Tallkmant nv.'i Ri.Ai x, fiislnrieltei^, I. V
LtGENDE'S, III. 2'A
niers mots de La Renouillère, qui ne croyait (3as si bien dire.
Les acteurs qui meurent sur 1 1 scène n'ont pis un trépas moins glorieux : tels Molière, emporté expirant à la fin d'une représentation du Malade imaginaire ; l'acteur Mondory, mort en jouant iHérode, de Tristan ; ou Montfleury, déclamant avec une telle force les vers d'Oreste, dans Androinaque *, qu'il se rompait une veine et succombait peu après.
Comme Montfleury, le père de l'acteur Baron avait, à un degré supérieur, le talent de la déclamation, et son genre de mort rappelle, aux circonstances près, celui que nous venons de rapporter.
En jouant don Diègue, dans le Cid, l'acteur laisse tomber, à un certain moment, son épée à terre et la repousse du pied avec indignation, comme le rôle l'exige; par fâcheuse rencontre, la pointe de l'arme vint piquer le pied de Baron, qui n'y prit pas garde. Mais dès le lendemain, la blessure prenait un mauvais aspect; un phlegmon
1. On connaît ces vers ; les voici, à tout événement, pour ceux qui les auraient oubliés :
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? A qui destinez-vous l'appareil qui vous suilv Venez-vous m'enlrainer dans l'éternelle nuit ? »
Ce dernier vers était prophétique.
se développait, qui imposait ramputation immédiate de la jambe.
Jamais l'artiste n'y voulut consentii'. « Non, ditil, avec hauteiii-; un roi de théâtre se fei'ait huer, s'il se présentait au public avec une jambe de bois. » Et il attendit tranquillement la mort.
Le fameux danseur (rardel fut victime d'un accident qui n'est pas sans analogie avec celui dont nous venons de faire le récit.
Gardel revenait, le 5 mars 1787, de l'école de rOpéra. Un os, jeté dans la rue, perça son soulier et, après le soulier, un doigt de pied. La [)laie s'envenima si rapidement, ([ue « la jambe grossit^ se remplit d'eau, et ne tarda pas à présenter des symptômes de gangrène ». Une fièvre infectieuse se déclara et, pour employer le langage ampoulé du temps, « le favori de Terpsichore paitit pour l'Elysée )>.
Les plaisants comparèrent la mort du danseur à celle d'Achille : ce dernier avait péri d'une blessure au talon; le mailre de danse, d'une blessure à un doigt de pied. Tous deux, disait-on, ont terminé leur carrière en héros, l'un des Champs de Mars, l'autre de Cythère.
Ces blessures, d'apparence légère, et qui entraînent la mort par septicémie, sont loin d'èlre rares. Notre obligeant et érudit confrère, le docteur Bougon, nous en a fourni un exemple typique.
35r. LEC.RNnES i:t curiosités de I, histoire
Lemperpur d'Orii^nt, Léon l\\ fils de Conslnn tin GopronviiK', assistait, le 8 septembre 7<S0, à l'office divin, dans la basilique de Sainte-Sophie, à Constantinople. Il eut la funeste idée de faire détacher une ancienne couronne, que l'empereur Maurice, un de ses prédécesseurs, avait fait placer au-dessus de l'autel, ainsi qu'on avait l'habitude de le faire, pour consacrer le royaume au sanctuaire vénéré par l'empereur : la coutume datait de Constantin, le premier empereur chrétien.
L'époux de l'impératrice Irène exigea qu'on lui mit sur la tête cette couronne votive, dont le poids était considérable. Le joyau, dont des agrafes maintenaient en dedans les pierreries, enchâssées à l'extérieu r du cercle d'or de ce /vgfiuni, le blessa au front si malheureusement, qu'il fut saisi, en quelques heures, d'une fièvre maligne, à la([uelle il succomba rapidement. On ne manqua pas d'y voir un chtUimenl divin, ce qui était dans l'esprit du temps; aujourd'hui, ou incriminerait un défaut d'antisepsie.
La mort du pape Paul lll reconnaîtrait une cause presque semblable. « (]c pape, relate l'historien Platina, aimait tellement les pierreries, qu'il en faisait venir à grands frais de tous les côtés, et, pour en acheter, épuisait presque le trésor de rÉglise romaine; aussi, toutes les fois qu'il se montrait en public, sa tète ne paraissait pas celle
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d'un prélat mitre, mais plutôt celle d'une Cybèle phrygienne etchargée de tours. » L'historiographe ajoute qu'il est convaincu « que le poids de ces pierreries, joint à l'embonpoint de son corps, détermina l'apoplexie dont il mourut ».
Lapoplexie, étiquette commode pour toutes les morts inexpliquées, ou inexplicables.
D'autres, voulant paraître mieux informés ou plus doctes, prononcente.x cat/tedra, que tel ou tel personnage a succombé à une embolie, à une /'uptuie cranévrisine, oubliant que cette dernière terminaison est d'une rareté insigne, et qu'on ne peut l'affirmer qu'a|)rès un examen /^oaY niortem de chaque organe, pratiqué par un expert avisé.
Ces réserves s'imposent pour la j)lupart des morts de personnages hislori(|ues, (|ui ne reconnaissent pas une cause précise, comme celle de l'évèque Cauchon, le juge de Jeanne d'xArc, qui mourut, dit-on, tandis cju'on lui faisait la barbe ^ : sans doute succomba-t-il à une hémorragie cérébrale, comme feu le professeur Bâillon, si redouté des étudiants, et qu'on trouva mort dans son bain.
La mère de Lamartine mourut également dans sa baignoire, mais accidentellement.
Mme de Lamartine, encore pleine de santé et de cette grâce qui la faisait comparer à Mme Ré-