‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 32 sur 69 · LES RIVIERES · texte numérisé non relu

LES RIVIERES

est une pierre ; si on lasoulevait I'eau viendrait en si grande abondance que tout le pays serait noye; V. p. 138 uue autre pierre analogue.

Paul Sf:billot. Gargantua^ p. IG, 79, 89, 70; lievue des Trad, pop., t. XIII, p. 339; Elvire de Gerny, p. 15 ; Richer. Description de la riviere de I'Erdre, lettre I, p. 41 ; Revue des Trad. pop. t. II, p. 240; Ernoul de la Gheneliere, Inventairc, p. 49.

Les Etangs et les Lacs

E petit 6tang de Graphard, ^ la lisi^re de la commune d'Erc6-pr^s-Liffre et de celle de Gosa6, doit son origine ^ des fees: elles avaient d^sob^i ii leur superieure qui les condamna a execuler ce travail pendant la nuit.

A Sainte-Colombe, un lac appel6 Les Mottes est entour^ de tumulus qui sont former de la terre qu'on y a prise, lorsque, par ordre d'un seigneur, il fut creus^ par des esclaves qu'il nourrissail et qui enlevaient les mat^riaux dans des corbeilles ct les portaient sur le bord pouiv former les neufs buties des dimensions varices que Ton y voit encore.

C'est Garganlua qui en « expulsant le superflu de la boisson » a fonn4 te bel etang de Jugon (Coles du-Nord), d'ou sort la riviere de TArguenon, et celui d'Andouille en llle-et-Vilaine qui fftit tourner un moulin.

Si Gargantua a donne naissance h des etangs, il

LES ETANGS ET LES LACS i51

en avala aussi quelques uns : un jour qu'il avail soif, il supa celui d'Ou(^e « d*unc haleinee ».

Les elangs ont aussi leurs revenants : chaque ann^e, au 15 juillet, quand sonne minuit, on voit apparaitre sur la surface de celui de Saint- Frangois, dans fa foret de Fougeres, deux Ames reprouv6es qui, enlacees Tune a Tautre, tourbillonnent dans une sorle de ronde el finissenl par s'evapoper en fumee. Ce sonl les fanl6mes d'un moine el d'une femme du voisinage ^ui ayaienl au si6cle dernier des rendez-vous galants dans une tarque plate ; une nuit le mari oulrage^ pril une faux fraichement afQlee, monta sur une autre barque, el, ayant pu s'approcher sans bruit, leur trancha la t^le ; c'est depuis cetle epoque qu'au jour anniversaire de leurmort, le moine el sa complice reviennent, et il en sera ainsi jusqu'au jug'*,ment dernier.

Plusieurs ^tangs, parfois de simples mares, occupenl la place de villes oude chateaux, engloutis en punilion des crimes de leurs habitants.

J'ai donn6 dans ma Peixie Legende dor^e une version recueillie r^cemment de la submersion d'Herbauges ; Ogee constate que de son temps une tradition, assez analogue 5, celle que rapporte Albert Le Grand, 6tait raconl^e sur les bords du lac de Grandlieu. Thomas de Saint-Mars qui en rapporte une autre assez breve, ajoute ce curieux

passage que je transcris en entier : il explique comment la l^gende si r^pandue des cloches que Ton entend sous I'eau a pour origine un ph6nom^ne d'acoustique fort naturel.

On dit dans le pays, que tous les ans, dans la nuit de NoSl on entend sonner les cloches d'Herbauges au milieu du lac. Quelques'personnes qui ne s*^taient probablement pas donn^ la peine d'approfondip d'oQ provenait ce son, m'ayant assure Tavoir entendu plusieurs fois, je voulus 6lre t6moin moi-m^me de ce ph^nom^ne. Malgr^ tout mon amour pour le merveilleux, pardonnahle peul-6tre k TAge ou je fis cette 6preuve, je porlai dans cet examen assez de sang-froid pour n'Stre pas dupe de la premiere impression de mes sens. A onze heures du soir dans la nuit de Noel 1780, je me rendis sur le bord du marais. Une demiheure apr^s mon arrivee, j'entendis tr^s dislinctement le son des cloches. Ce son paraissait, comme on me Tavait dit, sortir du lac. Je ne pouvais croire qu'il fiit produit par des cloches ensevelies sous I'eau depuis 1,200 ans, en supposant meme qu*il y eilt des cloches h Herbauges* Je cherchai, en prenant differentes positions, k detruire cette illusion d'acouslique, et je r^ussis k me convaincre que ce son n'etait autre que celui des cloches de la cath6drale de Nantes, qui dans le silence de la nuit, traversait les airs sans obstacle au dessus

LES 6TANGS ET LES LA£S Ij.*]

du lac. Je fis part de ma decouverto, que j'ai eu depuis plusieurs fois Toccasion de confirnier, non seulement dans la nuit de Noel, mais tous les jours de grande fete. Ce fut en vain, mes cr6dules compatrioles n'en sont pas moins persuades que ce son 6tait celui des cloches d'Herbauges.

On retrouve en d'autres endroits de la Haule- Bretagne la I6gende des cloches englouties qui se font entendre k certaines epoques de I'annee qui coincident avec celles ou Ton carillonne dans les clochers.

Au fond des eaux stagnantes du lac de Murin gisent depuis des siecles des cloches d'argent, dont la voix claire ou le glas lugubre, vient parfois glacer d'epouvante le p^cheur attard6 sur le lac ou le paysan ramenant ses bestiaux de « boire au marais ». Ce sont les cloches de Saint- Melaine de Rennes qui g^missent sur les maux du pays ou annoncent quelque catastrophe. Elles sont 1^, au fond du lac, par la grace de Dieu et sur la demande de saint Melaine, depuis qu'elles ont ete souillees du sang des Normands ; elles ne reapparailront etincelantes de purely pour s'envolera Rennes, que, lorsqu'un roi de Bretagne en aura k jamais chasse tous les etrangers. Si Ton demande comment elles ont pu venir dans ce lac, les riverains font le recit suivant : Apres avoir pill6 et gaccage la ville de Rennes, les Normands, qui n V

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vaient m^me pas epargnd les choses sainles, descendaieut la Yilaine sur leurs barques charg^es de butin et contenant, entre autres objels ravis, les cloches d'argent de TEglise Saint-Melaine qu'ils regardaient comme une de leurs meilleures aubaines. Mais ils avaient compte sans la puissance du grand saint dont ils avaient brdl6 le temple et vole les cloches. Celui-ci ne voulut pas que leurs m6faits rest^ssenl impunis. Lorsqu'ils arriverent sur le lac de Murin, en face le village de Platz oii le saint c^tait n6, il obtint du ciel que ses cheres cloches n'iraient pas plus loin que le berceau de son enfance. II s*61eva tout k coup une crue subite de la Yilaine et une grande temp^te qui firent chavirer les barques des Normands, et la plupart de ceux-ci furent eicrases sous les cloches, engloutis dans les eaux, tandis que les rares survivants qui purent gagner la rive furent massacres par une troupe de Bretons postes sur un coteau voisin qui domine la riviere et qui est encore nomme de nos jours : La buile de la Ddroule, C'est depuis cette 6poque que Ton entend parfois sonner des cloches dans le lac de Murin. Mais leur voix ne se fait guere entendre quk I'approche de grands malheurs ou de quelque evenement extraordinaire, comme I'indique un curieux dicton populaire des bords de la Yilaine au pays d'Avessac, qui a trait k cette I6gende,

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Roys en Bretaigne, Cloches en Campaigne, Signe de grands miaUx, Normands n'e?pargne Ni grand?, ni cagne.

Pr^s du Lou-du-Lac (llle-et-Vilaine), existe un etang tr^s profond ; les habitants des environs disent qu'a sa place a exists autrefois une ville que ies eaux ont ensevelie, et qu'k certains jours on en entend sonner les cloches. A Conquereuil (Loire- Inl'drieure), une immense excavation creusee de main d'homme est connue aux environs sous le nom de ville de Co6tma. Elle a 6le engloutie dans ce creux ; mais aux grandes f^tes on entend encore les cloches sonner au fond des eaux. On y trouve des picux enfonces en terre h une grande profondeur.

L'etier de Langon (llle-et-Vilaine), sorte de canal long de pr^s de 1 kilometre, a remplac6 une belle et grande ville qui s'appelait Langueur, et qui fut submerg^e par les eaux en punition des crimes de ses habitants.

Dans la commune de Saint-Jacques de la Lande (canton sud-ouest de Rennes), il y a un endroit qu'on appelle les ChMiaux (les chateaux) et oil se trouve une mare. Des gens tres riches et tres mechants habitaient jadis le chdteau. (In soir, un pauvre vint demander Taumdne et fut si durement

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^conduit (ce pauvre 6tait Jesus-Christ) qu'il prouon^a un mot, et que le chfliteau et ceux qui Thabitaient disparurent aussit6t dans un abime qui s ouvrit : c'^tait la mare qui, ajoutait-on, n'avait pas defond.

Plusieurs chauss^es sont hant^es : on voitparfois un cheval blanc fantastique sur celle de T^tang de Kiihouri, entre Penguily et Le Gouray ; un poss6d6 du d^mon se promenait sur celle de TEtang- Priou en Tr6daniel, et il essaya de jeter ti I'eau le pr^tre qui voulait le delivrer.

Quelquefois les esprits noyeurs se montrent a une certaine distance, de sorte qu'on ne se defie pas d*eux : k Plouguenast un cheval se presente aux enfants, s'allonge avec complaisance pour que quatre ou cinq puissent Irouver place sur son do?, et va ensuite les noyer dans les Clangs ; k Jugon, le lutin Mourioche prend aussi cette forme pour aller jeter k Teau ccux qui ont eu Timprudence de le prendre comme monture.

A Gennes, une legende explique Torigine des hantises de la chaussee d'un vaste ^tang qui se Irouvail tout pres du manoir de la Motte. Un des ch^telains, qui elait huguenot, voulut un jour s'y baigner, malgre les hautes herbes dont il etait rempli. A peine eut-il quitt6 le bord qu'il se sentit emporte dans les nenuphars. II implora le secours des lavandieres qui etaient sur le bord, les sup-

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