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LE PONT D'AVIGNON

Le Pont d'Avignon n'a pas seulement sa chanson, mais encore sa légende.

Il paraît qu'il fut un temps où les architectes étaient d'une épaisse ignorance. C'est à telle enseigne que la construction du pont d'Avignon ne touchait pas à sa fin.

Mais où les mathématiciens les plus consommés perdent leur latin, les Henri Mondeux se tirent d'affaire par sous-jambe. Là où les polytechniciens du temps avaient échoué, un berger de la Maurienne fit un chef-d'œuvre.

Or, un pont, qu'il soit d'Avignon ou de Rumilly, ne peut se faire que sur place. Il fallut donc que le berger consentît à quitter sa montagne et son troupeau. Une semblable détermination ne se prend pas si facilement qu'on

semble le croire par ce temps où la vie nomade paraît reprendre faveur, et l'intervention supérieure est de mise en Maurienne comme à Domrémy. C'est sur une invitation formelle que Jeanne d'Arc a quitté sa quenouille, et le berger de la Maurienne ne s'est pas expatrié sans exiger les mêmes formalités.

Ce berger était baptisé sous le nom de Benoît ; mais l'exiguité de sa taille l'avait fait surnommer Bénezet, c'est-à-dire le petit Benoît. Un jour que Bénezet faisait paître son troupeau sur les hauteurs du village d'Hermillon, il entendit une voix surnaturelle qui l'appela par trois fois. Il prêta l'oreille et reconnut la voix de Jésus- Christ. Un dialogue s'établit entre Notre-Seigneur et le berger, mais la tradition n'en a pas gardé le texte fidèle. Tout ce qu'on sait pertinemment, c'est que le Seigneur ordonna à Bénezet de suppléer à l'ignorance des architectes de la ville d'Avignon et d'aller dans cette ville pour y jeter un pont sur le Rhône. Bénezet obéit, comme on peut bien le croire, et le pont a été fait... où il est.

Pour récompenser Bénezet, qui fut canonisé à bref délai, on éleva une chapelle au milieu du pont, dans laquelle il fut enseveli. Plus tard, la chapelle menaçant ruine, les saintes reliques furent transférées à Avignon, dans l'église de l'Hôpital, où elles se trouvent encore et où elles sont exposées à la piété publique.

Et dire que la Savoie fournit des architectes pour faire des ponts sur le Rhône et que s. s voies ferrées qui parcourent la Matirienne n'ont pas encore su se défendre contre l'invasion des torrents de la contrée! 11 paraît qu'il en est des architectes comme des prophètes : on ne l'est pas dans son pays.

SAINT CONCORS

Un prélat irlandais vint mourir dans le prieuré de Lémenc; c'était à la fin duxne siècle. Chambéry est une localité où les prélats étrangers viennent volontiers mourir. Mgr Godelle, évêque dans quelque contrée soumise au joug des infidèles, arrivait à Chambéry il y a une dizaine d'années, et il y est décédé en odeur de sainteté.

Le prélat irlandais se nommait Cornélius Conchoard. Il fut inhumé dans l'église de Lémenc, aujourd'hui église paroissiale, et il y est vénéré sous le nom de saint Concors.

Mais il n'est pas de chose sainte qui n'ait été profanée. Si ce n'est pas le blasphème qui s'attache aux reliques des saints, c'est au moins la plaisanterie, Nous citerons celle dont saint

Concors est l'objet, pour la signaler à l'exécration publique.

Du nom de saint Conchoard, on a fait saint Concors; de saint Concors, on a fait saint qu'on sort. L'esprit du mal n'est pas difficile sur les moyens de porter atteinte aux pieuses croyances; une cédille suffit à ses intentions. Il n'est pas besoin d'expliquer l'origine de cette irrévérencieuseappellation, car tout le monde sait que, lorsque la pluie ou la sécheresse persistent trop longtemps et excèdent les vœux de la population agricole, on sort la chasse de saint Concors, on la promène processionnellement autour du sanctuaire en le priant d'intercéder auprès de Dieu, pour qu'il fasse cesser un ordre de choses désastreux, et il est rare que cette cérémonie ne soit pas suivie de l'avènement de la température désirée. , *

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