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LES VERPILLIONS DE SAINT-JULIEN- DE-MAURIENNE

Je pense, donc j'existe, disait Descartes,

J'existe, donc j'ai droit à l'alimentation, disent les animaux, et au travail, disent les adeptes de certaines doctrines modernes.

C'est en vertu du principe invoqué tacitetement par les animaux, qu'on fut obligé, dans plus d'une circonstance, de prier les vers blancs de vouloir bien se contenter d'un carré de choux qui leur était assigné, à inviter les cheni les à faire leur régal d'une forêt où on prétendait les cantonner, et de sommer les verpillons d'avoir à faire leurs fêtes de légumes plus ou moim avariés qu'on leur abandonnait en toute propriété.

Il ne venait pas, en effet, à l'idée de nos

aïeux que Dieu eût pu commettre la faute de créer quelque chose de trop. Ils ne songèrent jamais à faire deux parts de la création, l'utile et la nuisible. Ils ne connaissaient que des créatures de Dieu et respectaient tout ce que Dieu avait cru devoir mettre en ce monde.

Mais il arrivait fréquemment que la créature, traitée avec tant d'humanité par les hommes, n'usait pas des mômes égards à son tour. Quand elle pouvait envahir le domaine du voisin, elle n'y manquait pas. Et l'humanité était récompensée par des dilapidations terribles, qui amenaient la disette et la misère parmi les hommes, pendant que les animaux se fourraient des indigestions.

Il fallait bien se défendre. Les hommes se coalisèrent et ne trouvèrent rien de mieux que de faire un procès aux déprédateurs. On leur assura de quoi vivre, on les intima d'avoir à respecter le reste du capital social, et les tribunaux se prêtèrent à ces expédients.

Non loin de Saint-Jean-de-Maurienne, sur la grande route du Mont-Genis, se trouve la com-

înune de Saint-Julien. Ses riches vignobles produisent un vin estimé, mais ils sont sujets à oétre dévastés par un charençon qui, précurseur du phylloxéra vaslatrix, ne laissait pas de se faire redouter presque à l'égal de ce dernier. Ce charençon a aussi reçu un nom latin ; c'est la manière aux savants de trouver des remèdes à tous les maux. On l'appelle le rhynotrites aura- Sus. Gela se traduit par amblevins dans le pays, et par verpillons dans le reste de la France.

Les verpillons parurent en si grand nombre ^n 1587 qu'il fallut aviser à s'en défendre. Par exploits d'huissier en due forme, on leur inhiba de se présenter dans les vignes, et on leur abandonna en usufruit toute une forêt voisine. Si le phylloxéra voulait bien s'en arranger, le midi de la France lui donnerait sans façon toute l'étendue de la Camargue et la Cannebière avec.

Le procès dura si longtemps que les insectes y perdirent leur patience et consentirent, quand vint l'hiver, à s'en aller, plutôt que de prolonger indéfiniment les rapports nécessaires entre plaideurs et procureurs.

On dit qu'ils revinrent l'année suivante; mais voyant que de nouveau les huissiers se mettaient en chemin, ils déguerpirent aux premiers froids.

Les habitants de Saint-Julien n'en sont pas moins persuadés qu'ils ont droit au prix offert par l'Institut à qui trouvera le moyen d'anéantir le phylloxéra.

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