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FONDATION DE L'HOSPICE DU MONT-CENIS

Il n'entre pas dans notre cadre de décrire le Mont-Cenis d'autrefois, pas plus que celui d'aujourd'hui. Si la main des hommes a considérablement modifié l'œuvre de la nature, il n'en subsiste pas moins que le col qui donne accès à l'Italie fut de tous les temps un passage éminemment périlleux, et qu'il n'a pas encore cessé I de l'être pour le voyageur qui n'a que sa gourde1 et sa besace pour l'aidera franchir les distances. L'hospice qui existe au point où le danger est Ie| plus retoutablea donc conservé toute son utilité primitive, avec cette différence, toute en faveur de son existence actuelle, qu'aujourd'hui les riches ne le visitent plus que pour leur plaisir; et que les indigents sont devenus ses hôtes de'l tous les jours.

On dit aussi qu'Annibal a passé le Mont- Cenis, que Marius et Pompée le passèrent à leur lour, que Constantin le traversa aussi plus tard ; mais il reste, au sujet du passage de ces grands personnages, des doutes qu'il ne nous incombe pas d'éclaircir. Nous n'entendons pas remonter plus haut que les temps connus de tout le monde, et la légende, quand elle se fait historique, veut être plus vraie que l'histoire.

Pépin et Cbarlemagne pénétrèrent tous les deux en Italie par le col du Mont-Cenis; c'était la marotte alors des rois de France de guerroyer .au-delà des monts. Sous le moindre prétexte, on déclarait la guerre aux Lombards qui avaient trop d'argent, et pour d'autres motifs plus sérieux on dépouillait ces banquiers du moyenâge en faveur d'un être de raison qui devint bientôt, à ce compte-là, un grand personnage. En souvenir de la tourmente que les troupes françaises y avaient essuyée, Louis-le- Débonnaire fit construire au sommet du col une sorte de maison de refuge qui prit plus tard de plus grandes proportions. Mais les fondements de

l'institution étaient jetés, et c'est à Louis-le-Dé~ bonnaire que nous en sommes redevables. Charles-le-Chauve fut un des premiers hôtes qui en connurent les bienfaits. Il y reçut quelques secours contre la maladie dont il mourut peu après et qu'on attribua à un empoisonnement.

Plus tard, le passage du Mont-Cenis devint une expédition relativement facile, car tous les peuples qui guerroyèrent contre l'Italie ont passé par-là. Les troupes de François Ier et d'Henri II s'y montrèrent à plusieurs reprises; Lesdiguières essaya d'y bâtir un fort pour y arrêter les Piémontais; Gatinat l'occupa momentament avec un grand corps d'armée. Cependant, la guerre n'était pas la seule cause déter- I minante de semblables entreprises. En effet, la, princesse Christine de France et son époux, Victor- Amédée Ier, séjournèrent avec leur cour sur l'emplacement même où se trouve l'hospice et où l'on avait, à cette occasion, dressé des tentes pour abriter les augustes touristes.

Mais il était réservé à Napoléon 1er d'achever cette œuvre considérable et de fonder définiti-

cernent l'hospice du Mont-Cenis dans toutes les conditions admirables qui l'entourent. Par un arrêté du 2 ventôse an IX, le premier Consul ordonna l'établissement sur le Mont-Cenis d'un hospice à l'instar de celui du Grand-Saint-Bernard. L'emplacement choisi fut celui-là même sur lequel Louis-le-Débonnaire avait fondé l'hôpital du pèlerin. La Nation ayant déjà vendu les biens de l'hospice, on les racheta. Napoléon attribua à l'établissement un revenu annuel de 20,000 francs et il en confia la direction à dom Antoine Gabet, ancien abbé de Tamié, qui fut installé dans ses fonctions par M. Bellemain, sous-préfet de Sainl-Jean-de-Maurienne, le 20 frimaire de Pan X.

Dom Gabet mourut en 1813 ; deux autres religieux de Tamié lui succédèrent dans la direction de l'hospice du Mont-Cenis ; puis, en 1837, la communauté fut supprimée, et le roi de Sardaigne ordonna que l'hospice fût remis à 1 l'évêque de Maurienne, qui en prit aussitôt possession et ne s'en est jamais départi.

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