‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 90 sur 113 · Souvenirs d'un homme de cour, t. I · texte numérisé non relu

Souvenirs d'un homme de cour, t. I

2. On cite, encore, comme ayant succombé de la même façon, Léonce-Pilote, savant grec du quatorzième siècle ; Jean (losselin, érudit Iraiicais du seizième; el le peintre allemand Hoos, rnnri fii lt;.sr>.

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mégarde, le talon avf^c la bassinoire. La gangrène se mit dans la plaie ; peu après, la mort survenait '.

L'accident qui causa la mort de Philippe 111 montre à (fiiel point les rois d'Espagne l"ui(;nt toujours les esclaves de la rigoureuse étiquette qui règne à leur cour.

Le preuiier vendredi de carême, un jour cpi'il faisait grand froid, on avait placé un brasero auprès du monarque, (ielui-ci était si occupé à parcourir des dépêches, qu'il ne se sentait point incommodé par la chaleur. Le marquis de Sobar, gentilhomme de la Chambre, s'apercevant ([ue les gouttes de sueur perlaient sur le front du roi, dit au duc d'Albe de faire éloigner le brasier ; mais le duc, aussi pénétré des devoirs de sa charge que le maïquis, répond que c'est au sommelier du corps qu'en levient la tâche.

Sur ce, le marquis de Sobar envoie quérir celuici par le palais. Mais le sommelier était absent de son appartement; on attendit patiemment son retour; pendant ce temps, le roi se grillait et si bien que, le lendemain, un érysipèle se déclarait; « tantôt s'apaisant, tantôt s'enflammant, cet érysipèle dégénéra enfin en pourpre, qui le tua ' ».

1. LInstrument de Molière, traduction du Traité De Clysterihus, de Regnieh de Graaf, Paris, 1878, note 3 de la p. 20.

2. Mémoires de Baaxompierre, annc'-e 1(;21 (cnllertion Mirhaudl'oMJuiiial).

Pousser le fanatisme de l'étiquette jusqu'à laisser cuire son souverain, cela semble exagéré ; mais il convient de ne pas oublier que toucher à la personne sacrée du roi était puni de mort en Espagne, et l'on y regardait à deux fois avant de courir un pareil risque. Tout au plus pourrait-on s'étonner qu'aucun courtisan ne se soit proposé pour servir d'écran entre le foyer et le monarque, qui ne se serait certainement pas opposé à ce qu'un de ses serviteurs se grillât à sa place. Mais le temps était passé où un valet se jetait par la fenêtre et se cassait la cuisse, pour prendre le même chemin que son maître.

L'événement avait eu lieu le 10 septembre 1197.

Après le départ des croisés allemands, Henri II, comte de Champagne et roi de Jérusalem, était resté dans Acre, pour mettre ordre à ses affaires, avant de prendre lui-môme la route de Jaffa. Il passa la journée en entretiens avec ses hommes. Ces entretiens terminés, le soir était venu. Le roi donna l'ordre de dresser la table pour le souper et demanda, selon l'usage, de Teau pour se laver les mains. On lui en apporta.

Il se trouvait alors le dos tourné à une fenêtre de la salle à manger, qui n'avait pas de treillis. Par distraction, Henri ayant reculé de quelques pas, tomba dans le vide ; comme la salle où l'accident venait de se produire était située à la partie

PIIU.IPPF. III, D'iîSPAGNi:

(Colleclion de liuileur.)

LES CAPRICES DE l..\ CAMARDE :?r,l

la pins élevée du donjon, on préAoit la cntasti'ophe.

Mais voici l'impréx n : le \alel (pii tenait la serviette, craignant qu'on Jie l'accusât d'avoir poussé le roi, se laissa choir de la même façon ; plus heureux que son maître, il n'eut que la cuisse cassée. On ne manqua pas de prétendre (jue le serviteur aurait été mieux avisé d'aller cherche!- du secours, au lieu de se mutiler un membre ; comme quoi l'excès de zèle est toujours récompensé, comme la vertu.

Vous savez, certainement, comment mourut Charles \'I1I'; rappelons-le en quelques lignes. « Etant au château d'Amboise, rapporte Comines, le septième jour d'avril, l'an 1498, veille de Pâques fleuries, le roi Charles \ 111 partit de la chambre de la reine Anne de Bretagne, sa femme, et la mena avec lui, pour voir jouer à la paume ceux ([ui jouoient aux fossés du château. »

Les deux souverains passèrent par une galerie, qui était « le plus déshonnête lieu de céans ; car tout le monde y p t ». Le plafond en était tellement bas, que « s'y heurta le roi du iront, contre l'huys, combien qu'il fût bien petit ».

D'abord il n'y prit pas garde et continua à re-

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