Vie de Maurice de Sexe, par le «ointe d'EsPAGNACfParis
Après la victoire, il rentra plus qu'à moitié mort dans sa tente. Il fut, relate un témoin, un long moment sans proférer une parole, la tête penchée sur l'épaule gauche. Il sortait de sa bouche une salive, jaunâtre, qui annonçait une défection totale. Son valet de chambre lui ayant présenté un bouillon, il le but avec avidité, se sentant un peu plus de forces après l'avoir pris'.
Grâce aux soins empressés de Sénac. son médecin habituel, secondé par R.oth, le chirurgien en chef du résfiment deshulans de Saxe, orâce aussi aux sages avis du fameux professeur Stahl, de V Université de Halle, le maréchal fut, pour cette fois, remis sur pied ; mais, pendant plusieurs mois, il avait éprouvé les plus cruelles souffrances.
Au mois d'octobre 1745. il était encore au lit dans le plus triste état. Bien qu'il fût à peu près guéri de son hydropisie, par un remède que lui avait indiqué un des lieutenants placé sous ses ordres 2, une humeur, que Ton baptisait de différents noms, lui avait fait perdre l'usage d'une main. Cette humeur avait gagné la poitrine et le menton, au point qu'il lui était impossible de lever seulement la tète. On le disait, en outre, atteint du scorbut et d'exostoses multiples.
1. Intermédiaire, 1892, n° 576, col. 2>7 : cf. Le Loir-el-Cher historique, archéologique, scientifique, etc., 1893, 171 et suiv. 2. C'était, parait-il, de l'eau de lessive de cendres de genêt.
En dépit de ces fâcheux symptômes, Maurice de Saxe allait vivre cinq ans encore, et peut-être eut-il prolongé son existence sans une imprudence ou un accident.
La fin brusque d'un héros qu'on s'était habitué à voir toujours demi-mourant, donna lieu à des bruits que la rumeur publique se hâta d'accueillir avec d'autant plus d'empressement qu'ils satisfaisaient cet appétit du merveilleux dont le populaire n'est jamais rassasié.
A la date du 3 décembre 1750, c'est-à-dire trois jours seulement après la mort du maréchal, le marquis d'Argenson consignait sur les tablettes de son Journal :
Le bruit est dans le peuple que le maréchal de Saxe a été tué dans la forêt de Chambord et y a reçu des coups d'épée, ce qui n'est point vrai ; il est mort d'une fluxion de poitrine, négligée d'abord, puis devenue incurable.
Le mémorialiste ne mentionne qu'une vague rumeur, après l'énoncé d'un fait auquel il n'ajoute, pour sa part, aucune créance.
Ceux qui tiennent pour la version la plus dramatique, ont fait état d'un autre témoignage qui, bien que de seconde main, a pris à leurs yeux rang de première importance.
Un écrivain, qui était allé à Chambord recueillir
des souvenirs, en vue d'un livre qu'il préparait sur l'apanage du duc de Bordeaux, avait recueilli ces curieuses paroles d'un vieux valet de chambre du maréchal de Saxe, un nommé Moret : la scène contée par le vieillard s'était, à l'entendre, passée dans ies derniers jours de novembre 1750.
« Vers huit heures du matin, une chaise de poste, précédée d'un courrier sans couleurs, entra dans le parc de Chambord, par la porte des Guides. Elle s'arrêta au bout de l'avenue du parterre. Il en descendit deux personnes. Le courrier se rendit au château, chargé d'une lettre pour le maréchal, qui était encore couché.
Monseigneur, après avoir lu cette lettre, s'habilla à la hâte, fit prévenir son aide-de-camp et, suivi de son valet de chambre, il descendit par L'escalier dérobé de son appartement, sortit par les fossés du château et marcha à la rencontre des deux étrangers.
« Le pèi e hi'sfins1 lesvit mettre l'épée à la main et, bientôt après, les deux inconnus remontèrent en voiture et le maréchal, soutenu par son aidede-camp, revint au château et se remit au lit.
a Le bruit courut qu'il venait d'être blessé par le
prince de Conti, mais <>n ordonna le plus grand
pet à tou> l«j> gens de service. Un expédia un