De mauvaise mort, de mort cruelle
2. Maille à partir , maille à partager. La maille était une pièce de monnaie de valeur extrêmement petite, de sorte qu'il était impossible de partager réellement cette valeur en deux et que cela devenait forcément une occasion de querelle.
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rasins, gens du sénéchal, Robert était allé à la fontaine où il était accoutumé de boire. Il vint une voix du ciel qui parlait doucement, disant : a Robert , Dieu te mande que sur-le-champ tu t'armes de ces armes blanches, que tu montes sur ce che-
val que je t'amène et que tu ailles secourir l'empereur. »
Robert ne put songer à désobéir au commandement que l'ange lui ht; il s'arma aussitôt des armes blanches que l'ange avait apportées, puis monta sur
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son cheval. La fille de l'empereur était aux fenêtres, par lesquelles on pouvait voir dans le jardin où est la fontaine. Elle vit comment Robert s'était armé. Si elle eût pu parler, elle n'eût pas manqué de le révéler; mais elle était muette.
Robert, ainsi armé et monté, s'en fut vers l'armée de l'empereur, que les Sarrasins serraient de bien près; car, si Dieu et Robert n'y eussent travaillé, l'empereur aurait été défait et tous ses gens eussent été mis à mort. Mais, dès que Robert fut
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arrivé, il se mit en la plus grande mêlée des Sarsasins et commença à frapper à droite et à gauche sur les ennemis. Là vous l'eussiez vu trancher têtes, couper bras, et faire tomber gens et chevaux par terre. Il ne frappa pas un coup qu'il ne mît à mort quelqu'un de ces Sarrasins. Ainsi Robert tellement travailla, que le champ de bataille demeura à l'empereur.
Comment, après que Robert eut défait les Sarrasins , il retourna à la fontaine.
Lorsque le champ et l'honneur de la bataille furent ainsi demeurés à l'empereur aidé de Robert, celuici retourna tout armé sur son cheval à la fontaine et se désarma; puis il mit ses armes sur le cheval, qui aussitôt s'évanouit. La fille de l'empereur, qui voyait cela, en était fort étonnée; elle l'eût volontiers dit; mais, vous le savez, elle ne pouvait prononcer mot , et jamais n'avait parlé.
Robert avait le visage tout égratigné des coups qu'il avait reçus en la bataille; mais il n'en avait pas rapporté d'autre mal.
L'empereur, tout joyeux, remercia Dieu de ce qu'il lui avait donné la victoire et retourna en son palais. Quand ce fut l'heure de souper, Robert se présenta à l'empereur, ainsi qu'il en avait l'habi-
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tude , contrefaisant le fou et le muet. L'empereur, qui regardait volontiers Robert, vit qu'il était blessé et crut que c'était là l'ouvragé de ses serviteurs. Aussi, dit- il en colère : « Il y a ici de mauvaises gens; car, tandis que nous étions à la guerre, on a battu ce pauvre homme, et c'est un grand péché, puisqu'il ne fait de mal à personne et ne dit du mal de personne, étant aussi débonnaire et d'aussi bon commerce que cela se peut. »
Un chevalier répondit : « Oui , seigneur, tandis que nous étions à la bataille, les gens qui sont restés ici lui ont fait ces blessures. » L'empereur défendit à tous ses gens de le toucher.
Après quoi il interrogea tous ses chevaliers pour savoir s'ils connaissaient celui par lequel ils avaient été secourus , et sans lequel ils étaient perdus. « Je ne sais, dirent-ils, qui il peut être, mais sans lui nous étions tous déshonorés. C'est le plus vaillant et hardi chevalier que jamais on ait vu. Quel qu'il soit, il y a en lui grande vaillance. »
En entendant ce langage , la fille de l'empereur s'approcha de son père et lui fit des signes pour expliquer que c'était par Robert qu'ils avaient eu la victoire. L'empereur n'entendait pas le langage de sa fille. Il fit venir sa maîtresse devant lui , pour savoir ce qu'elle voulait dire. La maîtresse entendit ce que la princesse disait et le fit comprendre à l'empereur en cette sorte : « Votre fille veut dire
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que ce fou a tant fait , que sans lui vous eussiez été vaincu et eussiez perdu la bataille; que c'est par lui que vous avez eu gain de cause contre vos ennemis , et qu'il a combattu de façon à gagner la victoire. »
L'empereur se prit à rire et se moqua de ce que la maîtresse disait ; et de cela il se courrouça et lui dit : « Vous devriez bien lui enseigner à se bien conduire ; vous me la gâtez , et il vous en cuira si vous n'y prenez garde. Ce serait grand abus de penser que ce fou, qui est un vrai innocent*, se fût comporté ainsi en homme de cœur et de sens , vu qu'il n'a ni force ni pouvoir. »
Quand la jeune fille eut ainsi entendu parler son père, elle se retira, quoiqu'elle sût bien comment la chose était arrivée. La maîtresse la suivit, à cause de la grande peur que les paroles de l'empereur lui causaient. Rien ne fut donc connu jusqu'à ce que le sénéchal, ayant rassemblé des forces plus considérables, vint derechef assiéger Rome. Et, de fait, il eût écrasé les Romains sans le chevalier qui les avait secourus autrefois, et qui vint encore les secourir par le commandement de l'ange. Il se comporta si vaillamment qu'il battit tous les Sarrasins. Il n'y avait homme si hardi qui osât l'attendre. Tous ses ennemis, il les menait devant lui comme