‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 54 sur 113 · I. INAMUSABI.K 2ll · texte numérisé non relu

I. INAMUSABI.K 2ll

avaient fait l'ctoniiciiienl de toute la (loiir. Aux sollicitations, aux tentatives réitérées poui* le détourner de ses devoirs, le jeune Roi répondait uniformément : « Je trouve la Reine encore plus belle. »

Mais Marie Leczinska tombe -t-elle malade, et assez sérieusement pour ([ue Ton croie sa \ie en danger, le Roi, durant toute la maladie, lui témoigne une indifférence parfaite ; et lorsque, complètement réta])lie, elle va pour retrouver le Roi à Fontainebleau, celui-ci, au lieu d'accourir à sa rencontre, part pour la chasse et ne rentre au château que tard dans la soirée.

A l'exemple de leur rnaitre, les courtisans ne traitaient pas la délaissée avec plus d'égards et, jusqu'à ses dames du palais, c'était à qui l'abandonnerait, la considérant comme une quantité rtégligealde. Ces humiliations rendaient la pauvre Reine chagrine et boudeuse, et cette attitude, loin de retenir le jeune mari, Téloignait davantage, le poussait dans la société de femmes plusjeunes, plus rieuses.

L'indulgent beau-père qu'était Stanislas Leczinski disait, pour excuser son gendre, qui cherchait des distractions en dehors du ménage, que sa femme et sa fille étaient les deux reines les plus ennuyeuses qu'il eût jamais rencontrées. Joignez à cela (jue la jeune Reine agaçait les

nerfs de ce Roi, nerveux à l'excès, par mille enfantillages : la peur des esprits i, le besoin d'être bercée, rassurée et endormie par des contes et d'avoir toujours à sa portée une femme dont elle put tenir la main en ses folles terreurs; puis encore, par cent sauts et cent courses, la nuit, dans sa chaml)re, à la recherche de sa chienne-. Malgré tout, la lassitude ne serait pas venue du côté du Pioi, dont le tempérament ignorait la satiété, si, cédant à des scrupules de conscience assez singuliers, ou obéissant à des suggestions

1. La mort subite de la favorite {la duchesse de Chûleauroux) impressionna vivement la reine, qui avait gardé, de son éducation polonaise et superstitieuse, une peur affreuse des revenants. La première nuit qui suivit cette mort, la reine, ne pouvant s'endormir, fit veiller auprès d'elle une de ses femmes nommée Boirot, afin de pouvoir lui parler jusqu'au moment où le sommeil viendrait, mais le sommeil ne venait pas ; cependant, au bout de quelques instants de silence — il était deux heures du matin ^ la femme de chambre, croyant sa maîtresse endormie, s'éloigna sur la pointe des pieds. La Reine lui cria : « Où allez-vous, Boirot, mais restez donc ! » Cette femme, qui était fort naïve, lui dit : « Mais qu'a donc Votre Majesté, cette nuit ? A-t-elle de la fièvre ? Faut-il faire éveiller son médecin ? — Oh ! non, non, ma bonne Boirot, je ne suis pas malade, mais cette pauvre Mme de Châteauroux ! si elle revenait ?... — Eh ! Jésus, Madame, s'écria Boirot, qui perdait patience, si Mme de Châteauroux revient, bien sûrement ce n'est pas Votre Majesté qu'elle viendra chercher ! » La Heine partit d'un éclat de rire et finit par s'endormir. » Le Président Hénaull et Mme du Deffant, par L. Perey.

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