l"KOisi;AKT, Chroiiiquea, 1. III, cb. xc.vi
Le roi Stanislas de Pologne, le beau-père du roi Louis XV, devait périr dans des circonstances à peu près analogues.
Le 5 février 1766, comme il s'approchait de sa cheminée, pour voir l'heure à la pendule, le feu prit à sa robe de chambre. C'était un cadeau de sa fille : durant son séjour à Lunéville, Marie Leczinska s'était montrée pleine d'attentions pour son vieux père, qu'elle chérissait d'une affection profonde ; elle lui nvait fait observer que ses robes de chambre, coupées à la manière de Varsovie, étaient beaucoup moins commodes que celles faites à la française, plus amples et plus légères à la fois. Elle lui promit de lui en faire envoyer une douzaine, de taffetas ouaté, dès son retour à Paris. Cet excès de précaution contre le froid devint la cause involontaire du terrible accident, qui devait être fatal au roi Stanislas.
Celui-ci, très âgé, — il n'avait pas moins de 88 ans — était, en outre, alourdi de graisse, et, par suite, impotent. Sa vue faiblissait de jour eu jour ; il était devenu presque aveugle. Bien que sujet à de fréquents malaises, il souffrait difficilement d'avoir des serviteurs auprès. de lui. Dans la soirée du 5 février, « étant dans sa chambre seul, à prier Dieu et fumer du tabac, il se leva de sa chaise, pour mettre la pipe, qu'il avait achevée,
sur la cheminée ' ». S'étant trop approché du feu, celui-ci piit à sa robe de chambre, qui, en raison de son enveloppement ouaté, devait i'ouruir à la flamme un aliment facile.
Le feu fit de rapides progrès, et quand les valets de chambre entrèrent, à l'appel du vieillard, ils le trouvèrent « tout en feu, du haut en bas ». On constata qu'il présentait <' une brûlure très considérable à la main gauche, une légère à la cuisse et une petite au bas-ventre ». Grâce à sa constitution exceptionnelle, il survécut une semaine à ses blessures.
Durant son long martyre, la pensée de sa fille seule l'occupait; à moitié carbonisé, il cherchait encore à l'égayer d'un suprême ])adinage; faisant allusion au fatal présent, il se félicitait de brûler « par et pour sa chère Marie- ».
Jusqu'au dernier moment, ce roi galantin, ne cessa de madrigaliser. Mme de List***, une fort jolie femme, qui depuis peu s'était brûlé le bras, en voulant arroser un vase de fleurs, entouré de bougies allumées, événement suivi de deux accès de fièvre, vint voir le roi trois jours avant sa mort; il souffrait beaucoup, cependant il sourit à sa vue
1. Correspondance inédile du Prince X. de Saxe, par Thé- VENOT, 91.
2. Pierre Boyé, Le Père d'une Reine de France [Revue de Paris).
34fi LEGENDES ET CURIOSITES 1>E L HISTOIRE
et eut encore la force et là- propos de lui dire : <( A/i ! luddame, si du moins nous étio/fs biillés du inénie feu ' / »
Des vieillards se laissant choir- dans le l'eu, c'est le s|)cctacle de tous les joui*s : les circonstances ou la personnalité des victin)es en l'ont, seules, des cas exce[)Lionnels.
Lenglé-Duiiesnoy, lilteialcur non dépourvu de mérite, lisait, à l'âQ-e de 82 ans, au coin de la cliemince, \\\\ livre (|u'on venait de li.ii envoyer; sans donle la lecture de l'ouxrage ne le passionnaitelle pas outre mesure, car il s'endormit, et si profondément qu'il glissa, sans s'en apercevoir, dans le feu. (^uand ses voisins pénétrèrent dans sa chambre, il avait la tète entièrement carbonisée '-.
L'abbé Miclion, dit Bourdelot, ([ui avait été médecin de Christine de Suède et de Coudé, mourut à 75 ans, victime de la bévue d'un valet, cpii a\ait placé, par erreur, un morceau d'opium dans un pot de roses muscades, dont il se servait pour se [)urger'. Comme il était tombé dans un état d'insensibilité apparente, et qu'on s'empressait de le réchauffer pour le ranimer, on lui birila, par