DAr.GENSON, V, -IVl
de Parc-aux-Cerfs^^ une petite maison bourgeoise, où pouvaient à peine loger trois personnes et dans laquelle on enfermait quelques jeunes filles, qu'on décrassait et qu'on baignait, avant de les livrer au satyre couronné.
11 n'y en avait que deux, en général, assure Mme du Ilausset, très souvent une seule ; quelquefois, le Parcaux-Cerfs était vacant cinq ou six mois de suite. Lorsqu'elles se mariaient, on leur donnait des bijoux et une centaine de mille francs.
Sans faire une estimation qui, en raison de la pénurie de documents authentiques, ne saurait qu'être approximative, il faut, pour être équitable, faire la part de l'exagération. N'oublions pas que des parents, c< animés d'un ardent amour de la personne sacrée du Roi », allaient jusqu'à solliciter Thonneur de sacrifier la virginité de leur fille sur l'autel royal-, empressés de fournir au Minotaure la proie que réclamait son inextino:ui])le désir.
Le 20 décembre 1705, le Daupliin meurt: le roi ordonne la fermeture du Parc-aux-Cerfs. Très frappé de cette mort, comme il le sera un jour de
1. Le Parc-au.r-Cerfs avail été bàli, sous Louis XIV, sur l'emplacemenl d'un i>arc à l)cles fauves, datant do Louis XIII.
2. Cf., à cet éi^ard, la cuiieuse «'i)ili-c. publiée pai- M. H. VÈZE, dans la Galanlerie parisienne uu dix-sepliènie siècle, 132:5.
L INAMUSA BLE 233
celle de Marie Lecziiiska, le Roi paraît résolu à mettre sa conduite en accord avec ses sentiments ; mais, comme Terri t un de ses biographes, « plus nous avançons dans la vie de ce prince et plus nous le trouvons indéfinissable' ».
Frappé par les coups redoublés du sort, on pouvait espérer ([u'il aller renoncer à sa vie de dissipation, mais l'ange tentateur veillait : le maréchal de Richelieu, sous prétexte de l'arracher à sa douleur, vint le ramener au péché. De chute en chute, le Bien-Ainiê ' roulera au ruisseau ; la prostituée Jeanne Bécu ne tardera pas à être introduite à la Cour, sous le nom de comtesse du Barry.
Dans une des dernières images qui nous ont conservé les traits du monarque, le peintre a bien rendu l'infinie tristesse de ces yeux, c où vacille autant de mysticisme que de sensualité -^ ». Mysticisme, l'épithète est aventurée ; mais ce qu'ils ne laissent point deviner, ces yeux, c'est ce que cache, derrière le regard voilé;, l'impénétrable personnage, dont l'àme se dérobe à la plus patiente investigation.
1. Vie privée de Louis AT, par Moui lieh d'Angerville, t. IV,
2. Ce surnom lui avait été donné i)ar Panard, en pleine Courtille; dautres disent par Vadé, l'auteur du Caléchisme poissard. (V. \esLellres de Voltaire, des 7 et 14 septenibie 1774.)