‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 44 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

■^^i j'avais suivi I'ordre des temps, le premier v^ chapilre de c.cUe parlio, ofi j'aurai souvenl A parler des Ugendes qui s'attachenl aux conslmctions, ruin^es ou enli^res, qui Turenl olev^cs aux ancieDS ftges, auraU dCt ^tre consacre aux me^atjthes. En aucun pays, si ce n'est dans la Brela^nc bretonnante, on n'en rencontre un plus granii n ombre ; nuUe part aussion n'aconslate aiitautde pratiques singuligres, aulanl de r^cils merveilleux ou bizarres en relation avec ces blocs etranges, dont beaucoup se dressent eocore, A peu pres tels que les erig^rent nos anc^tresaiionymes, alors que dans le voisinage on a peine i reconnaitrc la trace dc constructions que leurs auleurs se flatlaient de b&tir pour I'^ternil^. Mais ces monuments, dont

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Torigine et la destination sont encore assez mal connues, appartiennent k la pr^histoire; le peuple ne les distingue pas toujours des grosses pierres qui Emergent du sol, ou qui en parsement la surface, et les idees qu'elles 6veillent chez lui sont sensiblement les m6mes. C'est pour cela que j'ai cru devoir parler des unes'et des autres dans le chapitre du premifer volume qui traile k la fois des gros blocs naturels, et de ceux, parfois aussi frustes, qui furent eriges de main d'homme.

Bien que presque toujours lespaysans attribuent leur origine k des ^tres surnaturels, dans quelques pays, et en particulier aux environs de Dol, tout monument ancien est regards comme Toeuvre des Romains, et les m^galithes, qui se dressaient sans doute bien avant leur arriv^e, passent aussi pour 6tre leur ouvrage. *

Par contre, la tradition populaire leur enl6ve, pour Tattribuer k des seigneurs du moyen dge, et surtout k des chatelaines, le merite d'avoir trace ces belles routes qui apres avoir ete, pendant des siecles, presque les seulesvoies de communication de notre pays, excitent encore, lii oii elles sontconserv(3es, Tetonnement de ceux qui les voient. Les id^espopulairesetant tres netles en ce qui lesconcerne, j'ai cru rationnel de rattacher les legendes des routes au chapitre od figurent les constructions feodales authentiques.

Ces deux categories de monuments sont celles qui ont laisse le plus de traces dans les souvenirs populaires; les autres sont Tobjet de legendes assez effac^es et presque toujours d'un int^r^t mediocre. Les ruines romaines qui s'^levent encore au-dessus du sol sont pen nombreuses en Haute- Bretagne ; consid^r^es au point de vue des traditions populaires, elles ne sont guere k citer que pour m6moire ; jusqu'^ ces derniers temps, on n'avail pas releve la moindre legende sur la plus curieuse et la plus importante, la tour du Haut-Tribut ou du Haut-B6cherel, dont on voit encore, a une petite distance du bourg de Corseul, les murs en petit appareil, aussi d'aplomb que le jour ou ils furent b^tis. Elle porte sur la liste des Monuments historiques le nom de Temple de Mars, et Ton a dit que c'^lait en effet un temple gallo-romain.

Mais je pensais que, si Ton n'avait rien trouv6, c'est qu'on avait mal cherche, ou qu'on avait d6daigne de s'occuper des idees que ces debris pouvaient eveiller chez les gens du voisinage, et de ce qu'.ils pouvaient avoir appris traditionnellement. Aussi, voulant en avoir le coeur net, j'ecrivis de divers c6i6s pour savoir si vrairaent on ne racontait rien. Je regus plusieurs reponses qui me disaient que, dans le pays, on ne connaissait que des r^cits assez confus relatifs h la destruction de la ville de Corseul. Une dame de mes amies, qui

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est une tr^s bonne enqu6leuse, a fait plusieurs visiles h des gens qui habitent les environs du monument, et en les interrogeant, elie a recueilli quelquos fragments l^gendaires. On lui a dit, sans entrer dans les details, que dans les temps, il s'est pass^ de vilaines choses dans la tour, et que par les nuits d'6t6, de belles dames jouent aupr^s, et vont ensuite se baigner dans un etang situ6 h, quelque distance. Un souterrain part des mines, et va, suivant les uns, au bourg de Corseul, d'apr^s les autres, au chMeau de Montafiiant, qui en est eloign^ de trois kilometres. On raconte aussi que depuis ia tour jusqu'au bourg de Corseul, s'etend sous terre une ville dont les maisons sont en or; elle est habitue par le diable, qui y m^ne joyeuse vie et boit les meilleurs vins, en compagnie de belles dames. Ge sont elles, les femmes k Satan, que Ton voit venir se baigner k Tetang, ou y laver leur linge. C'est pour ^tre desagr6able k Dieu qui avait autrefois, au lieu dit la Ville-D6, une ville h lui, que le diable a bdti sa cit6 souterraine, d'oCi sortent parfois des bruits ^tranges et effrayants.

Quant aux ruines qui, longtemps ensevelies sous la terre, sont tout k coup mises au jour, le peuple pense que ceux qui les fouillent n'ont d'autre but que d'y d^couvrir des tr^sors ; c'est d'ailleurs une croyance qui s'attache k toules les explorations d*anciens monuments. Lorsque en 1850, Charles

LES RDINES ANTIQUES 5

Cunat et le po^te Michel de la Morvonnais d^gag^rent du sable qui les recouvrail depuis des siecles les restes des bains remains de Quatre-Vaux, pr^s du Guildo, lespaysans s'empress^rent de donner^ ce lieu le nom de Californie : c'elait ti celte ^poque le pays par excellence des mines d'or. Bient6t ces mines eurent une legende : les f6es avaient jadis habite ces constructions, puis, lorsque la mer les eut d^truites, et qu'elles furent forc^es de les abandonner, elles etaient all(§es se refugier dans une grotte du voisinage.

L'origine de I'enceinte vitrifiee de Peran, dans la commune de Pledran, classee parmi les monuments m^galithiques par la Commission des monuments historiques, est assez incertaine, et on Tattribue soit aux Romains, soit aux Armoricains. Dans le pays, on dit qu'elle fut construite par les Moines rouges, qu'elle fut brAl^e et que Tincendie dura sept ans. Elle passe pourcontcnir d'immenses tresors, et une charrette n'en pent sortir sans passer sur une barrique d'or.

IXcGUC des Traditions populaires^ t. XIV, p. 157 ; Goinmunication de M™« Lucie de V. H. ; B. Jollivet. Lcs Cutes-dU'Nord, i,\, p. 50. Memoir cs de la Societe des A?itiquaires, t. XVIII, p. 285.

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