‹ Légendes pour les enfantsChapitre 22 sur 28 · De la pointe et du tranchant · texte numérisé non relu

De la pointe et du tranchant

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gneur chevalier, parlez-nous, s'il vous plaît. Qui êtes-vous? et de quel pays, de quelle contrée? »

Quand Robert les ouït parler, il fut tout ébahi, et se mit à piquer son cheval, à courir et à fuir, afin de n'être pas connu ; et il fit tant qu'il échappa à ces chevaliers, et que nul ne put savoir ce qu'il devint, hors un, lequel le suivit de fort près, tenant une grande lance en main, de laquelle il le frappa à la cuisse ; et le fer y resta. Toutefois Robert disparut, et, arrivé à la fontaine, quitta ses armes et les mit sur son cheval. Tout disparut, et il ne sut ce qu'était devenu le cheval avec les armes; mais il demeura blessé de la lance , dont il sentait grande douleur. Il tira lui-même le fer de la cuisse et le cacha entre deux pierres de la fontaine. Il ne savait où aller pour panser sa plaie, de peur d'être reconnu ; il la pansa lui-même, prenant de l'herbe et la plaçant dessus, après quoi il ramassa de la mousse et en fit un bandage, afin que l'air n'entrât point dans la plaie. La fille de l'empereur, qui était à la fenêtre, voyant tout cela , n'eut garde de n'y pas faire attention , et elle commença aussi à aimer Robert.

Cependant personne ne savait qui était le chevalier aux armes blanches.

Quand Robert eut pansé sa plaie, il vint à la cour pour avoir à souper ; mais il clochait fort pour le coup qu'il avait reçu, et cela paraissait,

quelque soin qu'il eût de clocher le moins possible. Bientôt après arriva le chevalier qui avait blessé Robert, lequel raconta à l'empereur comment le chevalier lui avait échappé et comment il l'avait blessé. Il dit : « Je crois que ce n'est qu'un esprit et qu'il n'a pas de corps, car il n'a dit mot et ne m'a pas voulu répondre. En tout cas , je prie Dieu qu'il se rétablisse , car iJ était fort blessé. Mais, sire, voici ce que vous ferez si vous me voulez croire, et si vous voulez savoir qui est le chevalier aux armes blanches : c'est que vous fassiez crier par toutes les villes, cités et châteaux, que, s'il y a un chevalier qui ait armes blanches et cheval blanc, ce chevalier doit venir vers vous et apporter le fer de la lance dont il a été blessé à la cuisse et montrer sa plaie. Promettez- lui votre fille pour femme, et, après vous, la moitié de votre empire. »

Quand l'empereur entendit ainsi parler le chevalier, il fut joyeux et dit qu'il avait sagement parlé; et aussitôt il lit publier par tout son empire ce que ce chevalier avait conseillé.

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Comment le sénéchal se mit un fer dans la cnisse pour avoir la lille de l'empereur.

Les criées faites et publiées vinrent à la connaissance du traître sénéchal, qui aimait tant la lille de l'empereur, et qui ne pouvait l'avoir, à cause de sa trop grande outrecuidance. Après qu'il eut ainsi entendu les criées, il s'avisa d'unefort grandemalice qui lui tourna depuis à déshonneur. Il fil chercher un cheval blanc, une lance et des armes blanches, et se mit un fer de lance dans la cuisse avec grande douleur et angoisse. Mais pour parvenir à être empereur il endura patiemment ce mal, et aussi pour avoir celle qu'il aimait. Hélas, c'est mal fait à ceux qui veulent maintenir pendant toute leur vie leurs folles amours ! car, à la fin , douleur et honte en viennent.

Après cela , le sénéchal fit armer tous ses gens pour l'accompagner, et il arriva à Rome en grand triomphe. Il était bel homme, grand et puissant; mais il était si fier et si orgueilleux, qu'il n'avait pas son pareil au monde.

Aussitôt entré dans Rome , il se montra à l'empereur, en lui disant : « Je suis celui qui vous a si vaillamment trois fois secouru et qui

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a fait mourir tant de gens pour l'amour de vous. »

L'empereur, qui ne pensait pas à la trahison, répondit : « A'ous êtes un bon et hardi chevalier; mais j'eusse bien parié le contraire, car on vous tient pour un couard. »

Le sénéchal dit avec colère : « Sire, ne vous en étonnez pas, car je n'ai pas le cœur si lâche qu'on croit. »

Et, disant ces mots, il tenait un fer de lance qu'il montra à l'empereur, puis il découvrit sa plaie à la cuisse. Le chevalier qui avait blessé Robert était là présent; quand il vit le fer du sénéchal, il se mit à sourire, car il voyait bien que ce n'était pas le fer de sa lance. Toutefois, de peur d'engager une querelle, il ne dit mot.

Comment la fille de l'empereur commença à parler.

Et quand l'empereur et ses nobles barons qui étaient assemblés furent à l'église , où le sénéchal devait épouser la fille de l'empereur qui n'avait jamais parlé, Dieu lit un beau miracle pour soutenir le sage Robert , duquel on ne tenait compte. Alors que le prêtre voulait commencer le service pour marier la jeune fille au séné-

chai, celle-ci, par la grâce de Dieu, parla tout à coup et dit <i son père : « A'ous êtes bien simple de croire cet orgueilleux, car tout ce qu'il dit n'est que mensonge. Il y a ici un homme saint et digne; c'est pour que je rende hommage à son mérite que Dieu m'a rendu la parole ; je lui en aurai reconnaissance. Aussi bien, il y a longtemps que je connais les grandes qualités qui sont en lui ; et toutefois jamais on n'en a voulu croire les signes que j'ai faits. »

Quand l'empereur ouïl^ ainsi parler sa fille, qui n'avait jamais parlé, il fut ravi et reconnut bien \ ite la trahison du sénéchal , qui s'enfuit tout honteux.

Le pape, qui était là, demanda à la fille de l'empereur qui était celui duquel elle parlait. Alors elle mena le pape et l'empereur son père à la fontaine ; elle chercha et trouva les deux pierres sous lesquelles Robert avait caché le fer de la lance. Puis elle dit au pape : « Encore il y a autre chose; par trois fois, ici, a été armé celui qui trois fois nous a secourus et délivrés de nos ennemis; j'ai vu trois fois son cheval et ses armes; trois fois je l'ai vu s'armer et se désarmer; mais je ne saurais dire où le chevalier allait, ni d'où il venait, ni qui lui donnait un harnais et des armes. Tout ce que je dis là est la vérité pure , et c'était cela que j'indiquais par mes signes. »

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Puis se retournant vers l'empereur : '< C'est lui qui a bien gardé et vaillamment défendu votre honneur : il est donc juste que vous le récompensiez, et, s'il vous plaît, nous irons lui parler. »

Alors le pape , l'empereur et sa fille avec les barons allèrent vers Robert, qu'ils trouvèrent couché au lit des chiens. Tous ensemble le saluèrent. Robert ne répondit rien.

Comment l'ermite trouva Robert, auquel il commanda de parler et dit que sa pénitence était accomplie.

L'empereur lui dit : « Viens : mon ami , montremoi ta cuisse ; je veux la voir. »

Robert comprit, mais il faisait semblant de n'entendre point; il prit une paille et commença à la rompre entre ses mains, comme par moquerie, en pleurant. Et il fît maintes folies pour faire rire le pape et l'empereur, et aussi maints ébattements pour les faire parler et leur faire dire quelque chose nouvelle. L'empereur insistant lai dit : « Je te commande , je te conjure , si tu as puissance de parler, de nous répondre. ^

Mais Robert se leva en contrefaisant le fou, et, en faisant cela, il regarda derrière lui à cause d'un

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bi'uit qu'il entendait. C'était l'ermite auquel il s'était confessé. L'ermite lui dit : « Mon ami, entendez-moi ; je sais bien que vous êtes Robert, lequel se nommait le Diable; vous êtes maintenant agréable à Dieu. C'est par vous que cette contrée a été délivrée des Sarrasins ; aussi , de la part de Dieu , je vous ordonne de parler et de ne plus faire le fou; c'est ainsi le plaisir de Dieu. Il vous a pardonné et remis tous vos péchés après pénitence suffisante. »

Aussitôt Robert se mit humblement à genoux et leva les mains au ciel , en disant : « Souverain roi des deux, puisqu'il vous a plu de me pardonner mes offenses, soyez loué, honoré et béni. »

Quand la fille de l'empereur et tous ceux qui étaient là présents entendirent le beau langage de Robert, ils furent tous émerveillés. Il leur sembla si beau, si doux et si gracieux d'esprit et de corps, que c'était chose merveilleuse. L'empereur, sur-lechamp , voulut lui donner sa lille ; mais l'ermite n'y voulut pas consentir, et force fut que chacun se retirât chez soi.

Comment Robert revint à Rome pour épouser la fille de l'empereur.

Après que Robert eut obtenu le pardon de ses

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péchés et qu'il s'en fut allé hors de Rome, Dieu lui fit annoncer par trois fois par son ange qu'il eût à y rentrer, afin d'épouser la fille de l'empereur.

Robert obéit, rentra dans Rome et épousa la lille de l'empereur en grand triomphe. Il y eut honorable et belle assemblée; tous témoignaient une grande joie à la léte; nul ne pouvait se rassasier de regarder Robert; ils disaient : « Par lui nous sommes hors des mains de nos ennemis. ■» La fête dura quinze grands jours; après qu'elle fut passée, Robert voulut retourner en Normandie pour visiter son père et sa mère ; il demanda congé à l'empereur, lequel lui donna des gens pour l'accompagner et de beaux et riches dons en or, argent et pierres préciauses.

Robert et sa femme arrivèrent à Rouen, oii ils furent reçus avec une joie bien vive : car les Normands étaient en grand découragement de ce que le duc, père de Robert, était mort, et de ce qu'ils étaient ainsi restés sans seigneur. Robert conta à sa mère toutes ses aventures, et la duchesse pleurait des peines et des tourments que son enfant avait soufferts.

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Comment un messager arriva devant le duc Robert et lui ai que l'empereur lui mandait de venir le secourir contre le sénéchal.

Cependant il arriva un messager que Fempereur envoyait à Robert. Le messager vint saluer le duc et lui dit : « Seigneur, l'empereur m'a envoyé, et vous prie de le venir secourir contre le sénéchal, qui s'est révolté. »

Robert fut affligé de cette nouvelle. Il assembla les plus vaillants chevaliers de Normandie et se mit en chemin. Lorsqu'il arriva, le sénéchal tenait déjà le trône en sa puissance. « Traître, dit Robert, tu n'échapperas pas. Défends ta vie, puisque tu as mis à mort l'empereur ton maître. » Et, disant ces mots, il serra les dents et vint courant contre le sénéchal. Il lui donna un si grand coup sur son casque qu'il le rompit et lui fendit la tête jusqu'aux mâchoires. Le traître sénéchal tomba mort sur la place. Robert le lit jeter à la rivière.

Comment, après que le duc Robert eut mis à mort le sénéchal, il s'en retourna en Normandie.

(Juand Robert eut fait jeter à l'eau le sénéchal et

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mis en paix les Romains, il s'en retourna à Rouen avec sa compagnie; il y trouva sa mère et sa femme, qui éprouva une grande douleur quand elle sut que l'empereur était mort amsi par le fait du traître sénéchal. La duchesse, mère de Robert, la consolait et cherchait à lui donner toutes les distractions qu'elle pouvait imaginer.

Pour mettre fin à cette histoire, nous laisserons le deuil de la jeune duchesse et parlerons encore un peu de Robert, lequel, en sa jeunesse, fut si pervers, si mauvais et si enclin à tous les vices, que c'était un prodige de malice. Depuis il fut comme un homme sauvage, sans parler, comme une bête ; ensuite, reprenant son rang et comblé d'honneurs, il vécut longuement et saintement avec sa femme et en bonne renommée. Il eut d'elle un beau fils nommé Richard ', qui fit avec l'empereur Charlemagne plusieurs grandes prouesses, et aida à accroître et exalter la foi chrétienne.

Cette histoire apprend qu'il ne faut

Désespérer jamais de faire pénitence ;

Il n'est défaut,

Il n'est offense,

11 n'est crime cruel qu'on ne puisse oublier :

Le tout est de s'humilier.

1. Richard est le héros du conte qui a pour titre : liicliard nans Peur.

JEAN DE PARIS

JEAN DE PARIS

La première édition da joli roman de Jehan de Paris paraît être celle qui fut publiée par Chaussard, in-i" .-otbique, en 1554.

Il y avait sept ans que le roi François 1" était mort, et l'histoir^ romanesque de Jean de Paris, roi de France " lequel fict de grandes prouesses, » n'était rien autre chose qu'une allusion enjouée, piquante et assez fière, aux luttes incessantes que le vainqueur de Marignan, le vaincu de Pavie, avait eu à soutenir contre les divers princes de l'Europe et particulièrement contre le roi d Angleterre Henri VIII et contre Charles Quint , empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, comte de Flandre, duc de Milan, souverain de Naples et des Indes.

On aurait tort de croire que la suprématie des monarques français sur les autres rois d'Europe date seulement de Louis XIV. Dès Philippe Auguste, dès saint Louis, et même auparavant, les chefs de la nation française étaient ceux sur lesquels l'Europe attachait le plus respectueusement ses regards, et les empereurs d'Allemagne, les princes de Castille ou les souverains de 1 Angleterre étaient loin, même aux plus mauvais temps de l'histoire de France, d exercer sur l'imagination des peuples une

intjuence semblable à celle de nos rois. Part'culièrement iiu sei ième s ècle, et en dépit des grands progrès accomplis par la monarchie espagnole, on regardait le roi de France comme le roi par excellence. C'était Charles VII, qui avait reconquis son royaume aidé d'un ange; c'était Louis XI, qui avait si opiniâtrement défendu son autorité royale et qui avait vu périr Charles le Téméraire; c'était encore Charles VIII, le conquérant de Naples ; c'était surtout le roi chevaleresque, le roi des fêtes, l'ami des draps riches, des pierreries, des ciselures, des tableaux, des statues, des châteaux élégants et des grands parcs, le pompeux François !<'''. ce magnifique et voluptueux seigneur, dont les gens d'alors ne voyaient que les qualités, et auquel ils pardonnaient ses défauts en pitié de ses infortunes.

Il n'y a pas dans toute la Bibliothèque bleue une œuvre plus française. Le sentiment national y éclate à chaque page. Voilà le héros qui, en luttant corps à corps, renversa sur le sol le gros Henri VIII, dans les jours de fête du Camp du drap d'ur ; voilà celui qui fit plus d'une fois peur à Charles-Quint et qui, en dépit de ses défaites, ne cessa de lui résister.

On ignore le nom de l'écrivain qui a rédigé cette gracieuse et spirituelle légende. Ce Jean de Paris est un personnage bien aimable, en qui se confondent Philippe le Hardi, Jean, le père de Charles V, et François 1"^''. C'est le portrait du roi de France tel que la France aimait que fût son roi. Nous n'avons pas eu beaucoup de retouches à y faire.

JEAN DE PARIS

Comment le roi d'Espagne se vint jeter aux pieds du roi de France pour lui demander secours.

Il y eut jadis un roi de France sage et vaillant qui avait un fils âgé de trois ans , nommé Jean ; ce roi était à Paris avec sa noblesse, car en ce temps-là on ne parlait point de guerre en France. L'njour qu'il se trouvait dans son palais, le roi d'Espagne vint se prosterner à ses pieds en versant

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des pleurs et poussant des gémissements. Ce que voyant, le roi de France lui dit : « Beau frère et ami, modérez votre douleur jusqu'à ce que nous en sachions la cause ; car nous vous aiderons, si nous la connaissons, de tout notre pouvoir.

— Sire , dit le roi d'Espagne , je vous remercie humblement de l'offre qu'il vous plaît de me faire , parce que , vous et vos prédécesseurs, vous êtes les défenseurs de toute royauté, de toute noblesse et de toute justice. Je suis venu à vous pour vous dire mon infortune. Sachez , sire, qu'à tort et sans raison, à cause d'un nouveau tribut que j'avais mis en mon royaume pour éviter la dangereuse entreprise que le roi de Grenade , infidèle à notre sainte loi , avait faite contre mon trône, on a excité le peuple contre moi , si bien qu'ils m'ont voulu faire mourir, et il m'a fallu m'en tirer du mieux que j'ai pu. Ils tiennent la reine ma fenmie, et une petite fille de trois ans , assiégées dans une de nos villes nommée Ségovie'; et ils ont décidé de les faire mourir pour avoir mon royaume. »

En disant cela , il se pâmait aux pieds du roi de France, lequel le fit bientôt relever et lui parla en cette manière : « Frère , ne veuillez pas affliger

1. Ville de la Vieille-Castille où il y avait de nombreuses fabriques de drap, célèbres au moyen âge . et qui était presque toujours le centre des mouvements populaires.

votre cœur, mais prenez courage comme il convient; car je vous promets que demain matin j'enverrai des lettres aux barons et au peuple de votre royaume; et, s'ils ne veulent m'obéir, j'irai moimême et je les mettrai à la raison. »

Quand le roi d'Espagne entendit cette promesse, il fut bien joyeux, et il dit au roi qu'il le remerciait d'un secours si généreusement offert. Et de cette offre, j'en réponds, furent bien joyeux aussi les barons de France; car ils avaient beau désir de se distinguer par des faits d'armes, vu qu'il y avait longtemps qu'on n'avait vu de guerre en France. Tout ce jour, le roi d'Espagne lut bien fêté; il ne fut parlé que de faire bonne chère, et les barons et gentilshommes français se mirent à faire des joutes pour réjouir l'hôte de leur roi.

Comment le roi de Fiance écrivit aux barons d'Espagne qu'ils eussent à réparer le tort qu'ils avaient fait à leur roi.

Le lendemain matin , le roi fit écrire une lettre comme il suit; et en la marge était écrit : De par le ROI, et le contenu de la lettre était tel : t Très-chers et bien-aimés barons, nous avons reçu la plainte de notre frère le roi d'Espagne, votre naturel seigneur, comme quoi vous l'avez à tort chassé de son

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royaume; et, qui plus est, comme quoi vous tenez assiégée notre sœur, sa femme, et vous vous êtes rendus coupables d'autres méchancetés envers votre roi, ce qui est de mauvais exemple. A cause de cela, nous voulons savoir la vérité, afin de donner satisfaction en bonne justice; car nous avons mis votre roi en bonne sauvegarde, lui, sa famille et tous ses biens : vous mandant que sans délai vous leviez le siège de Ségovie et laissiez la reine , votre honorée dame, et lui soyez obéissants comme vous l'étiez ;et envoyiez quarante des principaux d'entre vous, avec la compagnie qu'il vous semblera bon de choisir, pour me dire les causes qui vous ont déterminés à agir ainsi et m'en donner raison comme il appartiendra; vous notifiant, nous, que si vous y manquez, nous irons en personne et en tirerons punition telle qu'il en sera toujours gardé mémoire. Fait à Paris, le premier jour de mars. » Et audessus desdites lettres était écrit : Aux barons et au peuple d'Espagne.

Aussitôt le roi fit partir un messager auquel furent données les lettres, et il lui commanda de faire dilisfence.

Comment le héraut de France apporta la réponse que lui avaient faite les barons d'Espagne.

Quand le héraut fut de retour à Paris, il s'en alla descendre au palais, puis il entra dans la chambre où était le roi, auquel il dit : « Sire, qu'il vous plaise savoir que je viens de Ségovie, où j ai trouvé le peuple qui tient la reine assiégée. J'ai présenté vos lettres aux barons et aux capitaines de l'armée, qui se sont assemblés et les ont fait lire par un de leurs officiers; après quoi, ils m'envoyèrent quérir, me firent réponse de bouche, disant qu'ils s'étonnaient de ce que vous preniez souci d'une chose qui en rien ne vous touche, et que vous ne vous mettiez pas en peine de les venir chercher : car, malgré vos lettres et toutes vos menaces, ils ne laisseront pas de mettre fin à leur entreprise, vu qu'ils n'ont rien à faire avec vous. Je les requis de me donner réponse écrite ; mais ils me répondirent que je n'en recevrais point, et que j'eusse à quitter le pays en six heures. Quand je vis que je ne pouvais faire autre chose, je partis promptement. Il me semble, au surplus, que la ville est assez forte pour tenir longtemps, et même elle est bien pourvue de vivres. »

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Quand le roi entendit la réponse , il fut bien mécontent, et non sans cause; mais les barons de France en étaient fort joyeux, car ils désiraient que le roi y allât en armes, comme il fit. Il manda ses barons, capitaines et chefs de guerre, et, à la fin de mai, les rois de France et d'Espagne partirent de Paris avec quarante mille combattants, et vinrent passer à Bordeaux, d'où ils allèrent à Bayonne'.

Comment le roi de France arriva en Espagne et ne trouva personne sur son chemin, si ce n'est legouveineur, lequel s'enfuii aussitôt.

Quand le roi fut près de l'Espagne, il fit mettre ses gens en ordre et donna la conduite de l'armée au roi d'Espagne; ils entrèrent dans le pays toujour serrés et rangés en bon ordre, et ils ne trouvèrent aucune aventure digne de mémoire, avant d'avoir cheminé jusqu'au cœur du pays d'Espagne, où ils rencontrèrent le gouverneur avec cinquante mille combattants assez mal accoutrés. Quand ils virent les Français si bien rangés, le gouverneur et ses gens reculèrent un peu , et un peu plus encore ,

1. Bordeaux, chef-lieu du département de la Gironde, grand port marchand. — Bayonne, sous prérecture du dépaitement des Bassei-Pyrénées, port de mer.

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et à la fin ne furent plus aperçus. Les Français n'en tinrent pas grand compte et marchèrent pour i'aire lever le siège de Ségovie, s'il n'était déjà levé. Eurgos', chemin faisant, leur fut ouverte; c'est une des bonnes cités du pays. Le roi la reçut à merci, parce qu'elle avait obéi vite.

Comment les ambassadeurs des barons d'Espagne vinrent ^ers le roi de France.

Quand le roi de France et celui d'Espagne eurent séjourné huit jours en la ville de Burgos, ils se remirent en route. Une partie des villes qui étaient en rébellion ouverte furent prises ensuite et remises en obéissance par le roi de France, qui les punissait, et même faisait périr les rebelles, et pardonnait aux autres , tellement que bientôt , de toutes les villes, on apporta les clefs au roi trèshumblement. Huit jours après ils arrivaient devant Ségovie; en chemin, ils trouvèrent les messagers des barons d'Espagne, qui venaient vers le roi pour traiter de la paix, tout en se plaignant du roi d'Espagne. Mais, en tin de compte , le roi de France, qui était sage, vit leur malice et leur dit

* t. Ville considérable de la Vieille-Castille , entre Ségovie et les Pyrénées.

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qu'ils eussent à se mettre, s'ils le voulaient, en état de défense; car jamais il ne les recevrait à merci, jusqu'à ce qu'il eût vu les nobles se venir mettre à genoux devant le roi et lui demander pardon, et le peuple en chemise; et encore il dit qu'il voulait avoir cinquante des plus coupables pour les punir à son gré.

Comment les ambassadeurs des barons d'Espagrie rapportèrent la réponse du roi de France et comment le peuple vint vers lui en chemise, criant merci.

Ceux qui étaient venus en ambassade furent consternés, et non pas sans raison; voyant qu'ils ne pouvaient résister à la puissance de France, et que déjà les deux tiers du pays étaient en la main du roi, ils firent tant qu'ils obtinrent dix jours de répit pour aller annoncer ces nouvelles à ceux qui les avaient envoyés; et, quand ils furent allés vers eux et eurent fait leur rapport, les barons furent si étonnés et tous si abattus, que le plus hardi ne savait que dire.

Il faut savoir que le peuple n'était pas d'accord avec les grands; ceux-ci, voyant qu'ils ne pouvaient résister, vinrent se mettre à la merci du roi, comme les ambassadeurs le leur avaient conseillé. Le roi les reçut, s'informa des principaux pertur-

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bateurs, et trouva que quatre des plus grands personnages de l'Espagne avaient tout machiné pour parvenir à gouverner à leur volonté. Ces gens furent pris, et aussi cinquante complices, que le roi fit mener devant la reine, laquelle vint audevant du roi et de son mari. Quand elle fut arrivée, elle se mit à genoux et ne voulut point se relever jusqu'à ce que le roi descendît de cheval; il la releva alors en l'embrassant avec tendresse. Et la reine, qui était une sage princesse, dit : « Très-haut et très-puissant roi , puisque vous avez délivré votre pauvre captive avec tant de générosité, je prie Dieu qu'il me fasse la faveur de vous être reconnaissante.

— Belle sœur, dit le roi de France , ne parlons plus de rien et réjouissons-nous seulement; allez voir votre mari qui est ici près.

— Sire , dit-elle, quand je vous vois , je vois tout, et je ne veux pas vous quitter jusqu'à la ville. »

Quand le roi vit la grande humilité de cette dame, il la fit monter à cheval et la mena avec lui vers le roi son mari , qui fit fête à sa venue. Puis ils s'en allèrent en parlant de plusieurs choses jusqu'à Ségovie, qui fut toute tendue de tapisseries; et le roi de France fut reçu avec grand honneur et en triomphe, ce dont lui et ses barons et tous ses soldats se trouvèrent charmés. Jamais ils n'avaient vu telle gloire.

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Comment le noble et puissant roi de France entra en la ville de Ségovie avec le roi et la reine d'Espagne, et avec plusieurs prisonniers qu'il menait à sa suite pour en faire telle punition qu'il appartiendrait.

Cette fête dura quinze jours. Cependant le roi de France ne laissa pas de faire justice de ceux qui avaient commencé la sédition : il fit dresser un échafaud au milieu de la ville , et fit décapiter devant tout le peuple les quatre principaux coupables. Puis il envoya en chacune des autres villes, pour leur ordonner d'obéir à leur roi mieux qu'elles n'avaient fait. Ainsi il remit le roi d'Espagne sur son trône, et ce roi fut obéi et plus craint que jamais. Puis le roi de France s'en retourna en son pays.

Comment le roi d'Espagne et la reine sa femme , voyant que le roi de France s'en voulait retourner, vinrent s'agenouiller devant lui, le remerciant du service qu'il leur avait rendu et lui recommandant leur fille.

Quand le roi et la reine d'Espagne virent que le roi s'en retournait , ils ne surent en quelle manière le remercier du bien et de l'honneur qu'il leur avait faits, et ils se jetèrent à ses pieds,

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disant : « Très-puissant roi, nous savons bien que vous ne pouvez longuement demeurer ici, à cause des affaires de votre royaume, et il ne nous est pas possible de vous récompenser. Toutefois, sire, nous ferons ce qui sera en notre pouvoir, vous priant que vous mettiez sur nous et sur nos successeurs tel tribut qu'il vous plaira de mettre; car nous voulons dorénavant tenir notre royaume de vous, comme de bons et loyauv sujets. »

Quand le roi entendit ces paroles, il eut pitié d'eux et leur dit en les relevant : « Amis, croyez que ce n'est pas l'envie d'acquérir des terres qui m'a fait venir en votre royaume, mais seulement la lerme volonté de conserver la justice et de sauver l'honneur des piinces; ainsi, je vous prie qu'il ne soit plus parlé de ces choses, et ne pensez qu'à maintenir vos sujets dans le devoir et dans la crainte de Dieu. Par ce moyen, et non autrement, vous vivrez en prospérité, et si quelque chose de mal vous arrive, faites- le moi savoir, et sans faute je vous secourrai. »

Quand ils virent le bel amour que le roi de France avait pour eux , la reine prit sa fille , qui avait un peu plus de trois ans, entre ses bras : « Sire, dit-elle, puisque aussi bien nous avons mis toute notre espérance en vous, nous désirons que cette pauvre fille que vous voyez entre mes bras vous soit recommandée ; car nous sommes hors d'espé-

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rance d'avoir d'autres enfants. Si Dieu lui fait la grâce de vivre jusqu'à ce qu'elle soit en âge d'être mariée, vous aurez pour agréable de la pourvoir comme il vous plaira, et, après nous, vous lui don-

nerez le gouvernement de ce pays, que vous protégerez et gouvernerez pour elle. »

Quand le roi de France vit cette grande humilité, il sentit son cœur attendri, et ayant des larmes dans les yeux, il répondit en cette manière : « Amis, je vous remercie de la grande affection que vous

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avez pour moi ; sachez que votre lille n'est pas une filleule à refuser. Si Dieu donne à mon fils d'arriver en âge d'homme , je serai fort joyeux qu'ils soient unis, et si je vis jusque-là, je vous promets bien que mon fils n'aura point une autre femme.

— Sire, ne pensez pas, dit -elle, que monseigneur mon mari et moi nous soyons assez présomptueux pour avoir songé qu'elle pourrait être un jour l'épouse de votre tils; seulement donnez-la à quelqu'un de vos barons, car ce serait trop d'honneur pour nous que de la marier à votre fils, et nous ne l'avons pas mérité.

— Certes, dit le roi, ce qui est dit est dit, et, s'il plaît à Dieu que nous vivions, il en sera parlé plus amplement. Maintenant, nous ne pouvons faire autre chose que prendre congé de vous.

— Vraiment, si vous le voulez bien, dit-elle alors, mon mari et moi, avec tous nos barons, nous vous conduirons jusqu'à Paris; car j'ai très-grand désir de voir la reine de France. »

Le roi reprit : « Mes amis, vous ne pouvez venir; car votre peuple, qui vient à peine de rentrer dans le devoir, pourrait profiter de votre absence pour se révolter de nouveau ; tous les coupables ne sont pas morts, et ceux qui restent pourraient entreprendre contre vous quelque mauvaise conspiration. Pour cette raison je vous conseille de demeurer ici et de les tenir en bonne paix , tout en étant

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sur vos gardes. Et craignez Dieu, amis, et servezle avant tout; vous vous eu trouverez bien, car sans sa grâce vous ne pouvez rien avoir d'assuré. Je vous recommande aussi l'état de notre mère la sainte Église, et les pauvres, qui sont les membres de Jésus-Christ; et aussi gardez bien qu'ils ne soient opprimés ni foulés; Dieu, vous aidera. »

Après ces remontrances que le roi leur fit en présence de plusieurs seigneurs , barons et chevaliers, tant de Ségovie que du reste de l'Espagne, ils prirent congé les uns des autres avec beaucoup de chagrin.

Comment le roi de France , après qu'il eut pris congé du roi d'Espagne et de la reine, revint en son royaume.

Et enfin, pour abréger, le roi partit d'Espagne; ceux du pays l'accompagnèrent quelque temps, et le roi d'Espagne fit de riches dons au roi et aux barons de France, tellement qu'il n'y en eut pas un de l'armée qui n'en fût content, comme s'il était revenu d'une conquête. Ils retournèrent vite à Paris, oii ils furent honorablement reçus; la fête du retour dura dix grandes journées, puis chacun s'en alla revoir sa maison.

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Comment le roi de France mourut, quelques années après son retour d'Espagne.

Au bout de quatre ou cinq ans, le roi de France devint malade, et à la fin mourut; ce qui causa ua grand deuil par tout le pays, et affligea particulièrement la reine. On porta le corps du roi à Saint- Denig \ où étaient aussi ceux des autres rois de France. Les obsèques faites, la reine prit le gouvernement du royaume et le maintint en paix.

Comment le roi d'Espagne eut des nouvelles certaines que le roi de France était mort et ordonna un grand deuil.

Les nouvelles arrivèrent bientôt en Espagne que le roi de France était mort; ce dont le roi et la reine et les barons menèrent grand deuil. Il n'y eut couvent ou église où on ne fit des obsèques, et le roi et la reine se vêtirent de noir pour un an. Néanmoins il n'y a deuil (et Dieu a fait cela pour

1. Saint- Denis près Paris. Il y a une église fameuse qui a dû à Dagobert sa première illustration, et qui depuis a été adoptée pour le lieu de sépulture des rois de France,

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le bien) qui au bout de quelque temps ne se passe, quand les gens sont loin les uns des autres.

Le roi et la reine d'Espagne firent élever leur fille honnêtement, lui faisant donner des leçons par les meilleurs maîtres et l'ayant instruite à parler toutes les langues, si bien qu'on n'aurait pu trouver dans tout le royaume une fille plus belle , plus sage et plus gracieuse. Le père et la mère devinrent vieux et leur fille gagna ses quinze ans. Alors ils pensèrent entre eux qu'il était temps de la marier à quelqu'un qui, après eux, conduisît le royaume. Ils faisaient donc demander par tout pays s'il était un mari convenable pour leur fille, ayant de tout point oublié la promesse qu'ils avaient faite au roi de France, si bien que les nouvelles des recherches qu'ils faisaient vinrent au roi d'Angleterre, qui pour lors était veuf. Il songea à envoyer un ambassadeur en Espagne.

Comment le roi d'Angleterre prit pour fiancée la fille du roi d'Espagne, appelée Louise-Herminie, par procureur.

Quand le roi d'Angleterre eut ouï parler de cette fille qui était si belle et si bien élevée, il se décida tout de suite à la faire demander. Il envoya donc une compagnie de chevaliers en ambassade pour

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doinaiider la princesse en mariage et lui faire de riclies présents. Le roi et la reine d'Espagne turent joyeusement surpris et donnèrent bonne réponse à la demande. Ensuite les fiançailles furent faites par procureur, et Louise-Herniinie fut épousée, au nom du roi, par le comte de Lancastre '. Huit jours après les fiançailles , les envoyés retournèrent vers leur maître.

Comment les ambassadeurs portèrent à leur maître la nouvelle de ce qu'ils avaient fait avec le roi d'Espagne.

Les ambassadeurs furent reçus avec honneur par le roi d'Angleterre, qui les interrogea sur le mariage. Le comte de Lancastre raconta ce qu'ils avaient fait après leur arrivée en Espagne, comment ils avaient parlé au roi et à la reine , qui étaient bien aises de cette union , et comment luimême, après avoir épousé la princesse comme procureur, avait fixé à quatre mois de là l'époque de la noce. Le roi en fut si joyeux qu'il fit crier par tout Londres qu'on eût à faire fête l'espace de huit jours et qu'on se régalât de bonne chère , de bière d'É-

1. La famille de Lancastre a joué un grand rôle dans l'histoire d'Angleterre. Le comté de Lancastre est un des comtés du nord, (lu côté de la mer d'Irlande.

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cosse et de jambons fumés. Cependant le roi fit l'aire de grands préparatifs pour épouser celle qui avait son cœur. Ne trouvant pas assez de drap d'or en son pays , il résolut de passer à Paris pour s'en fournir abondamment. Il partit donc et alla à Paris en fort bonne compagnie; car en ce temps-là on ne parlait pas de guerre entre l'Angleterre et la France. Il vint d'abord descendre en Normandie avec quatre cents chevaux harnachés à la mode du pays anglais; et cette bande fit si bien qu'on arriva à Paris, où était le jeune roi de France, âgé de dix-neuf à vingt ans , avec sa mère qui tenait le royaume en bonne paix.

Comment la reine de France envoya au-devant du roi d'Angleterre les plus grands de ses barons et les principaux des bourgeois de la ville de Paris.

Quand la reine de France apprit la venue du roi d'Angleterre, elle envoya vers lui les barons et les bourgeois de la ville de Paris en bonne ordonnance. Le jeune roi de France n'était pas alors à Paris ; la reine s'y trouva donc seule à l'arrivée de la cour anglaise, et, pendant le souper de bienvenue, le roi d'.\ngleterre déclara la cause de son voyage et ne parla que de la beauté de sa future femme.

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Après souper, les joueurs d'instruments vinrent et commencèrent à danser. Le roi anglais désirait bien voir le jeune roi de France ; néanmoins, après avoir joyeusement passé le temps, il se retira, et ses gens furent charmés de l'honneur que la reine leur avait fait.

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Lorsque le jeune roi revint, il commença à louer grandement la reine du bon traitement qu'elle leur avait fait ; mais, quant à la reine, il lui était revenu le souvenir des paroles que le feu roi son mari avait dites quand il revint d'Espagne, et comme quoi il avait accepté pour son lils la tille du roi d'Espa-

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