‹ Légendes révolutionnairesChapitre 109 sur 165 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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2. Curé de Saint-Étienne du Mont en 1821, il fut nommé évéque de Grenoble le 28 décembre 1825. Après plus de vingt-cinq ans d'épiscopat, il donna sa démission le 2 juillet 1852, et mourut à Montfleury le 15 décembre 1860, dans sa quatre-vingt-seizième année.

Restauration, il fut le promoteur d'une association en faveur des pauvres Savoyards, d'une autre pour la visite des malades dans les hôpitaux, d'une autre encore pour l'instruction des jeunes prisonniers. Il fonda l'établissement des Filles repenties, contribua puissamment à assurer la prospérité du petit séminaire de Paris, en même temps qu'il aidait à créer une institution de religieuses vouées à l'instruction des filles de la campagne. Nommé par le roi à un évêché en 1817, il refusa cet honneur. 11 refusa également une place d'aumônier ordinaire dans la chapelle de Monsieur, et celle de grand vicaire de Paris, qui lui furent successivement offertes. Son humilité, son amour pour les pauvres, les prodiges de sa charité, rappelaient saint Vincent de Paul, comme ses écrits et ses discours, pleins d'onction, de sensibilité, de douceur et de charme, rappelaient Fénelon i.

Tel est l'homme dont un Vaulabelle a cru pouvoir parler avec dédain ! Cela, du reste, n'a pas porté bonheur à l'historien des Deux Restaurations, car, à partir de ce moment, il va tomber, à chaque ligne, dans des erreurs plus grossières encore que les précédentes. Après avoir raconté, nous avons vu comment, les origines de la Congrégation, il nous la montre à l'œuvre dans les premières années de la Restauration :

L'Association, écrit-il, était encore peu nombreuse lors des événements de 1814; ses principaux membres, MM. de

1. Biographie universelle* — Biographie bretonne, ^ La Congrégation^ chap. IX.

Doudeauville, Matthieu de Montmorency et de Rougé frères, se bornèrent alors à lui chercher des prosélytes parmi les nouveaux princes et les personnes de leur entourage. Louis XVIII consentit, des premiers, à figurer parmi ses membres; le comte d'Artois, M. Jules de Polignac et M. Alexis de Noailles, suivirent l'exemple du roi.... Le hasard des élections ayant amené quelques-uns des membres de la Congrégation à la Chambre, entre autres MM. de Puyvert, de Castelbajac, de Rougé et l'avocat Piet, permit à plusieurs d'entre eux, habitant Paris, d'attirer dans leurs salons les collègues assis le plus près d'eux dans l'Assemblée, ainsi qu'un certain nombre de députés de province, sans relations à Paris, et embarrassés de leur isolement. Cette circonstance facilita l'accroissement de l'Association. MM. de Villèle, Corbière, de Bouville, de Marcellus et de Puymaurin ne tardèrent pas à en faire partie.

Le salon de M. Piet, qui habitait rue Thérèse, devint le principal centre de ces différentes réunions.... L'appartement de M. Piet se trouva dès lors transformé en une sorte de salle des conférences où l'on discutait à l'avance les questions de principes, d'administration ou de personnes, dont l'assemblée avait chaque jour à s'occuper. Ces espèces de séances préparatoires ne se composaient pas exclusivement de membres de la Congrégation; celle-ci avait ses assemblées intimes, particulières, où l'on arrêtait la marche des discussions, les propositions et les amendements à faire, la composition de chaque commission, ainsi que le choix des rapporteurs ; mais les congréganistes dominaient chez M. Piet, et, par son salon, la Congrégation gouvernait complètement la Chambre des députés.... En se transformant ainsi en société politique, la Congrégation agrandit son but : ses chefs résolurent d'utiliser leur influence, non plus seulement au profit de l'Association, mais des intérêts généraux du catholicisme, et ce fut à dater de ce moment (derniers jours de 1815), que tous leurs efforts tendirent k faire restituer, par la Chambre, au clergé, la puissance qu'il avait perdue i.

Matthieu de Montmorency s'était fait recevoir congré- 1. Vaulabelle, t. IV, p. 199-201.

ganiste le 21 décembre 1801 ; il appartenait donc bien à l'Association « lors des événements de 1814; » mais, sauf ce point, tout le reste du récit de M. de Vaulabelle est absolument faux.

Les archives de la Congrégation, confiées, en 1809, lors delà première dispersion, à MM. d'Haranguiers de Quincerot, et remises par eux au P. Ronsin, furent déposées, après les événements de 1830, chez M. Gossin, qui, plus tard, les fit tenir au P. de Ravignan. Ce dernier en opéra le dépôt à la maison de la rue de Sèvres. Aucune des pièces qui composent ces archives n'était destinée à la publicité. Leur sincérité ne saurait donc être suspectée. On y trouve, année par année, jour par jour, l'histoire authentique et fidèle de l'Association. Deux documents surtout sont particulièrement précieux : la série des notices sur les congréganistes décédés et la liste complète des membres, avec la date de leur admission. M. Geoffroy de Grandmaïson a publié cette liste à la fin de son livre, et on ne l'en saurait trop remercier : cette simple liste, en effet, ces noms et ces dates réduisent à néant les accusations portées contre la Congrégation. 11 suffit de la parcourir pour voir à quel point M. de Vaulabelle était étranger, ici du moins et dans la question qui nous occupe, aux hommes et aux choses dont il parlait.

A aucun moment, ni avant 1814 ni depuis, le duc de Doudeauville et MM. de Rougé frères n'ont fait partie de la Congrégation. Louis XVIII et le comte d'Artois n'ont jamais figuré parmi ses membres. Alexis de Noailles n'y est pas entré en 1814 : à cette date, il y avait déjà douze ans qu'il était congréganiste.

Mais cela n'est rien auprès de ce qui va suivre. M. de Vaulabelle attache beaucoup de prix à montrer la Chambre de 1815, — la Chambre introuvable, — in-

féodée à la Congrégation, recevant d'elle le mot d'ordre, lui obéissant au doigt et à l'œil. Les députés de la majorité se réunissent dans le salon de M. Piet, rue Thérèse : force est donc que M. Piet soit un congréganiste. Congréganistes aussi, cela va sans dire, les membres les plus ardents du côté droit, MM. de Puyvert, de Rougé, de Caslelbajac. Qu'ils le veuillent ou non, il faut que les chefs suivent à leur tour, et voilà MM. de Villèle et Corbière bombardés congréganistes, en compagnie de MM. de Bouville, de Marcellus et de Puymaurin. Or ni M. Piet, ni MM. de Puyverl, de Caslelbajac et de Rougé, ni MM. de Villèle et Corbière, ni MM. de Bouville, de Marcellus et de Puymaurin, n'ont jamais fait partie de la Congrégation.

M. de Vaulabelle ne s'arrête pas en si beau chemin. C'est la réunion Piet qui mène la Chambre de 1815; mais ce sont les congréganistes qui mènent la réunion Piet. Ils y sont en majorité, au nombre de plus de 100, par conséquent, puisque la réunion se compose de plus de 200 membres K Ils arrêtent d'avance, dans le salon de la rue Thérèse, « la marche des discussions, les propositions elles amendements à faire, la composition de chaque commission, ainsi que le clioix des rapporteurs. » Voilà qui est à merveille! Ouvrons maintenant VAlmanach royal qui contient les noms des membres de la Chambre des députés; ouvrons en même temps le livre de M. Geoffroy de Grandmaison, qui nous donne, avec la date de leur admission, les noms de tous les congréganistes. Mettons en regard l'une de l'autre les deux listes. Il ressort de leur comparaison, que sur les bancs de la Chambre de 1815 il y avait jusqu'à

1. Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, t. 111, p. 347.

ti^ois congréganistes : Alexis de Noailles, Augustin de Meaux et Louis Héricart de Thury !

L'ordonnance du 5 septembre 1816 prononça la dissolution de la Chambre introuvable. Les élections, qui eurent lieu le 25 septembre et le 4 octobre, mirent l'extrême droite en minorité. Ce fut seulement au mois de décembre 1820 que ses chefs, MM. de Villèle et Corbière, entrèrent au ministère, mais sans autre titre que celui de ministre d'Etat et sans portefeuilles. Au mois de décembre 1821, ils furent enfin appelés à former un cabinet. Pour la première fois, depuis le commencement de la Restauration, la droite proprement dite arrivait au pouvoir. C'est ce moment que M. de Vaulabelle choisit pour entretenir de nouveau ses lecteurs de la Congrégation, qu'il a consenti à laisser dans l'ombre pendant cinq ans, encore bien que, pendant ces cinq années, les chefs de cette ténébreuse Association, de « cette puissance OCCULTE, » ne fussent pas restés inactifs, on va le voir. Mais ici encore, laissons la parole à M. de Vaulabelle lui-même :

Cette association secrète avait changé de directeur spirituel ; l'abbé Legris-Duval, mort en 1819, était remplacé par le P. Ronsin, qui déjà lui avait succédé dans l'emploi de précepteur de l'héritier de la maison Doudeauville, M. Sosthène de la Rochefoucauld, maison d'où était également sorti, ainsi qu'on l'a vu, le premier directeur de l'Association, le P. Delpuits i.

Au risque d'aggraver le cas de la Congrégation et de

ses membres, je dois faire remarquer que ce n'esl pas seulement en 1819, à la mort de l'abbé Le Gris-Duval •, mais longtemps avant et dès 1814, que le P. Uonsin devint le directeur spirituel de la Congrégation. L'abbé Le Gris-Duval avait bien pu s'en occuper, sans nuire aux autres travaux de son ministère, quand elle était réduite à une vmgtaine de jeunes gens ; cela ne lui était plus possible, alors que le retour des Bourbons permettait à l'Association de se reconstituer, et qu'elle passait du chiffre de vingt membres à celui de quatre cent vingt-trois. Au mois d'août 1814, il remit ses pouvoirs au P. Ronsin 2.

M. de Vaulabelle veut absolument que tous les directeurs de la Congrégation, depuis le P. Delpuits jusqu'au P. Konsin, en passant par l'abbé Le Gris-Duval, aient été attachés à la maison Doudeauville et aient dirigé l'éducation de M. Sosthène do. la Uochrfoucauld. Cela n'est vrai que pour l'abbé Le Gris-Duval ; le P. Delpuits ne fut pas précepteur du vicomte de la Rochefoucauld, le P. Ronsin ne le fut pas davantage. Le duc de Doudeauville avait bien songé à lui confier cette mission, mais l'abbé Ronsin (il n'était point encore Jésuite) souhaitait des devoirs plus austères : il avait sollicité du P. Varin son admission dans la Société dos Pères de la Foi, et il avait été envoyé, comme professeur, au collège de Belley, ce qui lui valut, après avoir refusé d'être le précepteur de Sosthène de la Rochefoucauld, de devenir l'un des maîtres de Lamartine. 11 est d'ailleurs assez curieux de constater que M. Sosthène de la Rochefoucauld, qui aurait eu comme précepteurs les trois direc-

1. Il mourut le 18 janvier 1819, à peine âgé de cinquanletrois ans.

leurs de la Congrégation, n'en a jamais fait partie. Son père, le duc de Doudeauville, n'a pas davantage figuré parmi ses membres.

Je continue à citer le texte de M. de Vaulabelle :

Les directeurs de la Congrégation, dans les premiers jours de 1821, résolurent d'établir, sous divers titres, des réunions et des conférences publiques ayant pour but apparent de propager les saines doctrines de la morale et de la politique.... On annonça, à grand bruit, la fondation d'une Société des Bons-Livres, d'une Société des Bonnes-Lettres, d'une Société des Bonnes-Études et d'une Association pour la défense de la religion catholique.

Les femmes n'étaient pas oubliées dans les efforts de cette propagande; les chefs de la Congrégation avaient institué pour elles des confréries vouées à l'Adoration du Sacré Cœur de Jésus et du Sacré Cœur de Marie....; enfin une Association dite de Saint-Joseph était destinée à étendre l'action de la Société parmi les ouvriers sans travail et les domestiques sans emploi l .

Société des Bons-Livres, Société des Bonnes-Lettres, Société des Bonnes-Études, Association pour la défense de la religion catholique. Confrérie de Vadoration du Sacré Cœur de Jésus, Confrérie de Vadoration du Sacré Cœur de Marie, Association de Saint-Joseph, cela fait sept Sociétés fondées en un an ; que dis-je ? en un mois ou deux, dans les premiers jours de 1821, soit à peu près une fondation par semaine. C'était, il faut l'avouer, un assez beau résultat pour une « association OCCULTE, » pour des gens obligés de s'entourer de mystère et qui travaillaient dans l'ombre !

La Congrégation, hélas! n'accomplissait point de tels prodiges. Elle n'a pas mérité l'excès d'honneur que lui fait ici M. de Vaulabelle. De ces sept sociétés, il n'en est

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