LA RÉVOLTE DES ARVAINS
Les Arves sont une des régions de la Maurienne, comme les Cuines, les Urlières et autres subdivisions qui ont été effacées sur les cartes de géographie, mais qui se sont néanmoins maintenues dans la con trée.
Le bassin des Arves, où se trouvent réunis les villages de Villarembert , Fontcouverte , Jarrier, Saint-Sorlin, Montrond, et le plus important de tous, Saint-Jean-d'Arves, fut, dans la première moitié du xive siècle, le théâtre de * grands événements. Nous voulons parler de la révolte des Arvains contre la tyrannie de l'évê- ; que Aymon II, de Miolans, leur seigneur suzerain..Un beau jour, ces montagnards s'emparèrent du château épiscopal, mirent en fuite revêtue et ses chanoines. Le prélat et son cha- -
pitre trouvèrent un asile contre les révoltés dans la collégiale d'Àiguebelle, ville qui appartenait au comte de Savoie.
L'évêque, impuissant à apaiser celte insurrection, [ria le comte Edouard de venir à son aide. Pour prix de cette intervention, il associa le prince à sa juridiction temporelle, et lui abandonna la plus grande partie des domaines qu'il possédait dans la Maurienne.
Voilà le fait sur lequel tous les historiens sont d'accord; mais où ils diffèrent, c'est sur la cause qui détermina de paisibles montagnards à s'insurger comme de simples Parisiens. Les uns font entendre que le désir d'appartenir au duc de Savoie, dont les sujets paraissaient jouir d'un sort plus heureux que le leur, avait suffi pour leur faire prendre les armes contre leur évêque dont le joug n'était pas léger. D'autres laissent croire que la honte de subir le droit du seigneur était la seule cause du soulèvement. El voici, selon ces derniers, en quelle circonstance il aurait éclaté.
Dix-huit mariages avaient été célébrés le
même jour sur les terres de l'évêque de Maurienne. La cérémonie était à peine terminée que les gens de l'évêque vinrent réclamer les épouses. Ainsi le permettait le droit barbare de cette époque. Les nouveaux époux, refusant de céder à de telles prétentions, s'insurgent et en appellent aux armes pour soustraire leurs familles au déshonneur. Le chroniqueur Jean-Baptiste Alex nous a fourni ces éclaircissements ; mais chacun sait que si l'histoire n'est pas article de foi, la chronique n'est pas davantage obligée de l'être.