TRAIT HISTORIQUE DE PIETÉ FILIALE
Air du vaudeville de « la Soirée orageuse ».
Tendre Sombreuil, à ton aspect,
On sent couler de douces larmes:
On est saisi d'un saint respect,
L'âme goûte les plus doux charmes.
Ta filiale piété
Fait qu'on t'honore et te révère :
Tu trouvas l'immortalité,
En sauvant les jours de ton père.
Je vois encor ton foible bras
Détourner la hache homicide,
Et retenir les attentats;
Je t'entends d'une voix timide
T'écrier : ... « Ne le frappez pas...
Respectez cette tète chère...
Faites-moi subir le trépas,
Mais conservez mon tendre père!... »
Tu fais un rempart de ton corps,
Et tu remportes la victoire.
Aussi tes généreux efforts.
A jamais assurent ta gloire.
Tes pleurs charment les furieux;
Ils s'arrêtent... ton âme espère...
Tes cris sont entendus des cieux,
<Jui sauvent les jours de ton père.
« La citoyenne Sombreuil étoit présente; elle écoutoit, la tète baissée; son visage étoit baigné de pleurs. L'auteur de la romance s'avance vers elle et lui dit :
« En célébrant le courage, je n'ai suivi que l'impulsion de mon cœur, et je me trouve très heureux d'avoir pu rehausser l'éclat de la vertu captivante, en consacrant le récit d'une belle action. »
— « Citoyen, répondit la citoyenne Sombreuil. j'en ai reçu Ja récompense dans le lems, je la reçois encore aujourd'hui. »
« Le citoyen Grappin, sur l'invitation de plusieurs prisonniers, nous a donné les détails les plus curieux sur divers événements arrivés dans les premières journées du mois de septembre 1792. Ce brave homme est parvenu à sauver soixante ou soixante-dix victimes, parmi lesquelles sont les citoyens Sombreuil. Cahier, le juge de paix de la section du Temple. Duperron. juge de paix de celle de Bonne-Nouvelle. Valroland. maréchal-de-camp, un marchand de bois de Nancy, douze femmes: pour les autres, il n'a jamais su leurs noms.
« Grappin étoit un des huit députés de sa section Contratsocial nommés pour aller réclamer deux prisonniers qui alloient être égorgés
« Grappin alloit sortir de l'Abbaye, lorsqu'il rencontre les exécuteurs qui amenoient le citoyen Sombreuil, gouverneur des Invalides. Il parvient à suspendre leur fureur ; la soif du meurtre s'éteint un instant chez ces monstres tout haletants de carnage. 11 s'approche du citoyen Sombreuil: celui-ci l'assure qu'il n'a pas quitté son poste au 10 août, qu'il n'a contre lui que quelques dénonciations, que ses ennemis «nt surpris à la bonne foi d'un petit nombre d'invalides.
« Grappin le fait conduire dans un cabinet retiré : les bourreaux n'avoient pas quitté leur proie. La fille du citoyen Sornbreuil s'étoit précipitée à leurs genoux : « Prenez ma vie. leur disait-elle, mais sauvez mon père »
« Grappin essaie de fléchir les assassins, il leur propose d'envoyer des commis-aires aux Invalides, pour s'assurer >i véritablement Sombreuil n'avoit pas quitté l'hôtel Le K> août. Maillard expédie l'ordre ; on part. On rapporte une lettre du major, qui atteste la vérité du fait... Les égorgeurs ne la trouvent pas valable. Grappin insiste :
— « Mais, citoyens, vous ne prononcerez pas un jugement inique; vous entendrez ses dénonciateurs ; les vieux défenseurs delà Patrie sonl incapable.-, de trahir la vérité. Ordonnez, je par- avec quatre citoyens dignes de votre confiance, nous irons aux Invalides, et nous eo rapporterons des témoignage