La Vie et les travaux du baron Cauchy, par C.-A. Valson
3. Nicolas-Maximilien Séguier, marquis de Saint-Brisson (1773- 1854), vécut, pendant l'Empire, fort occupé de bonnes œuvres et de travaux littéraires. Il accueillit la Restauration avec enthousiasme, et fut, en octobre 1814, nommé préfet du Calvados ; rem-
le frère était premier président de la Cour impériale de Paris, avaient refusé les offres les plus brillantes. Antoine de Ponton d'Amécourt était aide de camp du maréchal Mortier. Charles de Forbin-Janson et Charles de Breteuil étaient auditeurs au conseil d'État, et le second était envoyé, en 1809, en Allemagne, pour administrer la basse Styrie et la Carinthie K Aucun d'eux, j'imagine, n'était menacé d'arrestation ou de visite domiciliaire et n'avait eu besoin de se réfugier dans le petit oratoire de la rue Saint-Guillaume comme dans un lieu d'asile.
La prison, d'ailleurs, ne leur faisait point si grand'peur que cela, et plusieurs d'entre eux n'hésitèrent pas à en courir les chances, le jour où il le fallut. Quand le pape fut dépouillé de ses États, arraché du Quirinal, traîné en exil, et que la bulle d'excommunication lancée par lui contre l'empereur fut apportée à Lyon, elle fut reçue, traduite et copiée par deux congréganistes, MM. Franchet-Desperey et Bertaud du Coin. Un autre congréganiste, Eugène de Montmorency, se chargea de porter la copie à Paris, d'où elle fut répandue dans toute la France. Six congréganistes avaient coopéré à cet acte de dévouement. Trois d'entre eux, dont Alexis de Noailles, furent arrêtés. A quelques semaines de là, au mois de septembre 1809, la Congrégation elle-même était dissoute; un décret impérial supprimait « tous les
placé pendant lesCent-Jours, et appelé, au retour de Louis XVllI, à la préfecture de la Somme, il dirigea successivement les départements de la Meurthe, de la Côle-d'Or et de l'Orne ; il donna sa démission en 1830. Ses travaux sur la langue grecque, l'écriture hiéroglyphique et l'histoire des religions, lui valurent d'être nomme membre associé de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
1. Charles de Breteuil fut créé, le 9 mars 1810, baron de l'Empire, appelé, le 20 novembre 1810, à la préfecture de la Nièvre, et, le 25 mars 1813, à celle des Bouches-de-l'Elbe.
établissements connus sous le nom de Congrégation de la Sainte-Vierge; » ce qui n'empêchera pas M. de Vaulabelle d'écrire que « jusqu'à la fin de l'Empire, aucun changement ne fut apporté dans la position de la Société. »
A la suite du décret édicté par l'empereur, le P. Delpuits avait dû ordonner à ses jeunes amis de ne plus se réunir. 11 recevait bien en particulier quelques-uns d'entre eux et leur donnait toujours de précieux avis, mais il refusait à leurs amicales instances la reconstitution de leur chère association. M. Duclaux, qui venait de succéder à M. Émery dans la direction de Saint-Sulpice, était le confesseur du P. Delpuits; il lui demanda de vouloir bien lui remettre les pouvoirs qu'il avait reçus de Pie VU, et put alors autoriser quelques congréganistes éprouvés à se réunir de nouveau. 11 recommandait expressément que ce fût en très petit nombre, afin de ne pas éveiller les soupçons i. Tous les quinze jours, le dimanche matin à huit heures, ils se rendaient dans une éghse indiquée à l'avance, ordinairement Saint-Sulpice, chère à la Congrégation, parce que, là, le Souverain Pontife l'avait bénie et confirmée. Us étaient au nombre de douze seulement. M. Duclaux s'était refusé à les présider en personne ; ils s'adressèrent également en vain à plusieurs ecclésiastiques; tous alléguèrent qu'il était trop difficile de succéder au P. Delpuits. Sur ces entrefaites, l'abbé ,^ PhiUbert de Bruillart, chanoine honoraire de Notre- •-! Dame, qui faisait partie de la Congrégation, fut nommé, il dans l'hiver de 1810, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet. Un de ses premiers soins fut de réunir les débris epars d'une réunion de piété dont il avait goûté le SI
LA CONGRÉGATION. 2g|
charme et apprécié l'importance. Muni des pouvoirs du Père directeur, il veilla soigneusement à éviter tout bruit inutile et à écarter tout danger. Il offrit à ses confrères une chapelle retirée de son église pour y entendre la messe ; mais, absorbé par les soins de sa paroisse, il ne put continuer longtemps à s'occuper de la Congrégation, pour laquelle une direction assidue était nécessaire; au commencement de 1812, il remettait ses pouvoirs authentiques à M. l'abbé Le Gris-Duval.
M. de Vaulabelle se trompe donc encore lorsqu'il écrit « q\ïun abbé Legris-Duval avait remplacé le Père Delpuits dans la direction religieuse de la Congrégation 1. » C'est à M. Phihbert de Bruillard 2, et non au P. Delpuits, que succéda celui que M. de Vaulabelle appelle un abbé Legris-Duval, comme s'il s'agissait d'un prêtre obscur, d'un pauvre diable de précepteur ecclésiastique. Ignorait-il donc, le savant historien, que l'abbé Le Gris-Duval a été, dans les premières années de ce siècle, un des membres les plus éminents du clergé de France? Ordonné prêtre le 20 mars 1790, il s'était présenté, le 20 janvier 1793, à la Commune de Paris, et avait demandé l'autorisation d'offrir au roi les secours de son ministère. Pendant la Terreur, il avait plus d'une fois, au péril de sa vie, assisté, consolé, béni ceux qui montaient sur l'échafaud. Il avait, sous le Consulat, créé l'œuvre des Orphelins de la Révolution, destinée à recueillir et à élever les enfants des victimes demeurés sans ressources et sans asile. Sous la