‹ Légendes populaires de la France, précédées d'une introductionChapitre 14 sur 20 · JEHANNE LA P ICELLE · texte numérisé non relu

JEHANNE LA P ICELLE

Comment 3etjanne fut tnttrroguce par gran* ptroonttaigt*, et eomment elle congimit le flop entre *e* prince*, et de* eljoae* qu’elle lup bit.

Jehanne la Pueelle, examinée et amplement interroguée par le conseil du Roy, auquel elle dit et déclara les advisions et aparitions qui advenues lui avoyent esté, sans aulcunement leur révéler ce qu’elle avoit à dire au Roy. Et fut gardée par aulcuns jours, et chascun jour elle estoit interroguée de plusieurs interrogations divines et humaines; ihais finablement on la trouva si constante et si bien moriginée, qu’il fut advisé qu’on la ferait parler au Roy. Si fut amenée en une salle où le Roy estoit. Lequel elle congneut et aperceut entre les aultres seigneurs gui là estoyent, combien qu’pn lui cuidast faire entendre que quelque apltre dé la compaignie estoit le Roy ; mais elle disoit que non, et monstra le Roy au doigt, disant que c’estoit à luy qu’eile âvpit à faire, et non à aultre ; dont tous ceux qui là estoyent furent esmerveillez.

Quant Jehanne la Pueelle eut apperçeu le Roy, elle pe approcha de luy et luy dist : « Noble seigneur. Pieu le créateur m’a faict commander par la Vierge Marie, sa mère, et par madame saincte Katherine, et madame saincte Agnès, ainsi que j’estois aux «champs gardant les aygneaulx de mon père, que je laissasse tout là, et que en diligence je me retirasse jîar devers vous pour vous réveller les moyens par leçquelz vous parviendrez à estre Roy couronné de

la couronne de France, et mettrez vos adversaires hors de vostre royaulme ; et m'a esté commandé de nostre Seigneur que aultre personne que vous ne sache ce que je vous ay à dire. » Et quand elle eut ce dit et remonstré, le Roy fit reculer au loing, au bas d’icelle salle, ceulx qui y estoyent, et à l’aultre bout où il estoit assis fist approcher la Pucelle de luy ; laquelle par l’espace d’ugne heure parla au Roy, sans que aultre personne que eulx deux sceut ce qu’elle luy disoit. Et le Roy larmoyoit moult tendrement, dont ses chambellans, qui veoyent sa contenance, se vindrent approcher pour rompre le propos; mais le Roy leur faisoit signe qu’ilz se reculassent et la laissassent dire. Quelles paroles ilz eurent ensemble personne n’en a pu riens sçavoir ne congnoistre, sinon que on dit que après que la Pucelle fut morte, le Roy qui moult dolent en fut, dist et révéla à quelqu’ung que elle luy avoit dit comment peu de jours paravant qu’elle venist à lui, lui estant par une nnyct couché au lict, alors que tous ceulx de sa chambre estoyent endormis, il silogisoit (25) en sa pensée les grans affaires où il estoit, et comme tout hors d’espérance du secours des hommes, se leva de son lict, en sa chemise, etàcostez de son lict, hors icelluy, se mit à nudz genoulx, et les larmes aux yeulx et les mains joinctes, comme soy reputant misérable pécheur indigne de adresser sa prière à Dieu, supplia à sa glorieuse mère, qui est royne de miséricorde et consolation des désolez, que s’il estoit vray fils du roy de France et héritier de sa couronne, il

Page 1