‹ Légendes et curiosités de l'histoireChapitre 34 sur 99 · LA CONFESSION DU SIRE DE RAYS · texte numérisé non relu

LA CONFESSION DU SIRE DE RAYS

C'est à scauoir que pour son ardeur et délectation de luxure 1 auoit pris et fait prendre grand nombre de jeunes enfans d.-'squeux il auoit eu habitation eu leur rendant nature sur le ventre après quoy aucunesfois en ^ faisant ceux enfans avoient été occis et mis a mort par luy ou Gilles de Sillé. Messire R> de Briçueyille, Henriet. Pontou, Rossigneul ou petit Robin en diuerses manières aucunesfois par leur couper la gorges ô dagues et cousteaux et séparer la teste d'o le corps ou leur rompoil la teste 6 basions ou autres choses, et aucunes fois cnleuoil ou faisoit enleuer des membres, les fendoit pour en avoir les entrailles, et les aucuns arrachoit ou faisoit attachera une corde a une perche ou a un erre de fer a sa chambre pour les estrangïer, <>u [aire languir. Comme ils languissoient a mourir avoil habitation d'eulx, el aucune- fois après qu'ils estoient morts en les baisanl aucunesfois morts, el prenoit plaisir et délectation a voir les [tins belles testes desdicts. enfans. lesqueulx après estoienl avec telles venoienl en poudres, el qu'il commença à Chantocé a ainsy avoir habitation desdicts enfans les occire el faire brusler, n'es! certain combien il y a du temps, sinon <]u'il es! bien recoléque ainsy le fis! l'année que

sonayeul le sire de la Suze alla de vie a trespassement, et que de luy inesme et de sa teste sans conseil d'autruy il print son imagination de le faire seulement pour sa plaisance et délectation de luxure, et occasion desdicts en fan s sans avoir intention et quel au commencement de ce n'y avoit qui le sceust. ne qui en fust aydant et consentant fors Gilles de Sillé, et que par après Messire Roger de Briqueville en fust complice et adhéré, et depuis lesdicts Henriet, Pontou, Rossigneul. André Brichet, un nommé Hicque et Robin qu'el est décédé, et en plus forge n'y avoit qui le sceust. et qu'audict lieu de Chantocé il fut mis a mort grand nombre desdicts enfans, n'est certain combien lesquels furent jettez au bas d'une tour ou ils lurent bien longuement, et depuis les en fist tirer et porter en coffres par eaue audict lieu de Macbecoul, ou ils furent ars, et que audictlieu de Macbecoul il en esté pris si grand nombre que a certain ne scauroit déclarer esqueux il eut habitation et qui semblablement furent occis, et ars et que mesme il en a été occis et bruslé à l'hostel delà Suze au temps ou estoit Seigneur ne scavoit dire combien.

Item qu'environ un an et demy derroin Maistre Eustache Blanchet fist venir des parties de Florence Maistre François Prélat pour luy faire des invocations du Diable, lequel Maistre François dist audict Sire que au pays dont il estoit venu il avoit trouve manière de faire par conjuration à luy venir un esprit qui luy avoit promis faire venir audict François un Diable s'appellautBarrion toutes fois qu'il voudroit. et que celuy François avoit plusieurs Invocations du commandement dudict Sire en son absence et que celuy Sire de sa personne avoit esté a trois desdictes Invocations o ledict François dont l'un fut en la grande salle à Tiffauges, l'autre à Bourgneuf en Rays. n'est recolé ou fust la tierce et que ledict Maistre Eustache scavoit bien qu'ils faisoient les dictes Invocations mais qu'il n'y fust point présent ne les vouloist souffrir de doubte qu'il le revelast pour ce qu'il a mauvaise langue.

Item que a faire lesdictes Invocations y avoit un cercle de caractères et croix et auoit ledict François un livre que ledict

Francis avoit apporté ou il lisoit on avoit plusieurs nom. de Piables et autres mots pour la Conjuration et Invocation ou on estoil près -le d,-ux heures n'est recolé des mots eserits dudiet livre, et que a nulle desdictes Invocations ou fust ledjYt de sa personne il ne vid ne apperceut le Diable ne ne parla av.-, my de quoy il fust moult courroucé.

Item que a une des Invocations que fict ledict Francoi* à son retour luy dit qu'il avoit veu Barion et parlé à lu v oue Iuv avoitdit qu'il ne viendrait point aadicl Sire, pour ce qu'il avoit lait decertaines promesses qu'il luy avoit faictes, et que celuv Sire ont audict François qu'il desmandast au Diable qu'il von droit avoir de luy et il luy donneroit sauf sa vie et son -un,pourvu que le Diable luy donnas! ce qu'il lny eust demandé' •i qu'U avoit intention de lui demander Science, Richesse et puissance parqnoy il retournast au premier estât de sa Sei gnenne, et que depuis celuy François luy dict avoir parlé 0 le Diable que entre autres choses demandoit avoir car Donaison certain nombre d'enfans et que peu après le dict Sire bailla audict François une main et le cœur et yeux d'un petit en faut. 1

Item qu'à lune des trois Invocations où celuv Sire fust d«sa personne et paravant y aller avoit faict une cedulle qu'il si-na de ^ main ou il mit Cilles à la fin en intention de bailler au Diable n est recolé du contenu d'icelle, ce qu'il fist du commandement dudiet François qui luy avoit dict qu'il luy convenoit la bailler au Diable incontinant qu'il viendrait, H que eux esjants a bulirte invocation celuy Sir, tenoit toujours ladicle '•■< ull- en sa main en attendant ou la paction et promesse que 1 -''■'•! Frwcois et le Diable appointaient que ledict Sire fist au Diable mais que pour certain il ne vint rien par quoy ne bailla point ladbt,. cedulle.

I!;,11(jn" a bu,,,, desdictei invocations il envoya de nuict Ponton, ledict François et qu'ils s'en retournerait bien mouillez disant que il ne seroit rien venu.

Ibmqu, une fois ledict Prançois ne v,,ului pas que celui ^ireallastqlny a une Invocation et que au retour que celuy

François, il dict audict Sire que s'il (il fut allé, il) enst été en péril, car il y estoit serpent de quoy il avoit eu grand paour ; et que ledict Sire y cuida aller el pris! la vray croix qu'il faisoit porter, mais que ledict François le garda d'y aller.

Item que a l'une des trois invocations ou fust celuy Sire o ledict François, ledict François luy dict qu'il avoit A^ue Barion qui luy avoit monstre beaucoup d'or, et entre autres choses un grand lingot d'or, mais que ledict Sire ne vid le Diable ne ledict Lingot, mais seulement n'apperceut que une manière d'orepeau en feuille a quoy il ne toucha point.

Hem que derroinemeut que ledict Sire fut a Josselin devers le Due il y fist mourir des enfans ne scait combien que Henriet luy bailla et que ledict François du commandement dudiet Sire fist des invocations ou celuy Sire ne fut aucunement, et que celuy François luy avoit dict qu'il ny estoit rien venu.

Item que ledict Sire estant à Bourges délaissé ledict François à Tiffauges auquel il avoit prié de continuer en ses inuoeations et luy faire scauoir ce qu'il auroit trouué etfaict. Celui François luy eserisist par paroles conuenues que ses besongnes alloienl bien, et luy enuoya une chose en manière d'oignement en manière d'argent, et luy eserisist que c'estoit une très précieuse chose et que la gardast bien, et que luy adioustant soy pendist ladicte bourse ô cette chose a son col et luy porta plusieurs jours et depuis la jetta parce que n'apperçeut qu'en riens luy profitast.

Item que ledict François par une fois dict audict Sire que Barion luy mandoit donner au nom de luy a manger a trois pauures a tous grandes lestes de l'an, et que celuy sire par une fois le fist a une teste de loussaincts et non en plus large.

Item depuis la sainct Jean derroine luy fust amené dîners le soir luy estant a Bourgneuf parPontou et Henriet un beau jeune fils que demeuroit audict lieu de Bourgneuf 6 un nommé Rodigo et que de nuiet eu>t habitation de luy et fust mis à mort et celte nuict porté à Machecoul.

Item que en cheuau chant bien matin à un certain jour dont n'est membre celuy Sire et s<-> gens pour aller à une entreprise

en intention ceux de la garnison de Paluauque cuiderent prendre le capitaine de Sainct Estienne de Malemort celuy François estant en >a compagnie luy dist qu'il ne trouueroit riens et luy dict vray car riens ae trouua.

Il fin qu'il enst un petit page de Saurase et un autre de Princay qui furent mis à mort comme les antres.

Item que derroinement qu'il fut à Venues. André Buchet luy bailla un enfant qui fut mis en mes priuées ou Pontou descendit et scauoit ledict Buchet les cas delà mort desdicts enfans.

Item que parauant la uenue dudict Maistre françois deuers ledict Sire il auoit eu d'autres inuoeations. C'est a scauoir une trompette, du Mesnil. Maistre Jean de la Riuiere. un nommé Lans, un appelle Maistre Anthoine et un autre dont n'est recolé, du nom quede soneommaudement auoientfaicl plusieurs iuuoca" tions diaboliques et ez aucunes et a faire le cercle, celuy Sire auoit esté de sa personne à Machecoul et ailleurs en intention de voir le Diable et parler 6 luy pour faire leurs pactions. Mais que oneques ne l'aoult peu voir ne parler ô luy, combien qu'il y eust mis toute la peine qu'il pouuoit et que par luy n'eust pas tardé.

Item que une fois ledict Mesnil luy dict que le Diable luy auoit dict qu'il vouloit auoir dudict Sire pour faire ce qu'il luy demandoit une cedulle signée de sa main du sang de son duigt par laquelle il promist luy donner toutesfois qu'il viendrait a son inuoeation certaines choses dont n'est recolé et que pour cette cause il signa une cedulle en sa main du sang de son petit doigt, ou il escrisisl enfin. Gilles n'est remembré des autres mots précédents d'icelle cedulle. sinon qu'il promettait au Diable les choses contenues en donnant audict Sire science, puissance, et richesse. «-I qu'il esl certain, quelque promesse qu'il fist parladicte cedulle, qu'il reservoit son aine et sa vie et que ladicte cedule ne fust point baillée au Diable pour ce qu'il ne vint point a luy.

ïtem que a l*une des inuoeations dudict Maistre Jean de la

Riuiere faicte en un bois par Thiffauges, celuy Maistre Jean

Loit armé parauant y aller, et que en s'en retournant comme

ccluy Sire, Maistre Eustaehe, Henriet et Pontou en sa compagnie allèrent vers lediet bois ou ils rencontrèrent ledict de la Riuiere que dist audict Sire qu'il auoit veu le Diable qui estoit venu a luy en guise d'un léopard que auoit passé entre sans riens luy auoir dict dont il auoit eu moult grand paonr, et que «près cette inuoation celuy Maistre Jean s'en estoit allé et luy

FlG. 11. — CHATEAU DE MACHECOUL.

(D'après la Revue Archéologique, 1S58, pi. 326.)

auoit ledict Sire baillé vingt reaulx et debuoit retourner vers ledict Sire ce que depuis il ne l'ist.

Itçm que a une inuocation que ledict Sire et l'inuocateur dont on ne sçait le nom et Gilles de Sillé en leur compagnie firent en une chambre un cercle dé laquelle inuocation ledict Gilles n'osa entrer mais se tenoit près d'illec sur une fenestre en intention de saillir hors si riens venoist, celui Sire estant au cercle eut grand paour n'osant faire le signe de la croix pour ce que celuy inuocateur le luy auoit dict et défendu et que

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autrement ils seroient en péril, mais luy souuint d'une oraison de Nostre-Dame commençant aima et que incontinent ledict inuocateur luy commanda saillir dudict cercle et a donc s'en saillit faisant le signe de la croix, laissé ledict inuocateur sur lequel il ferma l'huis de ladicte chambre et après trouua ledict de Sillé que luy dist qu'on bat toit ledict inuocateur comme que ferest sur une couette, et que incontinent ledict Sire ouurist ladicte chambre à l'entrée de laquelle il vid ledict inuocateur moult blessé au visage et ailleurs, ayant au frond une grandebosse, tellement qu'il ne se pouuoit soustenir, et que après de doute qu'il mourust ledict Sire le fist confesser et ne mourut pas.

Item qu'il enuoya au pays d'amont Gilles de Sille pour luy quérir et amener des inuocateurs quel luy rapporta qu'il auoit trouué une femme qui s'en entremettoit laquelle luy auoit dict que se celuy Sire n'ostoit son cœur de l'egliseetdesa ehappelle. qu'il ne pouuoit paruenir a son intention et quel trouua audict pays d'amont une autre femme qui luy auoit dict que si ledict Sire ne faisoit cesser une œuure qu'il pourchassoit que jamais bien ne luy prendroit.

Item que celluy Gilles lui emmenoit un inuocateur dudict pays d'amont, quel en venant se nea (noya) en passant une riuiere ou un ruisseau ainsy que le dit ledict de Sillé.

Item, que celuy Gilles luy amena un inuocateur dont ne scait le nom lequel incontinent qu'il fust arrivé devers ledict Sire, alla de vie a trepassement et croit que fut punition de Dieu.

Touchant ladicte confession dudict Sire de Rays comme cy devant estincerépar articles.

Après la confession dudict Sire de Rays aiacy faicte pour ce que partie des cas par luy cognus et confessez concernoienl aucunement le faicl de l'Eglise, lui dicl par mondicl sieur le Président H Commis que la Cour d'Eglise de >*auir< i. roil premièrement hit- ce son procez allencontre dudict Sire. Lequel faict que on conclurroit le procez delà Cour Séculière selon que par bon auiseiuent au cas deuoil appartenir. Pendant

lequel procez par ladicte Cour d'Eglise alleiieoutre dudict Sire furent lesdiets Henriet et Pontou ses seruiteurs menez en jugement an Bouffay de Nantes deuant mondiet sieur le président le vingt deuxiesme jour dudict mois d'octobre, lesqueux après que le procureur par son lieutenant les accusa d auoir commis les cas que cydessus ils auoient confessez concluant a la fin qu'ilsen fussent pugnis. cogneurentet confessèrent liluTallement et sans contrainte auoir faict et commis les cas cy deuant escripts et encore les récitèrent et confessèrent en jugement, et outre dirent et cogneurent que depuis qu"ils auoient commencé a aiusy bailler enfans audict Sire, queux deux luy en auoient baillé et liuré selon leurs aduis soixante et plus, et au regard dudict Henriet cogneut et confessa que derroinement que ledict Sire auoit esté à Josselin. il y auoit occis trois petits enfans que ledict Henriet luy auoit baillez, a quoy ledict Pontou n'auoit point esté présent, pour ce que lors estoit malade, et que ledict Sire auoit faict faire des inuoeations par ledict Maistre François audict lieu de Josselin.

C'est le don de quelques créatures d'élite d'exercer, longtemps après qu'elles ont disparu et ne s'estompent plus que dans un lointain brumeux, un ascendant dont nous savons mal nous défendre, parce qu'il est fait, tout à la fois, d'un charme pénétrant et d'une bonté rayonnante1.

1. Cette suggestion par la beauté. le docteur Pf.lgmez d'Amiens) l'a mis en saisissant relief, d^.ns une communication qu'il faisait récemment à un Congrès scientifique, et dont nous donnons ci-après la substance : ■ A côté de la suggestion qui guérit les aveugles, les contractures et les paralytiques, écrit notre distingué confrère, il en est une autre, plus mystérieuse en apparence, qui, »ans abolir la mentalité d'un sujet, s'exerce par une autorité étrangère. Elle suscite à celui-ci une idé capable d'éveiller d'autres idées associées à la première; elle finit même par déterminer des aetes que. livrée à elle seule, la volonté du sujet eut été impuissante à accomplir. Telle parait avoir été 1 influence d'Agnès Sorel sur Charles VII.

C'est vers 1437 qu'il prend conscience de son rôle, se lève et marche avec la confiance d'un homme qui pçrte IHî talisman. C'est aussi l'époque où la reine Yolande vient d'envoyer Agnès

La douceur et la grâce, s'alliant à la régularité des traits,, se retrouvent dans le portrait de celle qui devait fournir à un grand artiste de son temps le modèle d'une image délicieuse, dont la vue nous plonge dans un ravissement extatique.

A ous avez, bien des fois admiré, sans doute, le diptyque peint sur bois par ce peintre merveilleux qu'est Jehan Foucquet et qui représente la Mère de Jésus, sous les traits d'Agnès Sorel. Il a fallu tout le génie de l'artiste pour faire excuser ce travestissement presque sacrilège, qui dut paraître à ses contemporains une gageure, ou une

Sorel à la cour. Jusqu'en 141-t. chaque année va marquer un succès, une victoire. Agnès Sorel meurt en 1440; quatre ou cinq ans après, le roi est retourné à la vie oiseuse de débauché*

Le Dauphin, qui attend à la frontière le moment de s'appeler Louis XI, considère son père comme un roi fini,, captif aux mains des chefs de bande.

Celte suggestion s'est exercée non pas seulement par la jeunesse et la beauté d'Agnès Sorel. Son intelligence, affinée dès l'enfance à la .;our d'Isabelle de Lorraine, lui a fait appliquer, à cet impuissant de la volonté qu'était Charles VII, une véritable thérapeutique rai>onnée de la paresse. Elle y fut aidée par l'influence que Jeanne d'Arc avait exercée déjà, par la complicité passive de la reine Marie d'Anjou.

La période héroïque du règne cessa avec l'isolement du roi. Il manqua, dans ces dernières année-, à ce monarque qui avait tant aimé le commerce des femmes, la puissante reine ou la douce créature, quelques-unes \ï-ions de rêve ou fées secourables qui. pendant toute une période, entourèrent sa vie : Yolande de Lorraine, Marie d'Anjou, Jeanne d'Arc. Agnès Le point de vue ne manque pas d'originalilé.

fantaisie d'une incroyable audace. Mais le premier étonnement nasse, quelle admiration lui fait place !

A voir ce front dégagé, ces yeux baissés et voilés, « comme dans une statue de la Pudeur », ce nez d'une régularité antique, cette bouche adorablement ciselée, ce menton volontaire sans obstination, on serait tenté de trouver cette physionomie presque trop angélique et Ton évoque, par une suggestion impérieuse, la placidité un peu froide des Vierges du Pérugin ou du divin Raphaël.

Mais contemplez ces formes harmonieuses dans leurs proportions impeccables, cette taille élégante et fine, cette gorge riche sans abondance, ces longs cheveux, blonds et soyeux, cette denture admirable, et vous vous expliquerez ce surnom de Reine de Beauté que lui décerna un prince épris, avec tout son peuple, de cette Vénus terrestre qui avait, sur la déesse de la Fable, la supériorité de la vie.

Toutefois, l'influence de la favorite sur le souverain a tenu à d'autres causes qu'à ses attraits physiques, tant puissants fussent -ils. Si aujourd'hui l'histoire a réhabilité sa mémoire, c'est qu'on a reconnu qu'elle incarna un moment lame de la patrie et la justice immanente a prononcé que Jeanne Darc, La sainte, Agnès, la maîtresse

adorée, ont, chacune à leur manière, assuré le salut de la France, à une des périodes les plus critiques de notre histoire.

Notre grand historien l'a dit. avec un rare bonheur d'expression : « Charles VI I aimait les femmes et il en avait quelque sujet. Une femme héroïque lui sauva son royaume : une femme, bonne et douce, qu'il aima vingt années, fit servir cet amour à l'entourer d'utiles conseils, à lui donner les plus sages ministres, ceux qui devaient guérir la pauvre France. Cette excellente influence d'Agnès a été reconnue à la longue : la Dame de Beauté, mal vue, mal accueillie du peuple tant qu'elle vécut, n'en est pas moins restée un de ses plus doux souvenirs l ».

La renommée d'Agnès Sorel a subi bien des vicissitudes; selon la destinée commune, ce n'est qu'après sa mort qu'on devait rendre hommage à ses qualités morales, reconnaître les services qu'elle avait rendus à la cause publique2; et son ennemi le plus acharné à la perdre, celui qui la poursuivit de sa haine jusqu'à la tombe, fut le principal artisan de sa réhabilitation.

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