne savez-vous pas bien que mon chat n'aime pas plus les remontrances que mon oncle le Régent ? » Buvat, Journal de la Régence, II, 237.