JEHANNE PUCELLE
Snmtpt le &lirouee bee femmes nertueuses.
Pour venir à la vraye cognoissance des faictz merveilleux et plus divins que humains de Jehanne la Pucelle, native de Vaucouleur, est au temps que les Angloys avoyent en leur subjection quasi tout le pays tant de France, Normandie, Bretaigne, que les aultres contrées. Advint que l’an mil quatre cens vingt et huict, environ le moys de may, en la ville de Nantes et pareillement en tous les prochains lieux d’icelle ville de Nantes trembla toute la terre : maisons, chasteaulx et aultres grans édifices, lesquelz estoient grandement constans et stables, que l’on cuydoit que le monde deust finir. Et pourrez retenir le temps que ce fut par les lettres nombrables de ce verset :
Subtus concutiturmayo Nannetica tellus .
En iceluy an les Angloys prindrent les places de Genviîle en Beaulse, Boisgensi, Meun-sur-Loire et
Gergeau. Et puis mirent leurs bastilles devant la ville d’Orléans, qu’ils assiégèrent. Par lequel siège furent abattues vingt et deux églises ès faulx bourgs de la ville, comme l’abbaye de sainct Euverte, l’église collégiale de sainct Aygnan et aultres. Le siège espouvanta moult le roy de France et tous ceulx de sa court. En ce temps, messire Jehan Fastol et messire Simon Mohyer, prevost de Paris, Anglois, qui venoyent avitailler le siège d’Orléans et conduysoyent grant nombre de chevaulx chargez de harencz, desconfirent les Françoys près de Genvillè en Beaulse; cax les Françoys qui, advertis avoyent esté comment les dessusdictz Angloys estoyent partis de leur siège, pour aller au-devant des harencz que on leur apportoit, allèrent bonne et grosse bende pour assaillir les Angloys. Mais mal leur en print, car le seigneur Destevart, connestable d’Escosse ; le seigneur Dornal, frère du seigneur d’Aljbret, et grant nombre d’aultres Françoys y furent oècis. Le duc de Bourbon, La Hire, et aulcuns aultres s’en fuyrent ; et y en eut grant nombre de prisonniers, et futceste rencontre ap A ,ellée la bataille des harencz , pour les harencz que les Angloys conduisoyent; car lors estoit leCaresme, et fut au signe de Pisces, vers la fin du moys de febvrier, l’an mil quatre cens vingt huit, comme vous pourrez retenir à mémoire par les lettres nombrables de ce petit verset;
Pardum foverunt pisces allectibus aucti
JEHANtiE LA PUGELLË.
jDr 3rî)ûnne la ÿttcrllf, qut oint au rop be Stance burattt le aifyc b’^Drlcaiw.
Incontinent après que le siège des Angloys fut assis au devant.de la ville d’Orléans, et durant celluy siège, messire Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleur en Lorraine, lors estant en l’ost|24) du roi, se adressa une jeune pucelle dudict Vaucouleur, nommée Jehanne, âgée de xviii ans, laquelle estoit grande et moult belle, et avoit esté toute sa vie bergière. Auquel capitaine elle luy dit et pria qu’il la présentast au roy de France ; car Dieu lui avoit fait révéler par la Vierge Marie, et par madame saincte Catherine et madame saincte Agnès aulcunes choses bien singulières pour le recouvrement de son royaume, lesquelles elle ne oseroit déclarer à # aultre personne que au roy ; et de ce fut moult ennuyeusement prié requis et pressé ce capitaine par la dessusdicte pucelle, lequel capitaine y adjouta quelque foy. Si en advertit le roi et ses grans personnaiges qui autour de luy estoyent : mais les ungs n’en vouloient faire compte, disant quec’estoit une rêverie, et que on ne y debvoit point prester l’oreille. Les aultres estaient de contraire opinion et disoyent que Dieu vouloit relever le povre royaulme de France par le sens et la conduicte de celle que luy seul inspireroit par sur la conduicte des entende mens humains; en donnant à tous à entendre que par luy seul régnent tous roy s, et seigneurissent tous
seigneurs. Toustesfoys, il fut advisé, devant que de passer plus avant, que l’on envoyeroit en diligence à Vaucouleur quérir le père et la tnère de ceste pucelle, ce qui fut faict. Et quant ilz furent en cour. Ils furent interrogez comment leur fille avoit vescu, de quel mestier, et comment leur fille avoit eu celle advision et que ce estoit. Ils respondirent que elle estoit leur fille, et que ils l’avoient habituée et mise dès son jeune âge à garder leurs bestiale aux champs; et que depuis peu de jours elle leur avoit dict par plusieurs foys que la Vierge Marie, mère de Dieu, et aulcunes sainctes de paradis, s’estoyent apparues à elle et l’avoyent admonestée de se retirer par devers le roy de France, pour l’advertir d’aulcunes choses où il estoit très nécessaire d’y besongner diligemment, affin de recouvrer son royaume; et que pour ce faire elle s’estoit partie d’avec eulx, et estoit venue parler au capitaine de leur place qui estoit en • cour; et s’estoit adressée à luy pour ce qu’elle l’avoit souventesfoi» veu en leur pays. Et aultre ehose né leur dirent, sinon que leur fille s’estoit toujours portée humble, sobre, chaste et dévote envers Dieu et le monde en la povreté où ilz estoyent, en laquelle ilz l’avoient nourrie et eslevée; et n’estoit fine, cauteleuse, subtile, nejangleresse(2x). Après avoir esté les père et mère ouys parler de l’estât de leur fille, fut admisequ'elle seroit interroguée par le confesseur du Roy, et par aulcuns docteurs et gens du grant conseil du Roy, devant que de permettre qu’elle parlast ait Roy. :