‹ Légendes pour les enfantsChapitre 23 sur 28 · SS 224 ^M · texte numérisé non relu

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gne. Elle lui en parla donc. Il fut ému, et prenant sur-le-champ résolution de l'avoir pour femme, il dit : « Pour que le roi d'Angleterre ne sache pas notre dessein, qui est juste, et pour qu'il ne me prévienne pas, je le suivrai et changerai mon nom ; et je ferai aussi aller une armée à moi par une autre route, lui donnant, sans qu'il y paraisse, des ordres et des nouvelles. Quand je serai par delà les monts , je verrai ce qu'il y aura à faire et le ferai. Et ainsi, ma mère, je vous prie de mè donner votre avis, car je ne suis pas si arrêté en mon opinion que je ne veuille user de votre bon conseil. »

Quand la reine ouït si sagement parler son fils, elle en fut joyeuse, et aussi ceux du conseil le furent, et elle dit : « Mon (ils, il me semble que vous avez sagement pris votre décision. Je veux pourtant que vous fassiez ce voyage en aussi haut f ang que faire se pourra, car votre père en revint avec grand honneur et en triomphe. »

Pour abréger, les conseillers furent de même opinion, et, quand tout fut bien conclu, on ordonna que le roi ne verrait point le roi d'Angleterre, sinon secrètement et sans en être vu , afin qu'il ne fût pas connu de lui, et que les plus belles bagues, chaînes, colliers et autres choses nécessaires pour les cadeaux de noces, seraient portés en Espagne; qu'on en laisserait toutefois une partie pour aider l'An-

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glais à se fournir, et entin que la reine retiendrait celui-ci sept ou huit jours en fêtes, jusqu'à ce que son fils fùfprèt à partir.

Le duc d'Orléans eut charge de faire préparer tout ce qui était nécessaire. On prit les plus honnêtes barons de la maison du roi, tous de son âge, et encore cent jeunes gens fort beaux, qui se firent tous habiller du mieux qu'ils purent. Et le roi retourna au bois de Yincennes, priant le duc d'Orléans de faire diligence , et qu'aussitôt que les barons et les pages seraient prêts , on les amenât au bois. Cependant les ducs d'Orléans et de Bourbon firent apprêter deux mille hommes des principaux du royaume et quatre mille archers, avec tous les ustensiles de cuisine et autres choses nécessaires, même plusieurs gardes pour conduire le grand nombre de chariots ou de bahuts qu'ils menaient, et dans lesquels étaient des draps d'or et de soie, avec d'autres richesses sans nombre; d'habiles tailleurs suivaient ces chariots. Durant ce temps, la reine entretint le roi anglais de son mieux , en attendant que son fils fût prêt.

Le roi d'Angleterre faisait, de son côté, chercher des draps de soie et d'or; mais il en trouva peu , et les plus beaux étaient pris. Néanmoins il ne s'aperçut de rien, à cause du soin qu'on eut de cacher les mouvements de l'entreprise du jeune roi de France.

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Comment les cent pages et les cent barons , tous moiitéb et habillés de même, arrivèrent devant le roi de France au bois lie Vmcennes.

A la tin, les cent barons et les cent pages vinrent bien équipés et habillés. Ils étaient tous vêtus d'un velours brodé de lin or; leurs pourpoints étaient de satin cramoisi, magnifiques et bien en point; mais le roi était le plus beau de tous.

Il défendit à ses gens de dire qui il était, sinon qu'il avait nom Jean de Paris, et qu'il était fils d'un riche bourgeois qui avait laissé de grandes richesses après son décès.

Quand il sut que le roi d'Angleterre voulait partir de Paris, il se mit en route et tira son chemin par la Beauce', car il savait que le roi d'Angleterre voulait se diriger sur Bordeaux. Pour cela il prit les devants jusqu'à Étampes, en pleins blés, et là, étant averti que le roi d'Angleterre venait, il choisit les chemins écartés et chevaucha doucement avec deux cents chevaux grisons. Pour son armée, elle s'en allait par une route bien autre, afin que l'Anglais ne l'aperçût pas, et elle conduisait les chariots et

1. Plaine ferlile en blé qui s'étend du côté d'Orléans et de Chartres, entre la Seine et la Loire.

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les richesses de Jean de Paris. (Juand le roi anglais arriva à Étampes*, ses gens lui dirent que devant lui il y avait une compagnie de gens fort bien accoutrés, et qu'il serait bon d'y envoyer pour en avoir des nouvelles.

Comment le roi d'Angleterre envoya un héraut pour savoir ce que c'était.

Quand le roi d'Angleterre entendit cela, il fît venir un héraut, lui ordonna d'aller voir cette compagnie, et lui enjoignit de s'enquérir qui était le seigneur et de le saluer de sa part. Incontinent le héraut partit et arriva près des Français. Il les vit chevaucher en belle ordonnance, et tous les chevaux pareils.

Enfin il prit courage , se mit en la garde de Dieu et vint jusqu'auprès des derniers, disant : « Dieu vous garde, messeigneurs. Le roi d'Angleterre, mon maître, qui vient après moi, m'envoie \ers vous pour savoir qui est le capitaine de toute cette compagnie.

— Ami, dit l'un d'eux, c'est Jean de Paris, notre seigneur.

— Est-il ici? dit le héraut.

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