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L'HABIT DE VELOURS DES RAPIN

L'histoire de la célèbre famille Rapin et de toutes ses branches est si pittoresque que la légende prend le droit de se l'approprier. Mais, pour le moment, nous nous contentons de nous attaquer à son habit de velours.

C'était en effet l'habit de toute la famille. Cette famille, qui s'est étendue sur la France, l'Angleterre, la Prusse, les Pays-Bas, et qui, partout, a su atteindre un rang élevé et s'y maintenir; cette famille, qui est encore représentée de nos jours par la descendance des femmes, et à laquelle appartiennent les Arlès-Dufour, les Floltard et les Cazenove de Lyon ; les Rapin sont originaires de Valloires, en Maurienne. Propriétaires primitivement du manoir appelé la Chaudane, situé en face de la chapelle de Saint-Pierre, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un tas de ruines, les Rapin, comme syndics, ma-

gistrats ou seigneurs, luttèrent contre les empiétements des évoques de Maurienne. La famille existe encore et elle possède au moins un habit de velours. Viennent les dimanches et les jours de fêtes, l'aîné des frères endosse l'habit de velours et le pourpoint noir que son père n'avait pu emporter dans l'autre monde, et, dans ce costume traditionnel, il va s'asseoir au banc réservé. Le banc réservé était autrefois un des droits du seigneur ; il s'appelait alors le banc seigneurial. De nos jours, c'est le monopole des marguilliers et conseillers de Fabrique, et cela s'appelle le banc d'œuvre. L'aîné des Rapin, disions-nous, assistait dévotement au commencement de l'office, puis, quittant l'église et revenant au château, il passait Thabit à son second frère qui, à son tour, faisait une apparition au banc d'œuvre pour revenir bientôt passer l'habit au troisième Rapin, et ainsi de suite jusqu'à l'épuisement de l'espèce. Le cadet avait eu son tour avant que l'office fût terminé, et c'était lui qui rapportait au manoir l'absoute que les hôtes se partageaient à l'amiable.

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