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LES ASSIÉGÉES DE CHARBONNIÈRE

La maison de Prusse, qui est aujourd'hui si redoutable, a eu de bien petits commencements. Le nid d'aigle de Hohenzolern fut son berceau, le duché de Brandebourg sa couchette, et la Panonie, — l'ancienne officine du genre humain et le tombeau d'Attila, — est devenue son lit de parade.

La maison de Savoie, qui règne aujourd'hui sur toute la péninsule italique, dont la capitale est à Rome, la ville universelle, n'a pas eu une aurore plus brillante. Le château de Charbonnière fut son point de départ. Qui sait maintenant où elle s'arrêterait si jamais l'esprit de conquête allait s'emparer des descendants futurs du pacifique Victor-Emmanuel ?

Le château de Charbonnière est donc un point marquant dans l'histoire. Il y tient plus de place

que sur la carie de géographie. Mais l'histoire va ceci de singulier qu'elle empiète volontiers sur le terrain de la légende. La légende se rebiffe, et c'est son droit. Elle prend son bien où elle le trouve, et c'est en vertu de ce principe, codifié par Molière, que nous revendiquons la propriété de l'anecdote historique suivante.

François Ier s'était emparé du château de Charbonnière en 1536, et l'avait ruiné. Emmanuel-Philibert le fit réparer. En 1590, Lesdiguières s'en rendit maître à son tour ; Charles- Emmanuel le reprit bientôt. En 1599, il tomba au pouvoir de Créquy, mais ce général ne put s'y maintenir longtemps. Décidément la maison de Sa\oie tenait à son berceau, et son berceau tenait à elle. Il a fallu les traités de 1860 pour altérer cet inaltérable attachement.

En 1600, Sully, qui l'avait attaqué, éprouva, de la part de la garnison, une énergique résistance. L'explosion des magasins à poudre n'avait pas suffi pour la déterminer à capituler ; elle tenait toujours et refusait de se soumettre aux rigoureuses conditions posées par l'assiégeant.

Quel bonheur, quoi qu'on en puisse dire, que les rois de France soient accessibles aux prières et aux grâces des femmes ! Les femmes de Charbonnière, et celles d'AiguebelIe sans doute, connaissant le faible d'Henri IV, et sûres, du reste, de l'ascendant de leurs charmes, pensèrent qu'une démarche de leur part aurait plus de succès qu'un nombre incalculable de coups de canon. Leur prière avait été repoussée par l'intraitable vertu de Sully, qui enviait toutes les gloires du grand Scipion ; elles portèrent leur pétition au roi lui-m^me, qui venait d'arriver sous les remparts de la forteresse assiégée. Henri IV, qui n'a jamais posé pour la continence du vainqueur de Numance, se montra moins inexorable que son ministre, et la plus belle de ces ambassadrices obtint pour la garnison une capitulation honorable.

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