Jean Chartieh, Chronique de Charles VIL t. II
lui était donné, la favorite avait accouru en toute hâte avertir son roi du danger qu'il pourrait courir, du complot tramé contre lui.
Au moins les apparences sont-elles en faveur de cette hypothèse. Cette conspiration qu'allait dénoncer Agnès, le poète Baïf en avait recueilli l'écho, sur les lieux même et dans la famille de la favorite royale.
Là (Jumièges)ou la belle Agnès, comme lorson disoit,
Vint pour lui descouvrir l'emprise qu'on faisoit
Contre Sa Majesté ; la trahison fut telle
Et tels les conjurés, qu'encore on nous les cite,
Tant y a que l'advis qu'adonc elle donna
Fit tant que leur dessein rompu s'abandonna.
A remarquer qu'aucun nom n'est prononcé ; que ce ne sont que rumeurs qui n'ont pas encore pris corps.
Dix-huit mois s'étaient passés depuis la mort d'Agnès Sorel, quand circulèrent à nouveau des bruits d'empoisonnement l.
Cette fois, ce n'est plus l'héritier de la couronne,
1. Thomas Basin, généralement digne de créance, écrivait: ■ Et quoniam quod veneno extincta fuisset suspectus, œmulis procurantibus, Jacobus Cordis, argentarius régis, habitue sicut rêvera de hoc a pluribus crederelur imrnanisj, etc. » Caput XXIII, lib. quintus, t. I, 312.
c'est un ami, un des exécuteurs testamentaires de la favorite qui est mis en cause. Jacques Cœur est accusé de l'avoir fait empoisonner, pour complaire au futur roi de France ; et qui se porte le garant de l'accusation? Celle qui a succédé, dans la faveur du souverain, à Agnès Sorel, Antoinette de la Maignelay, « belle aussi, ressemblant à sa cousine, mais comme la copie servile d'un tableau ressemblée l'œuvre du maître ».
Une dame de la cour, qui devait de l'argent à Jacques Cœur, Jeanne de Vendôme, femme de* François de Montberon, seigneur de Mortagnesur-Gironde, et un Italien, établi en France, Jacques Colonna, déposèrent sous serment que l'un des trois exécuteurs testamentaires désignés par Agnès Sorel sur son lii de mort l'avait empoisonnée, et ils accusèrent formellement Jacques Cœur d'être l'auteur de ce crime *.
L'argentier de Charles VII était le créancier non seulement du roi, mais de la plupart des seigneurs qui l'approchaient. Pour éviter de s'acquitter envers lui, quel moyen plus commode que de le déshonorer par une inculpation qui le perdrait ! On le supprimerait... pour n'être pas obligé de le payer.
Jacques Cœur fut donc condamné ; mais s'il fut