‹ Légendes et traditions populaires de la SavoieChapitre 93 sur 94 · LE COUVENT DES SALLIERES · texte numérisé non relu

LE COUVENT DES SALLIERES

C'est une grande maison blanche qui se trouve près de Châtillon, à l'entrée de la Ghautagne, et qu'on aperçoit également du haut du bateau à vapeur du Bourget ou du fond du wagon de Fex-Victor-Emmanuel.Elleesta^sez vaste pour contenir un grand nombre de celliers appartenant à autant de propriétaires.

Voilà ce qu'il est aujourd'hui, cet édifice sans physionomie au-dehors mais non pas sans richesse au-dedans. Quant à ce qu'il fut, c'est plus difficile à raconter. La légende, du reste, est seule à nous renseigner à cet égard, car l'histoire se plaît à laisser perdre les documents et même les souvenirs, quand les uns elles autres choquent ses sympathies. Vous trouverez cette légende dans un des innombrables travaux que M. Bonjean a consacrés aux eaux d'Aix. Il va sans dire qu'il ne lui donne pas plus de déve-

îoppement que n'en comporte une brochure plus médicale qu'historique ou descriptive. Bien que cette légende ressemble trop à l'histoire d'Héro et Léandre pour ne pas être sujette à caution, il nous a paru indispensable de la consigner ici.

En conséquence,

Ecoutez la légende.

Tout le couvent était déjà couché, (Se coucher tard est un si grand péché, Et bon dormeur de soi se recommande) .

Donc chaque sœur en sa cellule dort, Sur l'oreiller méditant à son aise.

Nonne est d'ailleurs contente de son sort, Confite en Dieu comme sainte Thérèse.

La mère abbesse, — on a bien dit son nom, —

Faisait le tour de son vaste domaine,

Tenant en main un maigre lumignon.

De bas en haut inspectant la maison,

Pour que tout soit rangé, que rien ne traîne,

Elle s'en va de la cave au grenier,

Et se convainct que tout est à sa place .

En furetant, on trouve bien la trace

De quelque écart du chat de l'aumônier,

Un petit coup de balai vous l'efface,

Il n'y paraît plus rien sur pallier.

Dans la maison règne un profond silence, Quand au dehors on entendait le vent Qui commençait à chanter en cadence Un air lugubre aux portes du couvent.

Mais quand on a bon souper et bon gîte, On ne va pas s'alarmer, aisément ; Que le vent chante, on s'enferme, on s'abrite, Tant pis pour qui n'en peut pas faire autant!

— Puisque tout va pour le mieux, se dit-elle, Retirons-nous, car le temps est bien laid. Soufflons la lampe... Eh bien! cette chandelle Chez sœur Agathe... A l'abri du volet,

C'est bien vrai, mais lire à l'heure qu'il est

C'est ruiner la maison... — En colère,

Elle gravit trois à trois l'escalier.

Sans s'arrêter au sommet du pallier,

Elle entre. .. — Eh quoi ! c'est vous, ma bonne mère,

Dit sœur Agathe avec un air câlin...

— Oui, sœur, c'est moi qui vois de la lumière Chez vous à l'heure où tout doit être éteint ; A la souffler vous êtes la dernière.

— J'aime à voir clair quand je suis en prière. ..

— Eh bien, ma sœur, attendez au matin. Et là-dessus notre vieille économe

Sur la chandelle avec fureur souffla...

Pendant ce temps le vent s'enfla, s'enfla, Si bien, hélas! qu'un excellent jeune homme,

Très fort nageur, mais trop épris en somme,

Quand il n'eut plus sa boussole, sombra.

Le lendemain, — les flots sont sans mystère, —

Sur les cailloux, auprès du monastère,

Un flot tout bleu vint qui le déposa.

On ne dit pas, mais on peut bien le croire,

Que fort longtemps soeur Agathe pleura.

Si Ton suppose à cette triste histoire Un dénoûment, en deux mots le voilà :

Un pauvre moine a payé de sa vie Drun vieux nonnain la sotte économie ; Mais pour un bout de chandelle, vraiment, Fallait-il donc supprimer un couvent?

, Cette poésie, qui n'est pas irréprochable, a été publiée par la Savoie thermale. Si Molière, prenait son bien dans Plaute, nous prenons Le* uôtre... où nous l'avons mis.

L'ALESIA DE NOVALAISE

Il n'est personne qui puisse avoir oublié que 1a prise d'Alesia a décidé du triomphe des armes de César et de la conquête des Gaules. Mais où se trouvait Alesia? Voilà encore un de ces problèmes historiques et géographiques autour desquels les savants perdent leur latin. Rossignol dit qu'Alesia occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui Alise- Sainte-Reine, et Quicherat prétend qu'Alaise en Franche-Comté n'est pas autre que l'aucienne, la fameuse Alesia. L'un et l'autre ne manquent pas d'arguments à l'appui de leur thèse respective. Mais il faut entendre Pun combattant les arguments de l'autre, et l'autre les preuves de l'un ; un tribunal honnête ne peut décemment, après avoir entendu les

parties, faire autrement que les débouter toutes deux. La réfutation est la plus belle partie du discours de chacun des avocats, mais la confirmation laisse tant à désirer que l'objet en litige est déclaré vacant. Dès iors, le premier voleur venu peut, sans froisser le droit de personne, s'emparer du baudet.

Et Fivel est ce voleur- là. Une étude approfondie des textes, une observation scrupuleuse des lieux, et ce tact particulier qui est au savant ce qu'est au chien la bjsse de la chasse, ont démontré à notre architecte archéologue qu'Alesia n'est ni Alise-Sainte-Reine, ni Alaise, mais Novalaise.

L'Académie de Dijon a pris fait et cause pour Rossignol, celle de Besançon en a fait autant pour Quicherat, mais l'Académie de Chambéry n'use pas des procédés en faveur auprès de ses égales. Elle laisse Fivel se débattre tout seul au milieu du monde savant, qui n'est pas, on le sait, le plus facile à manier. Notre Académie se dit que, s'il y eut eu quelque chose de vrai dans l'assertion de Fivel, c'eût été l'un des siens qui

l'eut découvert. De tout temps, on n'a jamais pu comprendre que le Messie vînt au monde chez un charpentier. F/abbé Ducis, ce chercheur infatigable, est si frappa de cette découverte qu'il n'est pas étonnant qu'il se refuse à y croire.

Mais à nous, il nous semble, — peut-être sommes-nous bien trop petits garçons pour que notre opinion rencontre quelque crédit, — il nous semble qu'il vaut bien la peine d'entrer dans l'arène où Dijon et Besançon n'ont pas craint de descendre.

Quel que soit le sort de l'assertion de Fivel, — qu'il est homme à lancer, à défendre, à soutenir et à faire triompher, sans qu'il soit besoin qu'un imperceptible lui prête son concours, — quel que soit le sort d* cette assertion, fût-elle erronée, qu'elle n'en fournirait pas moins une occasion de dispute, de celles que les vrais savants se gardent bien de laisser échapper. Cela n'empêchera pas que la tradition locale, d'accord avec les noms de lieux qu'on rencontre à î'entour, atteste qu'il y a eu par-là quelque im-

portante affaire. Le nom du Pont-de-Beauvoisin (bellivicinus)) de Saint-Alban-de-Montbel (nions belli), etc., sont des monuments qu'on ne renverse pas aisément, et le grand camp qui a été établi dans ces parages pendant l'été de 1874 prouve qu'il y avait place autour de Novalaise pour développer pas mal de légions romaines. Enfin, nous nous bornons à donner une place dans nos légendes à Àlesia de Novalaise; nous comptons sur Fivel pour l'introduire dans l'histoire.

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