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Son nez plutôt long ne gâtait pas son visage. L'ensemble de sa figure était embelli par une chevelure assez blonde, que, dans l'âge mûr, il avait coutume de ramener du sommet de la tête sur le front, parce qu'il n'aimait pas à laisser voir qu'il était chauve ; aux grâces de sa personne se joignait une grande force de corps.
Adroit à tirer de Parc et à lancer le javelot, passionné pour la guerre, bon cavalier, il témoignait une impatiente ardeur, toutes les fois que les ennemis le provoquaient par leurs attaques. Il se livrait avec une véritable frénésie aux exercices physiques. A treize ans, il chassait le sanglier.
Devenu roi, il s'obstinera à vouloir prendre part à tous les tournois, faisant fi, en dépit de toutes les remontrances, de ladignitéroyale. Il ne perdra aucune occasion de faire admirer sa force et son adresse; il descendra dans la lice, rompra des lances avec les seigneurs et les chevaliers.
Aux fêtes qui se donnèrent dans le monastère de Saint-Denis, pour célébrer la réception du roi de Sicile dans l'ordre de chevalerie, les seigneurs montrèrent, malgré la sainteté du lieu, qu'ils avaient conservé les licencieuses traditions de leurs ancêtres. Chacun chercha, dit le Religieux, auteur de la Chronique, à satisfaire sa luxure, si bien « qu'il y eut des maris qui pâtirent de la
mauvaise conduit.* de leurs femmes et qu'il y eut ,ui--i des filles qui perdirent le soing de leur honaeur ». Le jeune roi de France. Charles VI, frère du prince fêté, lit en faveur des dames, des prodigalités l<dles. que, des ce moment, on eut le droit de douter de son bon sens.
Ses appétits charnels ont été notés par tous les chroniqueurs. Durant les six premières années de son règne, dans toutes les villes qu'il visite, le jeune monarque fait « haulte liesse et forte ripaillé ». Toutefois, ajoute l'annaliste qui signale ses déportements, « il ne fut jamais pour personne un objet de scandale, jamais il n'usa de violence, jamais il ne porta le déshonneur dans une famille
Ce qui nous importe avant tout, c'est son état mental. Il n'est pas douteux qu'il avait l'intellect plutôt paresseux. Sa prodigalité ne connaissait pas <l«' bornes; il gratifiait de ses largesses quiconque s'offrait cà les recueillir.
Il aimait se travestir sous mille déguisements; ses espiègleries étaient d'une puérilité qui dénot-iit son infantilisme.
Avant que sa maladie soit déclarée, Charles VI apparaît comme un sujet d'intelligence débile, et surtout comme mi déséquilibré de l'émotivité et de la volonté -. E, Dupré, de qui sont ces lignes,
UN MANIAQUE SUR LE TRONE «i
ne fait partir la maladie du roi que de Tannée 1392, Il est cependant un épisode [ qui parait avoir échappé à la sagacité du maître psychiatre et dont il eût tiré peut-être quelques inductions favorables à sa thèse.
Au mois d'octobre 1389, le cardinal Pierre de Luxembourg venait de mourir, dans Avignon, en odeur de sainteté. Les épileptiques, entre autres malades, accoururent en foule, dans l'espoir d'être guéris par les miracles qui s'accomplissaient journellement, disait-on, sur la tombe du bienheureux.
Le 1er novembre, le roi faisait déposer, en son
propre nom, un ex-voto, qui consistait dans une
image de cire à son effigie, de grandeur naturelle. © © ©
Cette image, placée sous un dais ou tabernacle, fut portée auprès des reliques du saint 2.
Faut-il voir là une relation de cause a effet? En doit-on conclure que Charles VI eut des atteintes du mal sacré ? Le doute, au moins, est légitime.
Pour nous en tenir à des faits plus caractérisés, la première affection de quelque gravité, qui soit mentionnée dans les auteurs du temps, serait survenue au roi, alors qu'il venait de quitter
1. Nous l'empruntons à Vallet de Viriville [Isabeau de Bavière, p. 0, note).