LE SAINT-CHRÊME DE SAINT HUGON
A une petite dislance du village d'Arvillars, se trouvent les ruines de fabbayede Saint-Hugon, dont notre regretté compatriote Amédée Dur nier a retracé l'intéressante histoire. Nous compléterons son œuvre en relatant la légende qui se rattache à la fondation de ce célèbre monastère.
Disons, en passant, que la baronie d'Arvillars, à l'extinction de la lignée du bâtard Humbert de Savoie, fut inféodée à Hector Milliet, premier président du Sénat de Savoie, et qui fut ambassadeur auprès de Henri IV. A la fin du xviie siècle, son fils Sébastien, maréchal des camps et armées du duc de Savoie, fit ériger cette terre en marquisat.
D'Arvillars, un chemin rapide, passant à travers les plus plantureuses végétations., longe un
torrent qui bondit de cascades en cascades, et lebruit de ces chutes successives retentit au loin dans la profondeur du vallon où les chartreux avaientélabiiunede leurs nombreuses retraites. Pénétrons dans ce vallon, qui ne ressemble plus au chemin qui y conduit. Ici, c'est un désert. Impraticable, sauvage, désolé. Ce lieu méritait d'attirer l'attention des hommes que la foi et l'abnégation portent à s'éloigner du monde pour se livrera la vie contemplative. Aussi, en l'an 1170, à la suite d'une vision merveilleuse qui indiquait la volonté de Dieu, plusieurs seigneurs, tant de la Savoie que du Dauphiné, déférant aux exhortations de Béalrix, comtesse de Genevois,, unirent-ils leurs efforts pour attireren ceslieux les disciples de saint Bruno, le glorieux fondateur de l'ordre des Chartreux. Saint Hugon, évêque de Grenoble, et ami de saint Bruno, obtint cette faveur, et la vallée qui s'appelait la Val de Bains prit le nom de ValdeSainl-Hugon, pour honorer le saint évêque.
Les religieux, sous la conduite du prieur Nantelme, se mettent à cette œuvre de civilisa-
tion pour laquelle les temps modernes n'ont pas montré toute la reconnaissance qu'elle méritait. Ils défrichent la forêt, bâtissent le monastère, ensemencent les terres et donnent l'exemple du travail et de toutes les vertus. Mais un incendie se déclare dans le monastère à peine construit, et les détermine à le reconstruire sur un autre emplacement, à quelque distance de là. Nouvel incendie qui les oblige encore à de nouvelle^ constructions. Enfin, la construction s'achève, et le jour de la dédicace de l'église est fixé. Celte cérémonie fut signalée par un miracle éclatant. Le Saint-Chrême, apporté du ciel par une main invisible, coula sur l'autel, et l'onction divine consacra le temple de la nouvelle Chartreuse.
Le fameux 93 a failli passer sans toucher aux biens que les Chartreux possédaient en Savoie. Les Domaines s'étaient emparés de ceux qu'ils possédaient en France; mais les paysans des environs se chargèrent de rétablir l'équilibre, et la Chartreuse de Saint-Hugon fut pillée et dévastée, de telle sorte qu'elle ne s'est point relevée de ses ruines.