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LA POTERIE DE LA FOREST

Les faits les plus authentiquement constatés présentent néanmoins leur côté légendaire. Il semble que l'histoire s'associe au poète épique pour lui fournir ce merveilleux dont le poème ce saurait être privé sans perdre beaucoup d'intérêt.

Un ouvrage d'une importance considérable commence à produire autour de nous une certaine rumeur. On en parle tous les jours parmi les hommes qui se tiennent au courant des*! idées, et pourtant il n'a pas encore paru. On n'en* sait, jusqu'à présent, que ce qu^ peut vous en donner à penser la table des chapitres publiée par les journaux de la localité ; cependant, boa nombre d'indiscrets pourraient vous en dire davantage.

C'est l'ouvrage dont M. Barbier, directeur des douanes, vient de donner communication à l'Académie de Savoie, qui nous suggère ces réflexions. L'objet de cette œuvre éminente, et qui est appelée à faire sensation, n'est rien moins que l'histoire de toutes les branches de l'industrie savoisienne, ou plutôt savoyarde. L'auteur, mieux plaê que personne, c'est vrai, pour se procurer les éléments nécessaires à sa tâche, a mieux aussi que personne le talent de dénicher les titres, de grouper les faits, d'assembler les molécules et d'élever un monument précieux, avec une poignée de matériaux épars. Son travail a obtenu les suffrages des académiciens de Savoie qui, en matière semblable, sont plus compétents qu'en fait de poésie, et c'est aux frais de l'Académie que l'ouvrage sera publié.

M. Barbier enregistre tous les pas, tous les progrès accomplis par l'industrie dès la première manifestation au sein de nos montagnes de cette source incalculable de richesse et de bien-être. Il la prend dans tous ses attributs et la suit jusqu'au point où elle est parvenue. L'in-

dustrie métallurgique, entre autres, fournit une série de pages éminemment intéressantes. Les petites industries ne sont point dédaignées pour cela; la poterie a une grande place à ce soleil, et la faïencerie y figure en bon rang.

L'histoire de la faïencerie nous présente un côté qui appartient à la légende, et c'est de cette partie de l'ouvrage que nous nous emparons.

M. Barbier a rencontré les traces profondes laissées par un établissement d'une grande importance et l'on a grand peine à détermineraujourd'hui remplacement qu'il occupait. Il s'agit de la manufacture de faïence fine et commune de La Forest. Par un brevet royal daté du 20 janvier 1730, le sieur Bouchard a été autorisé à doter la contrée de cette industrie, et à cette autorisation étaient jointes certaines franchises destinées à protéger feutre prise.

Les produits de la faïencerie de La Forest ont eu assurément une certaine réputation. Auguste Dearmin, qui passe pour un des auteurs les j plus complets qui se soient occupés des faïences

ei des faïenceries, publiait, en 1867, une page sur cet établissement. Mais — c'est ici que la légende rentre dans ses droits, — semblable à ce personnage qui prenait le Pirée pour un homme, Dearmin prend le nom de la localité où était située la manufacture pour le nom du manufacturier: « La Forest, en Savoie, dit Dearmin, « faïence à émail slannifère. M. Jules Michelier « possède un légumier tout à fait dans le genre « de celui du Moustier-Sainte-Marie (Basses- « Alpes), signé : La Forest en Savoie 1782. » Daté de La Forest, passe, mais signé !...

La pétition du s;eur Bouchard, concessionnaire de l'entreprise de La Forest, ne désigne pas clairement l'endroit où il comptait établir son industrie. Il se borne à dire que La Forest est distante de quatre lieues de Chambéry. En raison de l'effacement complet de cet établissement dans la mémoire de la population, on est réduit à supposer que La Forest était située sur le territoire de Saint-Ours. Ce n'est donc pas seulement aux châteaux et aux monastères que 92 a porté ses coups d'assommoir ; voilà une fa-

brique qui, à cent cinquante ans de sa création, a disparu sans laisser la moindre trace dans les souvenirs.

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