‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 14 sur 81 · L ORIGINE DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

L ORIGINE DE LA ROYAUTÉ

Mais ce roi, ce chef, que les nations, sous peine de mort, ont l'impérieux besoin de se choisir, est le représentant de la divinité, ou mieux, c'est Indra en personne, le roi des Dieux.

Les méchants eux-mêmes sentent la nécessité de vivre sous la protection d'un chef; car, s'ils profitent, pour s'enrichir, de l'anarchie d'un pays, ils désirent jouir paisiblement du fruit de leurs rapines et dès lors ils s'abritent à l'ombre de la royauté.

Le poète invoque le passé à l'appui de sa thèse. Les hommes autrefois vivaient dans l'anarchie la plus complète. Fatigués des maux sans nombre causés par l'absence de gouvernement, ils s'en allèrent trouver Brahmâ et lui demandèrent un roi. Brahmâ proposa le sceptre à Manu qui tout d'abord le refusa ; mais sur les instances de ses futurs sujets, il s'en saisit et régna glorieusement.

L'auteur énumère assez brièvement les privilèges de la royauté; puis, dans le chapitre suivant, il s'attarde à décrire la nécessité absolue d'un roi qui protège les peuples. Il passe en revue les calamités qui s'abattent sur un pays privé de chef. Pour ses habitants plus de repos, plus

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de bonheur ; mais la misère la plus effrayante. Plus d'agriculture, plus de troupeau, plus de beurre, par conséquent, ni, dès lors, de sacrifices. Toutes les digues sont rompues; c'est le débordement de tous les maux qui peuvent accabler l'humanité. Dans l'Odyssée^ le poète fait également dépendre du roi la fertilité des terres et des mers. C'est absolument la même idée. Le défaut de sécurité, accompagnement inévitable de l'anarchie, empêche laboureurs et pêcheurs de vaquer à leurs travaux, à leur industrie; le sol le plus riche devient stérile, faute de culture, et les mers, même les plus poissonneuses, n'étant plus explorées, cessent de livrer leurs richesses. Au contraire, sous l'autorité tutélaire de ce prince, et ici l'auteur évidemment suppose un roi ferme et sage, tout prospère, tout réussit. Une femme peut, sans craindre les voleurs, voyager seule avec ses bijoux. C'est un peu l'histoire deRollon, suspendante une branche de pommier un bracelet de prix que nuln'osa dérober, tant sa vigilance était grande et si bien établie sa réputation de justicier. Malheureusement ces âges d'or sont le plus souvent légendaires, même quand il s'agit de la Normandie et des Normands !

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Si l'homme de bien a tout à espérer d'un souverain soucieux de remplir ses devoirs, le méchant, d'autre part, a tout à craindre, car le roi, pour châtier le vice, de même que pour récompenser la vertu, emprunte des formes célestes et se métamorphose, suivant les circonstances y en cinq divinités différentes, propices à la vertu, redoutables au vice.

Telles sont les principales idées renfermées dans ce passage du Rdjadharma^ la première partie du Çânti Parvan, le douzième livre du Mahâbhârata auquel nous emprunterons désormais nos légendes morales et qui comprend les devoirs des rois, ou mieux, puisqu'on y parle aussi de leurs droits, les lois concernant la royauté.

Voyons maintenant comment notre poète les a mises en œuvre.

Nota. — Cette courte introduction s'applique aux récits suivants qui ont la royauté pour objet; nous n'aurons donc pas à la répéter; il nous suffira de la compléter dans les notes dont nous ferons suivre chacun d'eux.

l'origine de la royauté

l'origine de la royauté

ÇANTI PARVAN

ADHYAYA LXVII.

1 . Yudhishthira dit : Tu m'as appris les devoirs des quatre conditions et aussi des quatre castes ; dis-moi les principales obligations d'un pays, grand-père.

2. Bhîshma dit : Le principal devoir d'un pays, c'est la consécration d'un roi. Un pays sans roi est sans force ; les brigands y dominent.

3. Dans les pays sans chef, la loi ne saurait demeurer, on s'y dévore réciproquement, l'anarchie est une malédiction complète.

4. C'est un Indra que l'on élit en élisant un roi, dit la Çruti; celui qui désire la prospérité doit honorer le roi à l'égal d'Indra.

5. Il ne faut point habiter un pays sans chef, voilà ma conviction; dans un pays sans chef, Agni refuse de porter les offrandes (aux Dieux).

6. Aussi, lorsqu'un prince puissant, avide de conquêtes, s'avance contre un pays affaibli par l'anarchie,

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