‹ Légendes et curiosités de l'histoireChapitre 8 sur 99 · IfuRATOfti, Fierum italic, >. >.. XXI · texte numérisé non relu

IfuRATOfti, Fierum italic, >. >.. XXI

2. Walsingham, Hist. Angticena (éd. Riley), t. II Londres, 1863).

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FlG. 1. — CHARLES VI

L.e traitement ne les préoccupa pas autrement : ils prescrivirent des processions, des offrandes aux églises '. des attouchements de reliques, l'appareil hagiothérapique habituel. Tout cela, est-il besoin de le dire, demeura sans effet sur le roi, qui passait par des alternatives d'agitation et de dépression, restant de longues heures hébété, triste, préoccupé.

Les princes, ses oncles, qui avaient pris 3a régence du royaume, avaient fait transporter Charles a CreiL C'est alors qu'un médecin de Laon, qui s'était retiré, dans sa ville natale, après de longs et fréquents voyages 2, entendant parler de l'état du royal malade, proposa ses services, par l'intermédiaire du seigneur de Coucv. Enguerrand VII en parla aux oncles du roi, qui acceptèrent d'autant plus volontiers la consultation du médecin laonnois, que les archiatres se déclaraient impuissants.

Celui qui s'offrait à guérir le roi était un singulier personnage, aux allures brusques et au franc parler, « le plus eschars et avare qu'on sut. ».

1. Le rétablissement de la santé du Roi fut célébré par une neùvaine, à l'église Saint-Julien du Mans et par des dons qu'il lit au chapitre de cette église.

2. Il avait parcouru la Syrie, la Palestine, gravi le montSinaï, le Mont Oreb, passé la mer Rouge, exploré l'Egypte, Alexandrie, et rapporté en France quantité de produits curieux de a nature et de l'art.

Aux premières ouvertures qui lui furent faites, Guillaume de Harcigny * et non de Harseley, comme on l'a quelquefois désigné , se mettait en route, pour se rendre auprès de l'auguste patient. Ce n'était pas, pour un vieillard, un voyage d'agrément ; mais, fort de ses lumières et de son expérience, il comptait rendre la santé au royal malade et cet espoir lui faisait paraître légère la fatigue.

Aussitôt arrivé à Creil, le nouveau médecin, contrairement à ses confrères, ordonnait l'isolement. On entourait le roi de bruit, de divertissements, il les supprima : nul ne pourrait désormais entrer au château, sans un laisser-passer de sa main.

Il donna l'ordre de construire un balcon en saillie, garni de barreaux de fer, où le roi viendrait s'asseoir et prendre l'air : ce sont les grilles de ce balcon qui donneront naissance à la légende de la cage de fer, dans laquelle aurait été enfermé le Roi.

Grâce au traitement prescrit, la fièvre tombait. C'est alors que, véritable précurseur d'une méthode qui a été, ces temps derniers, remise en

1. Sur G. de Harcigny, nous avons puisé nos informations dans la notice de M. Thilois {Bulletin de la Société Académique de Laon, 1857), et aussi dans les articles de Chereau (Union méd., 13 mars 1862) et G. Contenait {Tribune Médicale, 13 et 20 mars 1901\

honneur, Guillaume de Harcigny procède à une véritable rééducation de son malade. Il prend de l'influence sur lui, par la persuasion, comme le conseilleraient les professeurs Déjerine ou Dubois de Berne), le ramène peu à peu aux sentiments de famille. Il engage les oncles du roi à le traiter avec la plus grande douceur; bref, il l'améliore notablement.

Enchantés d'un pareil résultat, les ducs de Berry et de Bourgogne proposent à celui qui venait d'obtenir ce miracle, de l'attacher à la personne de leur neveu.

Je 11» suis qu'un vieil homme faible et impotent, leur répondit Guillaume de Harcigny ; je ne pourrais, en conséquence, supporter l'ordonnance de la Cour; bref, je veux retourner à mon nourriçon. Le roy, Dieu merci, est en bon estât : je vous le rends et livre ; dorénavant, qu'on - garde de le courroucer et mélancolier ; car encore n'estil pas bien ferme dans tous sesesprits, mais petit à petit s,, n cerveau s'affermira. Déduits, oubliances et départs par raison plaisirs modérés, oubli du passé, promenades Bans fatigues lui serolenl plus profitables que toutes autres choses. M.iis du moins que vous pourrez, ne le chargez el travaille? de conseils, car encore a-t-il et aura en toute cette saison le chef faible el tendre, car il a été battu el formeoé de très dure maladie.

Ce discours tenu, le bonhomme repartait pour

Laon, après avoir accepté mille couronnes d'or et reçu le titre honorifique de médecin du roi, avec le privilège de requérir, à sa volonté, quatre chevaux pris dans les écuries royales, pour venir à la Cour. Il nejouitpas de cette dernière faveur : de retour à Laon, Guillaume reprenait sa vie paisible d'autrefois ; le 10 juillet 1393, il passait de vie à trépas.

Guillaume de Harcigny venait à peine de quitter la Cour que, ne tenant aucun compte de ses recommandations, et sous prétexte de distraire le roi ou de l'étourdir, on recommençait la vie de fêtes, un instant interrompue. On n'ignore pas que ce fut au cours de la mascarade connue dans l'histoire sous le nom de Bal des Ardents, que Charles VI faillit trouver la mort, et quelle mort horrible !

On connaît l'épisode ; peut-être sait-on moins les circonstances qui en ont été le prétexte.

En Tan 1388, la reine avait marié Catherine de Fastavrin, dite l'Allemande, au sieur Eustache de Campremy, écuyer tranchant et maréchal des logis du roi. Cette union ayant été rompue par la mort cludit seigneur, Catherine s'était reinariée avec le sire de Hainceville.

En 1393, elle devenait veuve pour la troisième fois : le mari qu'elle venait de perdre se nommait

22 LÉGENDES ET CURIOSITÉS DE i/HISTOIRE

Robinet de Beauchien ». Charles VI lui-même se mit en quête d'un quatrième mari pour la dame, et lui choisit pour époux un jeune chevalier picard2.

Pour donner plus d'éclat au mariage, le roi avait décidé que les fêtes seraient célébrées à l'Hôtel royal Saint-Pol. Le 29 janvier 1393, elles avaient lieu.

Minuit avait sonné. Les danses continuaient dans les salles... I ne vieille coutume était de donner aux veuves remariées le charivari. Hugonin de Guisay avait eu l'idée d'en composer un d'hommes sauvages et d'y comprendre le jeune roi. Charles céda au conseil de son écuyer, maître expert en crimes de toutes sortes et déplus en débauche. On sait quel fut le résultat de cette plaisanterie : les cinq hommes sauvages prirent feu, au moment où, poussant des cris de loups, ils dansaient une sarrasiae, accompagnée de gestes obcènes et grotesques. Emprisonnés dansla poix et le' lin embrasés, ils se tordaient et hurlaient: les Dammes du vivant incendie s'élevaient jusqu'au plafond, et leurs membres, mcessammenl dévorés, tombaient par lambeaux sanglants sur 1< pavé de la salle.

Le roi fut sauvé, grâce à la présence d'esprit de la duchesse de Berry, qui se précipita vers lui,

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