LE DELUGE DE MODANE
Le bourg de Modane est assis au milieu d'un bassin verdoyant, entouré de montagnes dont les flancs sont couverts de noires forets et les sommets de neiges éternelles, et d'où se précipitent en tous sens des torrents qui, jusqu'à ce jour, ont mis en défaut les ingénieurs chargés de la construction et de l'entretien du chemin de fer Victor-Emmanuel.
On comprend que cette position exceptionnelle rende l'existence de ce bourg pleine de dangers; car les cataractes de la terre semblent toujours prêles à s'ouvrir et à se répandre dans la plaine qui finira, sans aucun doute, par devenir un lac, sur les bords duquel viendront s'installer les pêcheurs à la ligne.
Ce ne serait, du reste, pas la première fois
que Modane aurait été inondé. Les chroniques locales, que l'on trouve en grande quantité et en parfait état de conservation dans les archives de la commune, contiennent des détails éminemment curieux sur la désastreuse inondation de 1469, qui détruisit entièrement le bourg et dévasta tous les champs cultivés dû bassin. La douloureuse et profonde impression que cette catastrophe a laissée dans l'esprit de la population n'est pas près de s'effacer. Cet événement a inauguré comme une ère nouvelle pour Modane. Le souvenir en est tellement persistant que toute l'histoire locale gravite autour de lui, et l'on trouve des documents qui, pour indiquer l'époque des faits auxquels ils se rapportent, se réfèrent à l'inondation de 1469, et stipulent ainsi les dates : telle année avant le déluge de Modane ou telle année après.