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LE FARFADET DES URTIERES

Le territoire des Urlières est plus riche dessous que dessus. Et cependant la végétation s'y montre vigoureuse, les arbres y atteignent une grosseur considérable et une belle hauteur. Mais les mines que renferment le tréfonds sont autrement plus productives que les prairies, et le fer est plus précieux que le bois.

La mise en possession d'une minière, — nous allions dire l'investiture d'une mine, — s'efïectuaitautrefoisavecun apparat singulier. Aujourd'hui c'est l'objet d'une concession administrative, précédée d'un certain nombre d'enquêtes, et tout est là; mais jadis on n'y allait pas si prosaïquement. Le notaire était présent, c'est vrai, mais ce n'était que pour la forme. Le marché avait d'autres conditions de garantie qu'un acte

dressé sur papier timbré. Le nouveau possesseur, en présence du notaire et des témoins, se mouillait l'index, traçait une croix sur le roc à l'entrée de la minière, puis se signait, posait la main droite sur la croix qu'il avait tracée et répondait à la lecture de l'acte : « Je le jure ; amen ! »

Après l'accomplissement de cette cérémonie on en pratiquait une autre qui avait pour objet d'éloigner les dangers dont les mineurs sont si souvent victimes dans leurs travaux, et de leur rendre favorables les esprits qui habitent ces profondeurs. Parmi ces esprits, l'un des plus redoutés par ses malices et ses espiègleries est le crosier-farfadet, aux longues ailes de chauve souris. Caché dans les coins les plus sombres, il en sort à l'improviste, tord l'épingletle dans .le trou de la mine, mouille la mèche, et, pour cela, procède d'une façon fort inconvenante, et se livre à toutes sortes de gentillesses d'un goût douteux. Mais,— comme il est difficile de s'arrêter sur le chemin de la plaisanterie, dont la pente insensible vous conduit à la méchanceté

et même à la cruauté,— le farfadet va quelquefois jusqu'à allumer le grisou. Gare à l'explosion ! Il en est souvent lui-même la première victime ; il s'y brûle les ailes, mais cela ne le corrige point, et, le lendemain, il reprend le cours de ses gamineries ordinaires. Il en mvente même chaque jour de nouvelles. Quand on est obligé de subir les taquineries inqualifiables d'un enfant mal élevé, le mieux et le plus sage est de le gaver de bonbons et de sucreries; c'est le meilleur moyen d'en avoir façon, et c'est celui qu'emploie le nouveau propriétaire d'une mine des Urtières pour se débarrasser des importunités du farfadet. Il dépose, le soir, à l'entrée de la mine, un petit panier de provisions; le lendemain matin, il va sans dire qu'il n'y a plus rien dans le panier.

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