FIN DU MIROUER DES FEMMES VERTUEUSES
NOTES
Note l re , page l re .
« Hubert » Le nom du père de Robert-le-Diable s’est altéré dans les rédactions en prose. Le roman en vers françois du xm e siècle ne lui en donne aucun; dans le mystère du xive siècle, il est appelé le duc de Normandie . On trouve le nom du duc Aubert dans les chroniques en prose de Normandie ; voici le passage : « Au temps du roy Pépin, père du roy Charlemaigne, qui lors gouveruoit la Neustrie , à présent appelée Normendie, fut un duc et gouverneur nommé Aubert ou Ausbert. » Ces chroniques paraissent avoir été rédigées au milieu du xm e siècle; on peut lire, au sujet de ces chroniques, une note curieuse insérée par M. André Potier, page 153 du volume publié à Rouen, chez Ed. frère, sous le titre de Miracle de Nostre-Dame de Robert-le-Diable, etc., in-8°, 1836.
Note 2, page 5.
« Ma mie . » Cette façon de parler est une altération du vieux langage, dans lequel on trouve souvent m'amie pour ma amie, aujourd’hui mon amie . Dans les bons textes françois, même dans ceux du xv e siècle, on lit toujours m'amie . Ainsi, dans les Cent Nouvelles nouvelles où ce mot est fréquemment employé : « (Nouv. m.) M’amie, pour ce que vous estes belle et bonne et que j’ayme bien vostre mary. »
Ainsi Vaugclas dans ses Remarques sur la Langue fran çoise (pag. 562 de l'édit, de l G87). « On dit pourtant m'amie et m’amour en termes de caresses, » etc. Je trouve un exemple de ma mie dans une chanson du xvi e siècle :
Bonjour nu mie, bonjour mon heur.
Mon beau printemps, ma douce fleur.
Note S, PACS 6.
* Au diable soit-il donné, et dès à présent je lui donne de bonne volonté. » Dans le roman eu vers françois du xm e siècle, la duchesse, malheureuse de sa stérilité , appelle l’esprit malin à son secours :
Diable, fait-elç, je te proi Que tu entcnges jà vers moi :
Se lu me dones un enfant Je te proi des ore en avant.
F« I, Ro f col. 2 de l’imprimé.
De même, dans le miracle en vers :
.'Pusique Dieu mettre >
Ne veult enfant dedans mon corps,
Sy li mette le dyable lors.
• Comme on le voit, ce souhait impie ne se retrouve plus dans la chronique des ducs de Normandie, ni dans les romans en prose qui ont généralement suivi cette chronique.
Note 4, page 9.
« Grant et mauvais en courage. » Courage n'a pas ici le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot. Il signifie cœur t comme dans le vieux langage françois. Le participe acuragé (de cœur) étoit même en usage, comme dans ce passage du chap. 1 er du premier Livre des Rois : « Acu-
NOTES
ragéeureisun e en ceste baillie (page 3 de Les quatre livres des Rois , traduits en françois du xu e siècle, etc., publiés par Le Roux de Lincy, in-4°. Imprimerie royale, 1841.
„ Noté 5, page 10.
a Une fête de Pentecôte. » Dans les anciens romans de chevalerie, c’est toujours à la Pentecôte que se tiennent les grandes cours plénières. Arthur avait, dit-on, consacré ce jour aux réceptions solennelles des chevaliers de la Table- Ronde. Dans le roman de Brut, composé par Wace au milieu du xn e siècle, d’après les anciens documents bretons, le couronnement d’Arthur a lieu le jour de la Pentecôte :
Et por faire de lai parler,
Prist consel, si li fuloé Qu’à la Pentecoste, en esté,
Feist son barnage assambler Et dont se féist coroner.
Roman de Brut, t. ?, p. 94.
Note 6, page 32.
k Chacun le souloit appeler monseigneur.» Chacun avoit coutume de l’appeler. C’est l’ancien mot françois dérivé du latin solere.
Note 7, page 35.
« Robert, ainsi armé et monté, s’en fut en Vost. » C'est encore le vieux mot françois pour signifier armée . On le trouve généralement employé jusqu’à la fin du xv* siècle.
Note 8 , page 41.
« Il ne 9 avoit où aller pour adouber sa plaie. * Pansér, couvrir delinge.Letoût adouber f dans notre vieux langage, !i 36
avoit plusieurs sigQiûcations : il étoit employé pour habiller, couvrir, armer, donner l’accolade, faire chevalier, etc. Ou peut consulter sur ce mot: Ducange, Glossaire latin 9 verbo Adobare. Ménage, Dictionnaire étymologique de la langue française, au mot Adouber et la partie imprimée du premier volume du Glossaire de Vancienne langue française (par Sainte-Palaye), in-folio, col. 229. On trouve adouber pour panser dans les Mémoires de Commines : « Luy fut adoubée sa plaie qu’il avoit au col. »
Note 9, page 44.
* Ainsi que le prêtre vouloit commencer le divin service pour épouser la pucele au sénéchal. » Epouser, dans cette phrase, est pris dans son a’cception primitive ; il si gnifie marier, fiancer.
Note 10, page 49.
« Et ainsi le fit mourir demaZ-morf.» Il faudrait de malemort, c’est-à-dire de mort violente. Ces abréviations sont particulières au style populaire.
Note 11, page 53.
« Et mena avec lui dix mille huarts .» Hiboux, chouettes, oiseaux de mauvais augure. Dans la rédaction en vers, qui date du xv c siècle, on lit :
En la nuict que le diable le duc tempter alla,
Bien dix mille huas avecques lui mena.
De là est venu le vieux mot resté encore dans quelques noms propres : huart , braillard, criard.
NOTES
Note 12, page 55.
« la mesnie Hellequin » la famille d’Hellequin.—Voyez à ce sujet, dans notre introduction générale, la notice relative au roman de Richard-sans-Peur, page xxv.
Note 13, page 65.
C’est ici que commence la partie ajoutée postérieurement à la rédaction plus ancienne en vers. Le nom des différents héros de chevalerie qui sont désignés ayant pris part à ce tournois, peut servir à fixer la date où fut ajoutée cette dernière partie; elle se rapporte à la seconde moitié du
xv® siècle. .
Note 14, page 76.
« Cloriande et Esglantin furent fées, etc. » On voit ici un fait remarquable relatif à l’ancienne croyance aux fées. Ces êtres surnaturels doués de la puissance magique que l’on supposoit aux fées, sont des deux sexes. C’est généralement aux femmes que l'on attribuoit ce pouvoir ; il yavoit cependant quelques exceptions, comme ici par exemple où non-seulement deux hommes étoient devenus fées, mais avoient transmis cette faculté au porc-sanglier qui devoit être chassé par Richard.
Note 15, page 77.
« Et dit qu’il ne craignoit estour, etc. » Combat, choc. Vieux mot fort usité dans tous les écrivains françois du xm e au xv e siècle. Suivant les auteurs du Glossaire de Ducange, il vient de l’italien stormo. MultUuàine adunata ftisieme
con arme per combaltere. Voyez le Glossaire, .yerbo
Stobmos.
Noti 16, page 84.
Ce combat de Richard-sans-Peur avec les démons paroit avoir été imité d’un poème en vers françois, composé par Huon de Méry, et qui a pour titre le Tournoiement Ante-Crist. Ce poème, encore inédit, fut écrit vers 1230. C’est le récit d’un combat qui eut lieu en présence de Lucifer entre les démons qui représente les vertus et les vices. Faucbet, page 661 de son livre sur les anciens poètes françois, a parlé du Tournoiement Ante-Crist On peut consulter aussi l’histoire littéraire de la France, tome xvtu, pages 800 à 806.
Note 17, page 85.
« Sans avoir aucune reconnaissance. » Le mot reconnaissance n’a pas ici le sens que nous lui donnons ordinairement; il signifie armoiries . On le trouve avec cette acception dans les plus anciens ouvrages écrits en françois, par exemple dans le roman de Brut, composé dans la première moitié du xu e siècle, vers 3,179 :
Cil ont parmi trancié lor lances,
Et lasquié lor connmances .
Dans la chanson de Roland, publiée par M. Francisque Michel:
Éscuz unt gens de multes cunoisances .
Et dans la chanson des Saisnes :
De son esca trancha l’or et la connoissance.
NOTES
Note 18, page 89.
« Il est marqué en l’histoire de Fier-à-bras. » Cette histoire fait aussi partie de la Bibliothèque bleue , elle a été imprimée en 1736, à Troyes, chezla veuve de Jacques Oudot, sous le titre de : Les Conquêtes du grand Charlemagne roy de France et d'Espagne , avec les faits et gestes des douze pairs de France et du grand Fier-àbras , etc., in-8°.
Ce géant qui joua un si grand rôle dans les romans de chevalerie du, cycle de Charlemagne, a été le sujet d’un poëme en vers provençaux composé au xm* siècle, et publié à Berlin en 1829, sous le titre suivant : der Roman von Fierabras provenzalich herausgegeben von Immanuel Bekker. 1 vol. in-4°.
Note 1 9, page 96.
« Fonda l’abbaye de Fécamp et de Saint-Wandrille en Normandie. »
Richard I er , duc de Normandie, fut en effet le fondateur de l’abbaye de Fécamp. (Voyez Y Essai historique et littéraire sur Vabbaye de Fécamp , que j'ai publié en 1840, à Rouen, chez Frère. 1 vol. in-8°, p. 8.) Quant à l’abbaye de Saint-Wandrille, elle est d’une époque antérieure. Voyez Essai historique et descriptif sur l'abbaye de Fontenelle ou de Saint-Wandrille, etc., etc., par H. Langlois. Paris, 1828, in-8.
Note 20, page 110.
« Le roi et la reine d’Espagne firent nourrir leur fille
honnêtement. » Nourrir n'a pas ici l’acception restreinté qu’on donne à ce mot aujourd’hui; il signifie instruire, élever. Ce mot, dans le vieux langage, avoit souvent celte acception ; on se rappelle ce vieux proverbe :
Nourriture passe nature.
Note 21, pige 151.
« Et firent tant par leur journée . » Journée signifie dans cette phrase voyage . C’est une manière de compter les distances fort usitée en Espagne et en Italie. De là ce mot a été appliqué au chemin que l’on avoit parcouru et a été pris souvent pour synonyme de route, travail entrepris et achevé dans l’espace d’un lever du soleil au coucher.
Note 22, page '194.
« Un jour viendra que vous suivrez l’exemple de cette grande pénitente à laquelle l’Égypte a donné son nom. »
C'est sainte Marie l’Égyptienne que l'auteur veut désigner ici. Cette sainte en effet, après sa conversion, vécut quarante-sept ans dans le désert, couchant sur la terre nue. — Voyez Baillet, Fie des Saints , mois d’avril, 2.
Le culte rendu en France à sainte Marie l’Égyptienne est assez ancien. Une chapelle qui lui étoit dédiée et dont la construction remonte au xiv e siècle, a donné le nom à une des rues de Paris les plus fréquentées, la rue de la Jus sienne , par corruption du nom de l’Égyplienne.
Note 23, page 213.
« Geneviève appelez votre fils Bénoni ou Tristan, il
NOTES. 307
doit porter le nom de la marraine puisque Dieu est son parrain. »
11 est à remarquer que ce nom de Bénoni , resté dans la mémoire du peuple, est devenu celui des enfants persécutés dans quelques mélodrames ou tragédies vulgaires. Quant au nom de Tristan, c’est sans doute un souvenir de la littérature romanesque. On sait combien d’aventures malheureuses ont signalé la vie de ce chevalier. On peut lire au sujet de Tristan le travail de M. Fauriel sur les Épopées chevaleresques de la table ronde , et celui de M. F. Michel. Tristan , Recueil de ce qui reste des poèmes relatifs à ses Aventures , composés en français, ton anglo-normand et en grec dans les xii e et xm e siècles . Londres, 1835. 2 vol. in-18.
, Nôtk 24, page 254.
« Et n’estoit fine, cauteleuse, subtile, nt jongler esse.
Janglère, jongler esse , est un vieux mot de notre langue qui signifie menteur , bavard , fanfaron , enfin ce que le peuple appelle blagueur . Il vient du mot latin joculari, et il a servi à désigner pendant le moyen âge ces baladins et joueurs d’instruments qui récitoient des poésies dans les villes et les châteaux. (Voyez à ce sujet l'ouvrage de l’abbé Delarue, intitulé : Essais historiques sur les Bardes , les Jongleurs et les Trouvères , etc. 3 vol. in-8°.) Leurs mauvaises mœurs et leurs fanfaronnades furent cause que le mot de jongle ou jangle devint le synonyme de mensonge. 11 est ainsi employé dans tous les auteurs du km e siècle.
Note 25, paci 256.
« Il silogisoit en sa pensée. Il rappeloit à sa pensée. » Je n’ai trouvé le verbe silogiser dans aucun dictionnaire, ni glossaire du vieux langage. Il a le même sens à peu près que le mot syllogisme , qui, on le sait, désigne en logique un argument composé de trois propositions, savoir : la majeure , la mineure et la conséquence .
Note 26, page 259.
« C’est assavoir le seigneur de Moulins, le milorl de Pommays et messire Guillaume Glacidal. » Le dernier de ces trois capitaines, Guillaume Glasdale est le seul qui soit désigné par les historiens. Voyez Michelet, Histoire de France , t. V, page 82.
. Note 27, page 269.
« Alors que la dessus dicte pucelle prononça celles paroles. »
C’est seulement dans cette chronique populaire qu’on trouve la prédiction de Jeanne d’Arc sur la trahison dont elle alloit être victime. Voyez à ce sujet ce que j'ai dit dans l’introduction.
Note 28, page 271.
« Tout ce néanmoins ilz la firent par ung Angloys evesque de Beauvais condamner et déclarer hereticque. » Pierre Cauchon, comme chacun le sait, n’était pas anglois : « Né àReims, dit M. Michelet, tout près du pays de tierson, c’étoit un docteur fort influent de rUaivçrsité, uq
* NOTES. 309
ami de Clemengis qui nous assure qu’il étoit bon et bienfaisant. » Histoire de France . t. V, p. 1 14 .
Note 29, page 289.
« Qu’il fust demaulvais esperiment. Qu’il fut peu sage, d’une mauvaise expérience . »
Note 30, page 292.
« Car elle estoit devenue grande et embranie . »
Je n’ai pas trouvé ce mot dans les glossaires. On peut en comprendre le sens qui correspond à notre mot développée, renforcie. Mais je manque d’indication pour en fixer l’origine.
Note 31, page 293.
« Mais de très lie cueur, mais de cœur très joyeux, très content. On trouve ce mot dans les plus anciens ouvrages écrits en français! Voyez des exemples dans le Glossaire de Roquefort au mot Lie .
ris nu tome prbmieb.
tsàble
De la Bibliothèque Bleue, par M. Charles Nodier. j
Introduction, par M. Le Roux de Lincy. xiij
La terrible et merveilleuse histoire de Robert-le-Diable,
lequel après fut homme de bien... 1
Histoire de Richard sans Peur, duc de Normandie, fils de
Robert-le-Diable . 61
Histoire de Jean de Paris, roi de France. 97
Histoire de Jean de Calais. 163
L’innocence reconnue, ou vie admirable de Geneviève,
princesse du Brabant........ 191
Mirouer des fepmes vertueuses :
Histoire de Jeanne laPucelle....«. 249
La patience de Griselidis.... 275
Notes....,...