LES MONUMENTS RELIGIEUX
Les constructions de sanctualres
>K3)LusiEURS fois les bienheureux eus-mSmes, ^^S auxqucls on ^levait des sanctuaires, manlfestaient d'uhe facon si 6vi(lenle leur preference pour un emplacement diff^renlde eetui qu'avaient choisi les fidfeles, que Ton devait parfois interrompre les Iravaux pour les recommencer ^ un autre endroit, miraculeusement indiqu(!. Le corps desaint Cieux quilla cbaqiie null leglise oii on lavail plac6 pourse.rendreau lieuoii ildesirailqu'ooluienbfttit une autre ; saint Jugon ne reste pas dans sa
lombe, on le retrouve 1^ oil il veul que s'616ve sa chapelle; des statues de la Vierge et des saints s^^chappent de I'eglise paroissiale, oix on les a mis pour leurfaire honneur, et retournent obstinement i I'arbre ou au champ oli on les a d^couvertes. La statue de Nolre-Dame de Bovel resiste m^me k lout d6placement, et comme il est impossible de la transporter, Ton comprend de suite qu'elle ne veut pas s'eloigner de Tendroit de son choix.
Les murailles de la chapelle de saint Goustan, au Cpoisic,s'6croul(^rentjusqu'au jour ou toutlerocher sur lequel le bienheureux avait d6barqu6 fut compris dans leur enceinte. A Vieux-Bourg Quintin, des mains invisibles jelaient par terre chaque nuit les murs eleves le jour, etdes corbeaux transportaient la chaux sur Templacement oCi devait ^tre construite Te^glise; pendant les t^nebres deux anges enlevaient, pour les porter k quelque distance, les materiaux de la chapelle de Notre-Dame de Mon- Irouil.
Des saints, ind^cis sur le choix du lieu oix ils doivent s*6lablir, se livrenl, pour resoudre la question, a de veritables ordalies qui rappellent celles (111 paganisme : saint Mden lance sa hache, saint Gobrien jelle en lair sa faucille, et ils bdtissent a Tendroit oU elles tombent ; c'est au moyen d'un jet de pierre que saint Samson determine les dimensions de la calh6drale de Dol.
Un certain nombre d'^difices ont ete conislruits k la suite de voeux : deux chapelles k Champeaux (Ille-et-Vilaine), doivent leur origine k un seigneur qui, presse par son ennemi, promet de les ^riger sMl lui 6chappe. Un voyageur qui traversait la for^t de Montauban, mourant de soif et epuis6 de fatigue, se met k genoux et invoque la Vierge ; quand il se releve il trouve une source k laquelle il se desaltere, et il promet que, s'il devient riche, il fera bdtir une chapelle. La fortune Tayant favoris6, il se rappela son voeu et il ^rigea la chapelle de Notre-Dame de Lannelou.
Quelques sanctuaires ont 6t^ conslruits en expiation d'un crime. C'est ainsi que la chapelle des Sept-Saints, en Yffiniac, fut hklie par un seigneur qui, au retour d'une longue exp^ditiou, egare par la jalousie, martyrisa ses sept enfants, tons d'une ressemblance frappante et v^tus habituellement de la m6me maniere.
D'autres t^moignent la reconnaissance d'un service rendu. La chapelle de Notre-Dame de Mist^ricorde, k Sauton, marque la place ou fut tue un serpent qui d^vorait les voyageurs.
Quelquefois les saints intervenaient en faveur des ouvriers qui bMissaient leur sanctuaire ; saint Roch fait jaillir une source pour que les macons puissent faire plus commodement leur mortier, et I'on attribue le m^me miracle k saint Meen. Pen-
iO L^GENDES LOCALES DE LA UAUTE-BRETAGNE
dant qu'on construisait la chapelle de Notre-Dame de Lannelou k Mootauban, la sainte Vierge envoya une vache extraordinaire, qui entretint k elle seule de beurre et de lait les ouvriers, et qui disparut lorsqu'elle fut achev6e ; on montre encore la prairie oCi eile paissait. Quand saint Armeleutdessein de construire T^glise de Ploermei, il vit dans la carriere de Sainte-Catherine deux jolis petits boeufs qui le suivirent comme des chiens, et qui chaque jour, sans ^Ire conduits, allaient verser sur Templacement les pierres dont leur charrette etait chargee.
Cerlaines (5glises, comme les ch&teaux, avaient des souterrains. La tradition voulail que celui de Notre-Dame de Lamballe allAt aboutir trfes loin de son entree, dans une grolte habitue par les f^es, ou sous le chateau de la Hunaudaye.
A Saint-Jean-de-B6r6 on remarque un edicule appuye au mur exterieur, qui ressemble a un aulel. La tradition generate du pays est que ce petit monument servait k dire la messe au temps de la peste noire, le peuple se tenant sur le coleau qui lui fail face, pour (5viter la contagion. Cet autel s'appellele Dieu de Pitie.
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La cloche de Saint-Quay a eulongtemps la reputation de ddceler les voleurs en sonnant d*elle-
m^me. Lorsque, pendant le si^ge de Rennes, les Anglais eurent pratique une mine sous les murs, les cloches de Saint-Sauveur se mirent en branle sans aucun secours humain.
Nombre d'eglises ^laienthanteesla nuit, pardes h6tes surnatupels ; on verra plus loin diverses legendes oQ des pr^lres y reviennent, pour dire des messes oubli^es ; pendant la messe de minuit h la Noel, la Mort se prom^ne invisible et elle louche de sa baguette ceux qui doivent mourir dans Tannic.
Je ne connais pas de l^gende relatant des punitions infligees aux destructeursd'6glises; on pourra lire dans la Petite L^gendedoree, p. iC6 et 170, ce qui advint k des gens irrespectueux k I'egard des statues.
Paul S^billot^ Petite Legende doree, p. 30, 170^ 90, 95, 102, 105, 57, 107 ; E. Herpin, La Cathedrale de Saint- Malo, p. 42 ; Paul Sebillot, 1. c, p. 93 ; Semaine Religieuse de Rennes, 26 septembre 1874 ; B. Jollivet, Les CoteS'du-Nord, t. I, p. 69; Ogee, Diet, de Bretagne ; Paul Sebillot, 1. c, p. 64, 56 , E. Herpin, 1. c, p. 50 ; Paul Sebillot, Contes de la Haute-Bretagne, t. I, p. 23 ; GouD^, Legendes du pays de Chdteauhriant, p. 296 ; B. Jollivet, 1. c, p. 116; Paul Sebillot, Petite legende doree, p. 222 ; la Veillee de Noel, p. 9,
Les Gimetl^res
\iKTi que I'oQ racontc ud grand nombre de 16gendes sur les cimeti^res, il est assez rare qu'elles soient localis^es, parce que, dans la croyance de la plupart des paysans, tout ciraetiere est hant^ la nuit par les fant6mes des morts, visibles ou invisibles. C'est 1^ que certains viennent faire penitence, parfois avec Taspect etle costume qu'ilsavaient de leur vivant. Ceux qui ont la sacrilege id6e de les troubler en sont punis d'une fagon terrible. Un jeune homme ayant eu Timprudence d*enlever la coiffe d'une des trois femmes qu'il \it en pri^res devant le reliquaire de Saint-Suliac, en disant qu*il ne la lui rendrait que si elle venait Tembrasser, trouva le lendemain une t^te de mort dans son armoire ; sur le conseil du cure, il alia la reporter, en tenant dans ses bra's un enfant h la mamelle ; sans -cette precaution, il aurait 6t6 entrain^ dans la tombe par les trois mortes. Au meme endroit une femme qui, en revenant du « veillois », d^coiffe une jeune fille agenouill6e sur une lombe,
LES CIMETIEBES 13
enlend la nuit une voix qui sort de son armoire et lui reclame sa coifFe. Elle va pour la rendre et elle meurt de peur. J'ai donn^ dans mes divers ouvrages, et siirtout dans les Traditions et Superstitions, plusieurs variantes, non localisees, de ces violations de la penitence des morls.
A Lancieux, on raconte qu'une jeune fille avait pari6 qu'elle irait, la nuit, chercher une l^te de mort dans Tossuaire. L'enjeu etait une pi^ce de cinq francs qui devait 6tre employee k dire des messes pour le repos de T^me du defunt auquel la t^te avait appartenu. Quand la jeune fille voulat prendre une tete,comme tous les defunts conuaissaient le pari, chacun d'eux vouiait profiter des pri^res ; aussi toutes les tetes sautaienl et t^chaient k Tenvi de se trouver sous sa main. Elle finit pourtant par en prendre une au hasard, k ce qu'elle croyait, mais quand elle fut arrivee ^lamaison, elle Irouva dans son tablier deux t^tes, dont Tune avaitr^ussi k s'y faufiler. Elle fit dire les messes promises, rapporta les deux t^tes a Tossuaire, et il ne lui arriva rien de f^cheux.
Mais il faut se garder d'emporler la moindre chose du cimeti^re, que ce soit ^n drap, un objet quelconque, k plus forte raison un crA,ne. J'ai rapporte ailleurs cinq legendes oil sont .punies des personnes qui avaient ose s'emparer des d(5pouilles ou des OS des [repasses.
Les jTJorts ne resteut pas toujours tranquilles dans leur tombe; le petit bras des enfants qui ont frapp6 leur in6re sort de la terre jusqu'au jour oh les cadavres ont subi de leur mere une coi;r6ction posthume. On a recueiili h Saint-Cast et k Saint- Briac deux versions d'une 16gende apparenlee k cello de L6nore ; des marins noy6s viennent la nuil chercher k cheval leur fiancee pour la conduire chez leurs parents, et 1^, en apprenant que leur fiance est mort, les jeunes filles meurent k leur lour ; lorsqu'on ouvre la fosse pour enterrer ensemble les amants, on retrouve pr6s du defuot le mouchoir qui lui avait M donn6 la nuit, alors qu'il se plaignait du froid. Le soir de la Toussaint les morts sortent du cimeliere pour ailer se promener, ou bien ils se rendenl pr^s du reliquaire, pour entendre prononcer a haute voix le nom de ceux qui mourront dans I'annee.
Elvire de Gerny, Saint-Suliac, p. 33, 42 ; Paul Sebil- LOT, Trad, ctsup., t. I, p. 258-264; Contes populaires, t. I, p. 203; Litter ature orale, p. 125; Legendes chretienncSj Vannes, 1892, p. 32, 33 ; Notes sur les traditions, etc ; Extrait de Archivio, t. VII, p- 6 ; Litterature orale de la Haute 'Bretagne, p. 197 ; Revue des traditions populaires, t. VI, p. 75 ; Paul Sebillot, Trad., t. I, p. 224; Revue des Trad, pop., t. XIII, p. 584.
Les Croix 16gendaires
|ans ^tre aussi riche en croix que le pays bretonnanl, la Haule-Bretagne en a encore un bon nombre ; je pense que Ton pent dire sans exageralion qu'en moyenne chaque commune en poss^de une dizaine ; celles en pierres, assez rarement ornees de sculptures, sont generalemenl anciennes. Quelques-unes ont des noms qui semblent faire allusion k des traditions qui n'ont pas toujoursete recueillies, et qui peut-6tre sont oubli^es : telles sont la Croix des M^ff^s, pr6s de Matignon, qui pourrait indiquer une hantise diabolique (Maufait = diable), la croix au Lievre, ^ d'Erc^-pres-Liffr6.
A Saint-Cast, ies quatre croix de pierres anciennes ont chacune leur legende, que Ton trouvera plus loin, et il est probable qu'en nombre de communes on retrouverait, en cherchant bien, des recits curieux qui se rattachent k ces petits monuments.
En Haute- Bretagne comme ailleurs, la plupart des croix sont plac6es k des carrefours; celles qu'on voit au bord des routes sans que des chemins
viennent s*y croiser, ont presque toujours et6 elev6e8 pour perp^tuer le souvenir d'un accident ou d'un meurlre; dans les landes elles ont et6 6rig6es pour preserver des hantises et des mauvaises rencontres, et aussi pour servir ^ guider les voyageurs.
Cerlaines croixn'ontpasseulement une l^gende, mais plusieurs, qui racontent d'une maniere differente les circonslances qui' ont motiv6 leur erection. II n'y a pas moins de quatre recits sur Torigine du calvaire que Ton voit sur le Sillon de Saint-Malo. II est pourtant k la porle d'une ville, et est assez moderne Suivant les uns, il fiit 6\e\6 sur la digue apr^s la temp^te de 1733, pour la mettre sous la protection de Dieu ; pour d'autres, il marque la place ou Tev^que de Saint-Malo, Anloine des Laurents, revenant dans son pays apr^s une longue absence, descendit de son carrosse et s'ecria : Enfin je le revois, mon cher Saint-Malo ! Au mdme instant il tomba mort dans les bras de son grandvicaire (1785). Sous la Restduration, onauraitelev6 cette croix en memoire de plusieqrs chouans, fusilles au pied de la chauss^e pendant la Terreur. II y a enfin une legende romanesque. Une jeune fille, dont le fiance parlait pour un lointain voyage, alia se placer sur le Sillon et y resta aussi longtemps qu'elle putapercevoirle navire qui Temportait. Pendant plusieurs annees, elle y vint chaquQ
LES CROIX L^GBNDAIBES 17
jour, pour guelter le vaisseau qui devait le rameuer. Puis quand elle sul qu'il s'^tait noye, elle ne cessa, jusqu'Si sa mort, de revenir^lam^me place, et alors elle demanda qu'on 6rigeat ce calvaire k Tendroit 0(1 elle avail coutume de se placer.
A Montauban-de-Bretagne la croix des Sepl- Loups aele construite par un homme qui, poursuivi par un aombrepareil de loups, leur avail echapp6. A Pl^lan-le-Petit, on voitles bases de sept croixen granitque Ton dit ayoir 6le 61ev6es en expiation de sept meurtres commis la nuit de N06I. En Pleslin, une chapelle est dile des « Quinze- Croix ». Ailleurs une croix, dite des Sept-Chemins, indique le lieu oti se s^par^ent sept saints qui allaient 6vang61iserla Bretagne.
La croix Bienvenue a ete 6rig6e k Tendroil oCi saint Cast donnait rendez-vous k saint Germain, qui y venait loujours exactement en suivaut le meme sentier. II devint tout blanc sous les pieds des saints jusqu'^ Tendroit oh saint Cast reconduisait son ami ; on le nomme le Chemin blanc. Quand saint Germain arrivait au lieu oil saint Cast Tattendait, ce dernier lui disait : « Soyez le bienvenu ». C'est pour cela qu'on a donn6 ce nom k la croix.
Une croix en relief de la commune de Guegon (Morbihan) porte uu couteau sculpts en relief, etla presence de cetobjet annonce, suivantles uns, que
i8 L^GENDES LOCALES DE LA HAUTE-BRETAGi^E
le monument a H6 ^lev6 par un boucher, suivanl les aulres, que ce lieu a 6t^ l6raoin d*un crime ; les m6me§ traditions entourent une croix de Caro, designee precis^^ment sous le nom de Croix-Boucher, et sur laquelle sont figures, dans une espece d'ccusson, un couteau et une pierre k aiguiser. La croix de Bourges, k Saint-Cast, rappelle un meurtre commis a cet endroit; une riche famille qui y a6t6 assassin^e revient la nuit au pied, mais sit6t que quelqu*un approche, les victimes disparaissenl, en poussantdes cris, dans le lavoir qui est aupr^s et dont Teau devient toute rouge : bient6t apr^s elle reprend sa couleur naturelle. Dans le m6me pays, Thomme sans t^te revient tous les soirs, pendant le temps que I'horloge sonne les douze coups de minuit, prier au pied de la croix pour la remission de ses peches. Celui qui le d6visage est un homme mort. On raconte qu'il y a bien longtemps, trois marins du Clos-Poulet (Saint-Malo), os^rent, en sorlant du cabaret, passer aupr^s de la croix de THomme-Mort sans Tete. Qaand ils furent couches dans leurs lits, ils les virent eclaires par des cierges etranges ; ils s'endormirent et ne s'eveill^rent plus.
A La Gacilly, deux croix indiquaient le lieu oil avaient et6 enterres des malfaiteurs. Sous celle de Bel-Orient gisait un voleur qui, la nuit, matelasse de paille et de foin, convert de peaux de b^tes et
LES CROIX LEGENDAIRES 19
muni de sonnettes et de chaines, se plaisait, de son vivant, k courir par chemins et par champs, pour faire croire au loup-garou et e5carter toules les personnes qui auraient pu le g6ner ou le surprendre dans Texecution de ses vols. II fut tue par un fermier de Bel-Orient qui, par la lucarne de son grenier, lui tira un coup de fusil charge d'une balle benite. La croix de Jacquay, sur la hauteur, rappelle la fin tragique d'un voleur, autrefois redoute dans ce pays, qui fut rou6, pendu, expose et enlerre en ce lieu,
Suivant une chronique locale, T^v^que de Saint- Brieuc aurait 6te arr^te sur la route par le seigneur du Jan ou de Saint-Julien, en Saint-Donan ; condamn6 h mort pour ce fait, ce dernier n'aurait obtenu remise de la peine capilale qu'^ la condition de faire Clever deux croix, disparues aujourd'hui. Sur Tune etait repr^sente un i§v^que, debout sur les 6paules d'un seigneur; sur I'autre, Tev^que tenait entre ies mains celles du seigneur agenouilld. Les continuateurs d'Ogee pensent que ces sculptures rappelaienl simplement des coutumes feodales.
La croix de Lesrols marque Tendroit oil Rioust des Villaudrens rassembla son armee pour marcher contre les Anglais d6barqu^s h Saint-Cast*.
1. Rioust des VillaodreDs assista a la batailie de Saint- Cast, od 11 fut kless6 l^g&remeDt ; mais 11 n'y exerca pas de commandement, bien que vraisemblablement 11 ait donn^
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A la croix Artebise, en Saint-Donan, des morls revenaient qui, de leurs mains d^charn^es, saisissaient les passants attard^s et s'amusaient h les faire tourbillonner avec une effrayante rapidite. A Saint-Jacut-de-la-Mer (C6les-du-Nord) on voit apparalire pr^s d'une croix les marins de la Cla" risse^ qui se noyerent dans le voisinage, et dont les corps furent enterres auprfes. C'est aussi au pied des croix que des d^funls sonl condamnes k venir, des centaines d'annees, faire penitence ; si on les derange, ils sonl obliges de la recommencer.
La croix de Brun el la croix Pomeret, en Plemy, aux en\irons de Moncontour, 6taient hant^es par des jeunes filles possedees du d6mon qui allaient ^ leur pied s'entretenir avec le malin esprit ; c'6taienl des esp^ces degarousqui toutefois conservaienl la forme humaine, et que Ton pouvait delivrer enfaisant couler leur sang. A la croix de Launay se rendait un homme possede du demon, que le recteur
aux chefs des avis tr6s utiles; mais c'est lui qui, en arr^tant rennemi pendant ptusieiirs heures, au passage de Guildo, a la tdte d'une centaine de volontaires, bourgeois et paysaos de Matignon ou des environs, donna aux troupes r^gulidres le temps de se r^uoir. Sa belle defense est moins connuc qu'elle ne devrait Tetre ; Levot a omis de parler de lui dans la Biographic hrelonne^ et a Matignon, son pays natal, a Dinan, a Saint-Malo, aucune rue ne porte sou nom. Le peuple a ^t^ plus reconnaissant cnvers ce veritable, mais modeste h^ros, que ses concitoyens plus instruits.
tEs Croix liGENDAiHEis ^1
de Pl^my alia y exerciser et qu'il eut bien de la peine k arracher au diable.
II semble queles possedesdevaientr6der autour des croix, mais ne pouvaient s*en approcher, emp^ches qu'ils en etaient par Tesprit malin qui eiail dans leur corps ou qui r6dail aux environs. ATrddaniel on raconle que le recteur entoura Tun deux avec son etole et voulut le trainer jusqu'^ une croix des environs ; il y parvint avec Taide d'un homme du voisinage, et c'est alors seulement que le diable consentit k quitter le corps de sa victime.
On raconle dans les environs de Moncontour que les sorciers et les lutins choisissaient pour leur lieu de reunion des carrefours, parce que 1^ iis avaient chance de s'emparer d'un plus grand nombre de personnes. C'est pour ddlivrer le pays de leur presence que Ton y a 61ev6 des croix en si grand nombre. II ne parailpas toutefoisquele remedeait^te absolument efficace ; nombre de legendes parlent de danses autour des croix : les sorciers de Tr6ve avaient coulume de former des rondes k celle de Knea, en chantant la chanson des premiers jours de la semaine ; k Pl6venon, des chats-sorciers se rdunissaient tous les soirs, aux m^mes fins, autour de la croix du Meurtel et de celle de Goheas, en chantant une chanson analogue ; des f6es contraignaientaussi ceux qui avaient accepte de prendre part k la ronde, k les accompagner devant toutes
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les croix du pays, autour desquelles ellcs dansaieat une ronde.
Les garous du pays de Gennes-sur-Seiche, sur la lisi^re de la Mayenne et de rille-el-Vilaine, n'allaient pas Isolds ; ils couraient ensemble toute la Duit et chaque fois ils faisaieat une station k sept croix differentes et souvent fort eloignees les unes des autres. Ces stations ^taient plus p^nibles que les courses ; comme celui qui auraif pu baiser la croix aurait 6te d61ivr6 imm^diatement de sa peine, le diable les allendait au pied de chacune d'elles et fouaillait si fort les pauvres miserables qui voulaient s'en approcher, que la douleur leur arrachait des cris aigus qu'on entendait de fort loin. Ces cris percants ^taient alors si connus qu'on avait coutume de dire en ks entendant.: € Le garou est k cette heure-ci en tel endroit ! » La croix du Ch^ne-Colliot etait un de leur rendezvous favoris et Ton raconte qu'une vieilie fileuse qui, h la suite d'un pari, s'y ^tait rendue, fut enlev^e par le garou. On trouva son fuseau et sa quenouille dans un buisson d'^pines, ses cheveux gris pendus k une branche de chAtaignier et ses deux sabots au pied de la croix. Dans le Coglais, pays du Nord-est de I'llle-et-Vilaine, les gu6rous 6taient, en vertu d'une penitence canonique, condamn^s ct aller se prosterner et prier devant sept croix de carrefour dans la m6me nuit. II ne fallait
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pas leur adresser la parole, sinon la penitence de cette nuit ne complait pas ; en outre le « hanleur de croix » pouvait passer la haire dont il 6lait couverl k celui qui I'avait interpelle, el qui elail oblige de conlinuer la penitence.
Les charbonniers de Paimpont disent que le garou ne pent se defaire du sortilege qui p^se sur lai qu'en allant embrasser une croix situee dans une clairi^rc de la for^t. Mais ses efforts sont impuissants : une force invincible le retient k une certaine distance de la pierre liberatrice, devanl laquelle il se traine par terre en hurlant de douleur.
Je n'ai releve jusqu'ici qu'un petit nombre de l^gendes sur les tresors caches sous les croix ; elles devaient 6tre assez r^pandues au commencement du XVII* si^cle, a en juger par le passage suivant des Siatuts synodaux de Saint-Malo de Jacques Doremet. « L'an 1619, certains sorciers sollicitferent de pauvres gens et autres k fouiller et sapper plusieurs croix en ce diocese de Saint-Malo et celui de Dol, afin de les mettre par terre soubz pretexte d'y trouver des tresors »
Peut-etre aux ^poques de la Ligue avait-on cach6 sous des croix des sommes d'argent, comme parait-il, on le fit encore pendant la Revolution aux environs de Saint-Malo ; cerlaines croix portaient m6me le nom de Croix au Tr6sor. L'une d'elles, k peu de distance du Plessis-Bertrand, qui s'ap-
S4 LilGENDES LOCALES bE LA fiAUtE-Btt^TACNg
pelait aussi la Croix-Blanche, fut Irouvee un matin, renvers^e de son pi^deslal, et de profondes Iranch^es creus^es k Tenlour, •indiquaient que des fouilles y avaient ^le operees durant la nuit.
A Sainl-Cast, la croix du Bois-Bras a 6te elevee par un riche seigneur, juste k Tendroit oh il cacha sa fortune avant de partir pour I'^tranger ; il y revient la nuit et p]usieui;s pers.onnes assurent avoir entendu des coups de pioche entre onzeheures el minuit.
On raconte qu'un homme de M^zi^res (Ille-et- Vilaine), ayant entendu parler d un Ir^sor qui, cach6 Sl Tendroit que louche le jour saint Jean k midi, Tombre de la t^te de la croix, piocha k cet endroit, et y trouva effeclivement un tresor.
Une serie de traditions, renouvelees pour la plupart de 16gendes qui avaient cours au moyen Age, racontent comment furent punis les iconoclastes : Tun des hommes qui descendaient une des statuettes du beau calvaire du Saint-Esprit pr6s Dinan, fut tu6 par la chute de Tune d'elles, ce qui passa pour un miracle et preserva le monument d'une destruction complete; Dulaurens de la Barre dans son Casseur de Croix, fait un r^cit analogue. Un Anglais qui avait brise le bras de la croix do Lesrots, eut lors de la bataille de 1758, les bras emport^s par un boulet.
Lks cboix l^gendaires 2S
Revue des Traditions populaires, t, XII, p. 404, t. VII, p. 288 ; Paul SP.billot, Petite Legende doree, p. 91 ; B. JoLLcvKT, t. il, p. 341 ; Revue des Trad, pop., t. XIII, p. S47 ; B. JoLLivET, t. 11, p. 309 ; Revue des Trad, pop., t. XII, p. iOi; RosENzwEiG. Les Croix du Morbikan, p. 276 ; Revue des Trad, pop., t. XII, p. 403 ; E, Herfin, La Cute d'Emeraude, p. 327; E. Luchest de Villbneuve, L£ Chdleau et la Commune, p. 42, 49 ; B. Jollivet, I.e., t. I, p. 55, 57; Paul SiBjLLOT, Traditions el Superstitions, 1. 1, p. 234 ; Revue des Trad, pop., t. VIII, p. 207 ; Paul Srbillot, I. c, I. I, p. 279, t. H, p. 47, 50 ; Conies des paysans et des picheurs, p. 85, 92,308, 311; Ch. Fouuehe, in Annates de Bretagne, I. XI, p. 650 ; Athianb Dagnst, Au pays fougerais, p. 23; A. Orain, Giographiede I'lfleel-Vilaine, p. 473 ; Jodow des Longrais, Jacques Doremet, p. 55 ; E. Hkhpin, 1. c, p. 328 ; Revue des Trad, pop., t. Xil, p. 404, I. XIII, p. 374, t. IV, p. 69.