LE MARTYR DES DESERTS
Les Dêserls, on a peine à le croire si l'on tient compte de la signification des mots, est un village considérable, et qui ne manque pas d'habitants. Qu'on ne s'attende donc pas à y trouver une thébaïde, non plus à y rencontrer des anachorètes. Ce village s'appelait autrefois Saini- Miehel-des-Déserts, et actuellement Les Déserts tout court. On assure que la principale industrie de ses habitants consiste à prêter leur témoignage en faveur des prévenus qui ont à répondre devant la justice de la soubtraction d'un fagot de bois, ou de toute autre contravention aux règlements forestiers. Nous croyons que l'abondance des fourrages, la belle venue des bestiaux et la bonne qualité des fromages sont une source de richesse préférable. Dans
tous les cas, le pays présente l'aspect de cette aisance enviable et qu'Horace appelait la médiocrité dorée. Ses maisons sont néanmoins encore couvertes en paille, mais heureusement isolées les unes des autres. Les incendies n'y trouvent pas leur compte, c'est vrai, mais il n'est pas de rigueur de faire la courte échelle à ce fléau qui sévit déjà suffisamment dans nos campagnes.
La terre des Déserts, érigée en fief, appartenait aux Légeret, dont le dernier, Jean Légeret, docteur-ès-lois, perdit la tête sur le billot en 1417, et nos lecteurs se creuseraient la leur pendant quinze jours qu'ils n'imagineraient pas le crime dont il était accusé. Il fut condamné pour méfaits de mathématiques, de médecine et d'astrologie. D'astrologie passe encore, mais tuer un homme pour avoir poursuivi le binôme de Newton, cela dépasse toute imagination !