BULLETIN
La nuit du lundi au mardi a été très bonne. L'inflammation des bras a considérablement diminué. Les boutons varioliques commencent à se dessécher, et l'état actuel du Prince est très satisfaisant.
Brunyer. Jauberthon.
Au Château de S1 Cloud, à midi ce 27 niai 17^8.
3n2 LÉGENDES ET CURIOSITÉS DE L HISTOIRE
6e BULLETIN
Le dessèchement des boutons varioliques étant sur sa fin, et la maladie ayant parcouru tous ses differens périodes, Monseigneur le Duc de Normandie sera purgé demain.
Brun ter: J.\uberthon.
A midi ce 28 mai 1788.
7e ET dernier bulletin
Monseigneur le Duc de Normandie a été bien purgé et les purgations seront réitérées. Comme l'état actuel du Prince ne 1 eot laisser d'inquiétudes, voicy le dernier bulletin. Nous le terminerons en récapitulant la marche progressive des différends périodes de la maladie.
1° Le prince inoculé le jeudi quinze de ce mois ; trois jours après, le développement de la petite vérole locale aux endroits d - piqûres ;
Du sept au huit de la maladie, la fièvre d'invasion qui annonce le passage de la matière variolique dans le sang, et ure son action immédiate sur la masse des liqueurs ;
.! Enfin l'éruption des boutons varioliques bien caractérisés sur différentes parties du corps.
- trois périodes parcourus successivement et avec régulant'', prouvent que l'objet important de l'inoculation de Monsei gneur le Duc de Normandie a été bien rempli.
Le même jour et avec la même matière variolique employée à l'inoculation de Monseigneur leDuc de Normandie, deux enfamts de différend sexe ont été inoculés. Pareil succès s'en est suivi.
Au Château de S1 Cloud, ce midi 29 mai 1788.
Brunver. Jaubertiion.
1/lNOCULATlUN A LA COUR DE FRANCE 303
S1 Cloud 29 mai 1788.
J'ai l'honneur M. de vous envoyer cy j1 le dernier Bulletin formant la récapitulation de la marche progressive de Mgr le Duc de Normandie. Je n'ai rien a vous prescrire de la part de Made la gouv^ sur l'usage de ce Bulletin, mais si vous croyes convenable de l'insérer dans la Gazette de France ainsi que je crois qu'il a été pratiqué à la fin de l'inoculation de Monseigneur le Dauphin, vous auresles matériaux nécessaires pour la rédaction de l'article que vous serez dans le cas d'insérer dans la Gazette de France. Je suis fort aise que cette occasion me mette à môme de vous renouveller Tes assurances du très sincère attachement, etc.
A Versailles le 30 mai 1788.
Vous m'avez. Monsieur, rendu un véritable service en me communiquant le dernier Bulletin de l'inoculation de Monseigneur le Duc de Normandie. On s'est contenté de mettre dans la môme circonstance pour Monseigneur le Dauphin une phrase très générale. J'ai cru, Monsieur ne point devoir m'astreindre à cet exemple. 11 me paroit qu'on ne peut trop multiplier les détails sur un objet aussi intéressant pour toute la nation • peut-être d'ailleurs est-ce un moyen d'inspirer ou de fortifier la confiance publique dans une opération qui a encore beaucoup de détracteurs. En conséquence j'ai envoyé au rédacteur de la Gazette le Bulletin dans toute son étendue. Au surplus si l'on trouve que ce ne soit pas là sa place il y aura moyen de le supprimer puisqu'il se trouvera dans l'épreuve de dimanche.
Agréez, je vous prie, mes justes et sincères remerciements de votre attention, et les assurances du très parfait attachement aAec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre humble et très obéissant serviteur.
Geoffroy J.
Voilà, pensera-t-on, une question oiseuse et que le premier écolier venu, sorti de la Primaire, est à môme de résoudre. Détrompez-vous, il n'en est guère qui ait passionné autant le monde de l'érudition et de l'histoire et, à l'heure actuelle, en dépit de multiples recherches, le problème reste à Tétude et peut-être n'en aurons-nous pas de sitôt la solution.
•Il semble, à première vue, incroyable qu'un personnage de la notoriété de Mirabeau, de Mirabeau qui fut un temps le dictateur et l'idole de la France, la dernière carte que jouait la monarchie, l'espoir de tous ceux qui croyaient pouvoir arrêter la Révolution sur la pente où elle allait glisser ; il semble, disons-nous, incroyable qu'on puisse ignorer où repose l'homme à qui on fit des funérailles dignes d'un souverain, des obsèques qui furent une apothéose. Et cependant... veuillez nous prêter l'oreille.
Le 2 avril 1791, la nouvelle court dans Paris, que le grand orateur vient de rendre le dernier soupir. Les abords de sa maison, rue de la Chaussée-d'Antin *, sont encombrés d'une foule immense, qui arrête la circulation ; les députations succèdent aux députations : les haines se taisent, la mort a réconcilié les partis: tout un peuple communie dans une même pensée de douleur et de regrets.
Plus de spectacles, les lieux de réjouissance sont fermés, le deuil est national, universel.
Quel plus imposant spectacle que celui de cet immense cortège qui se déroule lentement aux sons dune musique funèbre, jouant un hymne de circonstance, de cette multitude recueillie qui se découvre au passage du cercueil porté à bras par les grenadiers du bataillon dont faisait partie le défunt ; et devant le cercueil, le cœur du tribun, qu'on porte dans une enveloppe de plomb, ornée d'une couronne de Heurs, qui masque la couronne comtale gravée sur la boite.
La nuit tombe2, quand, on arrive à l'église Saint- Eustache, où devait être célébré le service funèbre ; car. particularité curieuse, on enterre ce païen dans une basilique religieuse !
1. La maison qu'il habitait porte aujourd'hui le n° 42 de cette rue. Intermédiaire. 10 mai 1892.)
2. On était parti de la maison mortuaire à 4 heures et demie.
Un décret, spécialement rendu à cet effet, prescrivait que Mirabeau serait inhumé dans l'église Sainte-Geneviève désaffectée et que l'Assemblée Nationale avait consacrée à la gloire et à la sépulture des grands hommes.
Un nécrologe de l'abbaye de Sainte-Geneviève > qui fait partie aujourd'hui de la bibliothèque Sainte-Geneviève, se termine par l'article suivant:
1791. — Le 4 avril 1191 a été déposé, dans le caveau, sous le chapitre, le corps de M. Honoré Gabriel Riquetii de Mirabeau, député à V Assemblée Xationale et membre du Directoire du déparlement de Paris. Il était décédé, le LJ du même mois, à la Chaussée-d'Anlin, paroisse Saint-Euslache, dans la 43e année de son âge. D'après un décret de V Assemblée, il sera transféré à la nouvelle église de Sainte-Geneviève, devenue aujourd'hui la sépulture des grands hommes qui ont bien mérités (sic) de la patrie 2.
Comme s'il avait prévu la triste odyssée de son cadavre, Mirabeau avait exprimé, dans son testament, la volonté de reposer dans un lieu où il fût à l'abri des vicissitudes qu'il redoutait. Il demandait à être inhumé dans la chapelle de son château du Marais, a Argenteuil, où avaient été rapportés les corps de son père et de sa grand1 mère. Mais la volonté populaire en avait autrement décidé : Mirabeau appartenait à la nation, avant de s'appartenir.