C'est ainsi que, devenu indifférent, portant
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en moi-même le flambeau de la science, je parcours cette terre, libre de tout attachement, sans souci de ma personne.
3 1 . La science, due à un seul maître, n'est ni solide, ni très variée: c'est pourquoi ce Brahme qui n'a pas de second est célébré de bien des manières par les Rishis.
32. Bhagavat dit: Le Brahmane aux pensées profondes, après avoir ainsi parlé au roi Yadu, pris congé de lui et reçu ses félicitations, partit joyeux comme il était venu.
33. Ayant ainsi entendu cet homme de renoncement, l'ancêtre de nos ancêtres, (désormais) libre de tout attachement, pratiqua l'indiftérence (absolue).
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NOTES
(i) Affranchi de la servitude des sens.
(2) Le poète semble croire à un mouvement quelconque de la terre, ce qui n'aurait rien de trop surprenant de la part d'un Hindou; l'Inde, aujourd'hui si en retard sur les nations européennes, les devançait autrefois dans la voie des arts et des sciences.
(3) Nous ne voyons pas trop bien comment les montagnes, plus que les vallées, existent pour les autres.
(4) Ces qualités sont le monde extérieur et ses objets que le Temps produit et fait ensuite disparaître.
(5 ) On sait que les Hindous fréquentent de nombreux étangs ou gués sacrés, pour y faire leurs ablutions et sy débarrasser des souillures de l'âme, avec celles du corps.
(6) Le poète joue sur le mot tapes, qui signifie, à la fois, ascétisme et chaleur, éclat.
(7) Cf. Çânti P., cxLi, 55. (Le Brahmane affamé).
(8) Nous avons, dans ce çloka et le précédent, le résumé de la cosmogonie hindoue. Dieu ne crée pas, il ne tire rien du néant, mais il émet, il emprunte à sa propre substance les âmes individuelles, étincelles qui finissent toujours par retourner au foyer d'où elles sortent. Pour les corps,
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ils n'existent pas; ce sont de pures illusions, des fantômes auxquels ne répond aucune réalité.
(9) Nous sommes ici en présence d'une série de jeux de mots d'un goût bien douteux, il est vrai, mais très hindou.
(10) Les trois objets de l'existence ne sont autres que le trivarga : Dharmakdmârtha, le Devoir, le Désir, l'Intérêt. Le trivarga mène à la délivrance finale, au salut, moksha,
(11) C'est-à-dire qui n'est pas indifférent aux contraires, par exemple au froid et au chaud, à la richesse et à la pauvreté, à la santé ou à la maladie, etc.
(12) Naître avec un corps humain est, pour l'âme, la dernière étape avant d'arriver au ciel; c'est à elle, par suite, de ne point déchoir, mais de subir courageusement cette épreuve suprême, en pratiquant toutes les vertus, ou mieux en s'abstenant de tout acte, ainsi qu'il est enseigné dans l'Adhyâya suivant.
(i3) Cette inactivité absolue, renouvelée du serpent qui ne sait qu'attendre, dans l'immobilité, la nourriture que le hasard lui offre, est le chemin qui conduit le plus sûrement au nirvana, la félicité suprême des Bouddhistes, le néant.
(14) L'Océan ne franchit pas ses limites, lorsque les fleuves lui apportent le tribut de leurs eaux ; son lit ne reste pas à sec, lorsqu'ils lui refusent ce tribut ; ainsi en est-il du sage, au milieu des événements les plus contraires.
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{i5) Parmi les vingt-quatre gourous du jeune Brahmane, il en est, avons-nous dit, qu'il se propose d'imiter, comme la mer, le boa, etc.; d'autres dont il fuit l'exemple, tel le papillon; pour l'abeille, il s'efforcera de reproduire son discernement, sa sobriété, etc., mais il se donnera gaVde de se préoccuper du lendemain, comme elle, et par suite d'entasser des provisions, à son instar, de peur de succomber, lui aussi, victime de sa cupidité. On sait, en effet, qu'habituellement on enfumait les abeilles, pour s'emparer plus aisément de leur miel.
(i6) Allusion à la manière de chasser l'éléphant, usitée dans l'Inde.
(17) Dans le Mahâbhârata, on lit cette maxime : « Un hôte, en s'éloignant d'une maison qui a déçu son espoir, emporte les mérites du maître et lui laisse ses propres péchés. » (Çânti P., cxci, 1 2). — C'est la même pensée qui se trouve exprimée, en d'autres termes, par ce çloka. L'homme de bien, outre ses mérites personnels, s'approprie encore ceux, en petit nombre il est vrai, que peuvent avoir les méchants; il leur laisse en retour les fautes qui lui échappent quelquefois, car, s'il n'est pas de pervers qui ne fasse parfois le bien, il n'est pas d'homme vertueux qui de temps à autre ne commette le mal accidentellement.
(18) Brahme seul existant, tout le reste n est qu'illusion, apparence.
(19) Sous ce nom, PingaU, Madeleine repentie, désigne Bhagavat, c'est-à-dire Brahme lui-même, devenu désormais l'unique objet de son amour.
(20) Dans leurs descriptions, les poètes hindous ne reculent jamais devant les détails les plus réalistes, comme on dit aujourd'hui.
(21) Il s'agit des Dieux secondaires qui, en réalité, sont mortels comme les autres êtres, à part Brahme ou Vishnou.
(22) Et c'est en vertu de ce mérite inconscient ou du moins oublié d'elle que Pingalâ obtient la grâce du repentir et, par suite, de la conversion.
(23) Le puits de la transmigration, c'est le Samsara, le monde des renaissances.
(24) Le composé sanscrit Kâlâhi peut encore se traduire : le serpent qui est le temps ; le terme Kâla signifiant, à la fois, temps et noir ou bleu foncé. Nous sommes ici en présence de l'un de ces jeux de mots qui parfois semblent constituer, dans la littérature hindoue, la principale figure de rhétorique. C'est surtout dans l'épigraphie que cette fleur brille de tout son éclat; il est vrai que le style lapidaire se ressemble un peu chez tous les peuples, et que ce ne sont pas les inscriptions de l'Inde qui, peut-être, étalent les calembours les plus éhontés.
(25) Allusion à un apologue. On peut lui comparer la fable de La Fontaine (viii, 7) intitulée : Le chien qui porte au cou le dîner de son maître.
Point de courroux. Messieurs ; mon lopin me suffit ; Faites votre profit du reste.
Je ne sache pas que l'aigle de mer, dont il est ici question, ait fait cette réserve; le contexte insinue qu'il lâcha, au contraire, son butin en entier. L'auteur suppose cet apologue connu du lecteur, de même que celui qu'il mentionne un peu plus bas (çl. i3).
(26) Bhagavat, c'est-à-dire l'Être suprême.
(27) C'est-à-dire : N^ ayant plus oit exercer son activité.
(28) Les Hindous se représentent l'Univers comme une immense toile qu'ils comparent, le plus souvent, à celle de l'araignée. Brahme le tire de son sein, comme l'araignée sa toile : son intelligence lui sert de fil ou de trame pour dessiner avec les fils de la chaîne toutes ces apparences que l'on prend pour des êtres de mille formes diverses. Ce monde est aussi fragile que la toile d'araignée, puisqu'il n'est qu'un vain fantôme. Lorsque Brahme s'est amusé suffisamment avec cette fantasmagorie, il la rentre en lui-même, comme un acteur en plein vent qui replie sa tente, afin de l'aller déployer ailleurs et de donner une nouvelle représentation. Brahme va ainsi de spectacle en spectacle, avec cette particularité qu'il est, tout ensemble, Vimpresario, l'acteur et le spectateur. Cette idée, familière aux Hindous, est, au fond, toute leur théologie, toute leur philosophie.
(^g) Nous voyons, dans le régit de la Création (Gen., I), le Tout-Puissant procéder d'une façon contraire. Ils'applaudit d'avoir tiré du néant les éléments, les plantes, les animaux: il semble s'arrêter après chacune de ses ceuvres, afin d'en étudier les beautés: Et vîdit Detis quod esset bonum. Cette phrase revient chaque fois sous la plume de l'écrivain sacré; mais il ne l'emploie plus lorsqu'il s'agit de l'homme. Toutefois, Dieu contemple une dernière fois ce qu'il vient de faire et il trouve que tout est bien : Viditque Deus cuncta qua fecerat, et erant valde bona. [Ibid., 3,).