Comme l'araignée tire sa toile de son sein
la développe avec sa bouche, et, s'étant servi d'elle (pour ses ébats), l'absorbe (de nouveau), ainsi fait Maheçvara (28).
22. Sur quelque objet que l'homme concentre son esprit, dans la méditation, sous l'empire de l'amour, de la haine ou de l'épouvante, il en prend la forme.
23. La chenille qui s'est réfugiée dans la fente d'une muraille (par crainte du) Peçaskrit, à force de songer (à son ennemi), ô roi, prend sa forme, sans quitter la sienne propre.
24. Telle est la sagesse que j'ai acquise à l'école de ces gourous; voici maintenant, seigneur, l'enseignement que je dois à mon propre corps.
25. Mon corps me sert de gourou pour m'apprendre le détachement et le discernement; il apporte l'existence, la mort, et une série perpétuelle de souffrances ; par lui, j'ai une notion exacte des principes. Il n'est pas sous ma dépendance, me dis-je, et, dans cette conviction, je vis sans m'y attacher.
26. Femmes, enfants, richesses, troupeaux, serviteurs, maison, connaissances, c'est dans le dessein de lui plaire qu'on les nourrit, qu'on les augmente; à la fin, après avoir réussi à entasser
les richesses dans un monceau (et sur le point d'en jouir) en paix, le corps tombe en émettant le germe (d'un autre) corps que l'âme devra encore occuper. C'est le destin de l'arbre.
27. La gourmandise l'entraîne d'un côté; la soif de l'autre; les organes sexuels, dans une direction; la peau, le ventre, l'ouïe, dans une autre; ici (l'attire) l'odorat; ailleurs, la mobilité du regard et la puissance active : on dirait autant d'épouses rivales qui se disputent le maître de maison.
28. Quand Dieu, avec l'aide d'Ajâ, son énergie, eut émis les diverses (sortes de) villes, (les corps): arbres, reptiles, troupeaux, oiseaux, insectes, poissons, il ne fut pas satisfait; mais, quand il eut créé l'homme dont l'intelligence contemple Brahme, il fut content (29).
29. Lorsqu'au bout de renaissances multiples, le sage obtient ici-bas cette condition humaine que l'on acquiert si difficilement, mais qui procure le (vrai) bien, toute éphémère qu'elle soit, il doit, sans retard, travailler à son salut, tant qu'il ne retombe pas au pouvoir de la mort dont le domaine s'étend partout.