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LA SAINTE EPINE

Si jamais nom de montagne a été souvent prononcé dans le département de la Savoie, depuis tantôt vingt ans, c'est celui de la montagne de l'Epine. Il ne saurait être question de chemin de fer sans qu'on parle d'elle, et vous verrez rarement un candidat à la dépulation ou au conseil général afficher sur les murs les promesses qu'il fait à ses électeurs sans que le percement de l'Epine ne s'y rencontre quelque part. Le fait est que, percer l'Epine, ce serait diminuer considérablement la distance qui nous sépare de Lyon, et un voyage en chemin de fer paraît si long, que c'est une bonne affaire d'abréger le parcours de vingt ou trente kilomètres.

La montagne de l'Epine fait tout naturelle-

ment suite au Mont-du-Chat. On a attribué à la dénomination du Mont-du-Chat un grand nom* ère d'origines bien différentes les unes des .autres. L'imagination des étymologisles s'est donné libre carrière, et, récemment, l'auteur de la monographie du château de Bordeaux M. Mailland, publiait toutes les opinions émises à cet égard qu'il a pu recueillir. De toutes les étymologies qu'il nous a présentées, aucune ne nousaparu satisfaisante. Elles sont plusoumoins ingénieuses, mais elles ne sauraient satisfaire pleinement l'esprit du lecteur.

Pour nous, nous n'accordons aucun crédit à f histoire du chat sauvage qui ravageait cette montagne; nous n'en donnons pas davantage à la déviation du mot chien en chat, et nous ouvrons notre avis particulier.

Le mot cha est un radical qu'on trouve dans le mot chalet, maison en bois, dans le mot châ- Me, chemin pour l'exploitation des bois. Il nous semble que le sens de bois s'attache à tous les mots qui contiennent le radical cha. Nous en concluons que cha veut dire bois, et que le

Mont-du-Chat était un mont très boisé. Il n'y aurait là rien d'extraordinaire, puisqu'il l'est encore.

Mais nous nous éloignons de l'Epine, revenons-y. On ignore assez généralement d'où cette dénomination est venue à cette montagne, et nous croyons à propos de la rappeler.

Guillaume de Montbel avait pris une telle part à l'expédition des Croisades, que saint Louis, pour le récompenser, lui fit présent d'une épine de la sainte couronne de Notre-Seigneur. Cette précieuse relique fat déposée dans la chapelle du château, et devint le but d'un pèlerinage si fréquenté qu'elle donna son nom de l'Epine, non seulement au château et au chemin qui y conduisait, mais encore à la montagne que les pèlerins étaient obligés de traverser.

Mantenant que le pèlerinage de l'Epine a perdu sa vogue, rien n'empêche que la vapeur vienne en obstruer les chemins.

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