L'ECHARPE COULEUR DE CHEVEUX D'OR
Ce n'est pas seulement le Titien qui a mis en relief la couleur blonde légèrement accusée, ni Eugène Sue, par le portrait qu'il a donné de la belle Cardoville. La couleur d'or, si en faveur aujourd'hui dans le monde, et surtout le demi-monde, était un objet d'affection toute chevaleresque d'un bâtard de Savoie, et l'écharpe couleur d'or que portait Philippin de Savoie, fils naturel du duc Charles-Emmanuel, à la prise du château de Chamousset, a sa légende qui frise l'histoire. Que cela ne nous empêche pas de la retracer ici.
La position de Chamousset, où se trouve une station de chemin de fer, est considérée comme importante, puisqu'il s'agit de nouveau d'y faire
quelques travaux de défense, et que le génie militaire s'occupe actuellement de cette question avec vigueur. L'importance de cette position a été de tout temps reconnue, car le coteau où se trouve le village fut occupé de bonne heure par un château des comles de Savoie. Ce château fut emporté d'assaut par le maréchal de Créqui, malgré l'intrépidité de don Philippin, qui faillit se noyer en repassant l'Isère à la nage.
A la prise de ce château se rattache le triste ' épisode qui se termine par la mort du prince dont nous venons de parler. Galant, chevaleresque à l'égal des princes légitimes de la famille à laquelle il appartenait indirectement, Philippin portait constamment une écharpe couleur de cheveux d'or, don et gage d'amour octroyé par la dame de ses pensées. Lors du combat de Ghamousset, il échappa à Créqui, mais il perdit son écharpe qui tomba dans les mains de son adversaire. Ce dernier se para de ce tissu comme d'un trophée de sa victoire, et se permit à cet égard quelques-unes de ces plaisan-
teries risquées, deces allusions de goût équivoque dont les militaires en général et les soldats français en particulier usent avec une légèreté déplorable. Ces plaisanteries arrivèrent aux oreilles de don Philippin, qui en demanda raison à leur auteur. Deux rencontres eurent lieu :1a première près de Grenoble, la seconde près de Biord en Bugey. Dans cette dernière don Philippin ayant reçu trois coups d'épée et deux coups de poignard, rendit le dernier soupir entre les bras de ses témoins.