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LE GENOU DE SAINT JACQUES

Aime est un véritable musée archéologique. On y trouve à tous les pas des pierres épigraphiques et des débris précieux d'anciens monuments. On présume que c'est le Forum Centronum des auteurs latins. Au moyen -âge, elle portait le nom tfAœima et s'était acquis une réputation considérable par la qualité du safran qu'elle produisait et qui était fort recherchée dans le commerce, à une époque où l'on faisait un fréquent usage de ce condiment. En 1793, Aime fut débaptisée. Elle quitta son nom, qui pourtant n'a rien de désagréable, pour s'appeler Les Antiquités. Que devaient penser les jeunes filles de s'entendre désigner comme étant des Antiquités? Il est vrai de dire que, dans les temps profondément troublés, où le citoyen est tout,

la jeune fille n'est rien. La cité romaine n'a, du reste, disparu qu'au ve siècle. L'Isère et les torrents qui sillonnent la vallée se sont coalisés dans un but de destruction, et ils ont eu raison de la vieille cité.

L'endroit le plus intéressant du bourg, qui est, il faut bien le dire, un chef-lieu de canton, se trouve à son extrémité orientale. Là, un pont en charpente, un torrent fongueux formé par la réunion du Combozet, du Loirant et de l'Orniante (euphémisme pour l'eau dormante), des usines aux grandes roues, des maisons aux cons„ iructions bizarres, les tours rondes et les lours carrées de la vieille résidence du Maney, des bouquets de verdure et une avenue de beaux arbres, tout cet ensemble constitue un tableau très pittoresque.

Mais il est à l'entrée du bourg une curiosité qui attire nos regards. C'est un escalier taillé dans le roc et qui monte du bourg à la chapelle Saint-Sigismond. Là, des croix, des ex-voto rappellent la piété que manifestèrent les habitants lorsque le choléra sévissait contre eux, eu

1853. Ces objets ne nous empêchent pas de considérer la marche de cet escalier qui porte l'empreinte du genou de saint Jacques. L'apôtre gravissait le sentier; il fît un faux pas, — ce qui peut arriver à tout le monde, même aux saints, à ce qu'il paraît. — Mais Dieu veillait sur son serviteur. Au moment où le saint tombe, !e rocher s'amollit, comme fait la cire sous l'action de la chaleur, et cette circonstance providentielle amortit pour le bienheureux une €hute qui aurait pu lui devenir funeste et qui ■heureusement n'eut pas de suite.

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