Duclo^, Hisf. de Louis XI
même sort. Agnès Sorel fut-elle, à son tour, la victime de l'astucieux personnage ?
Un annaliste 1 raconte que Louis, étant à Chinon, s'emporta contre Agnès Sorel, jusqu'à la frapper au visage,, jusqu'à lui donner un soufflet.
D'autres ont écrit 2 que le Dauphin la poursuivit un jour l'épée à la main et qu'elle n'échappa à la mort, qu'en se sauvant dans la chambre du roi.
Mais ce ne sont pas là des témoignages directs et le moins qu'on en puisse dire, c'est qu'ils pèchent contre la vraisemblance : le roi aurait-il jamais toléré une aussi grave offense à l'égard de celle à qui il prodigua les marques d'un attachement qui jamais ne >e démentit3?
1. Jean Bouchet. auteur des Annales d'Aquitaine. (Voir l'article de Vallet de Yiriville. sur Agnès Sorel, dans la Revue de Paris, là octobre ISt
2. Œneas SylviusPiccoLOMiM \Pie 11), Commentarii rerum, etc.. cité par F. F.. Steenackers. Agnès Sorel et Charles VII; Pari-, 1868,
3. Le chroniqueur Jean Chartier est allé jusqu'à prétendre qu'il n'y eut jamais rien de criminel dans le commerce d'Agnès
•1 avec le roi; qu'ayant interrogé là-dessus plusieurs courtisans, ils l'avaient assuré que ce prince affectait de ne la voir jam 9 sans témoins...; qu'à la vérité. Agnès Sorel eut une fille dans le temps qu'elle était attachée à la reine <lc Sicile, et qu'elle >e vanta qu'elle avait eu cet enfant du roi;. mais, ajoute ce! historien, le roi s'en es! toujours for! excusé <'t elle pouvait bien l'avoir empruntée el gagnée d'ailleurs. D'après l'historio-
he officiel de Charles VII, plusieurs médecins ou tirurgiens chevaliers, conseillers, «< ne la virent toucher par le roi au-
Il a paru, à certains historiens, difficile d'expliquer le départ d'Agnès Sorel pour la Normandie au début de Tan 1450, « sans quelque raison d'un ordre supérieur, sans quelque grande et pressante nécessité >;. Elle était, en etïet. dans un état de grossesse avancé, la saison était rude, on était à une époque où les voyages étaient longs et entraînaient beaucoup de fatigue: quel motif puissant pouvait l'avoir déterminée ?
Un seul parmi les annalistes contemporains nous instruit, assez brièvement, des intentions de la favorite.
En ïcetle abbaye de Jumièges, narre cet historiographe1, trouva le Roy une damoiselle nommée la belle Agnez, qui là estoit venue, comme elle disoit. pour advertir le Roy et lui dire que aulcunsde ses gens le vouloient trahir et livrer es-mains de ses anciens ennemis les Anglais. De quoy le Roy ne tint guère compte et ne s'en fict que rire.
Quelle que soit l'indifférence, feinte ou réelle, avec laquelle le monarque aurait accueilli l'avis qui
dessous du menton, mais s'en retournent, après les esbatements
'' licites et honnestes ». Inutile de dire que les faits protestent
contre ces assertions. Agnès Sorel n'euflpas moins de quatre
ï filles : Charlotte, Marie. Jeanne et l'enfant qui survécut six mois
à sa mère. Cela n'empêche pas qu'elle fut. auprès du roi,
comme on l'a dit. « un ami sage, affectueux, personnellement
désintéressé de l'ambition, comme de la pratique politique ».