Vie de l'abbé Coudrin, par M. l'abbé Coudrin
La Société des Bonnes-Études fut formée en 1823. C'était le Cercle catholique du temps. Procurer à des jeunes gens sérieux un lieu de réunion où ils pussent discuter en commun et à armes courtoises des questions de philosophie, de littérature et d'histoire, parfaire ainsi leur instruction personnelle et se former à l'exercice de la parole, tel était le but que se proposaient ses organisateurs. Les étudiants y trouvaient une bibliothèque, un salon de lecture, une salle de travail. Un amphithéâtre, pouvant contenir environ trois cents personnes, permettait de faire des conférences de droit ou de médecine et de donner des séances littéraires. Les conditions d'admission étaient fort larges ; on n'exigeait pas que le récipiendaire pratiquât, ni même qu'il eût la foi ; il suffisait qu'il parût sincère dans ses doutes et disposé à les éclaircir. Le fondateur des Donnes-Études était M. Bailly de Surcy, un des hommes de notre siècle qui ont fait le moins de bruit et le plus de bien ; c'est chez lui que la Société de Saint- Vincent de Paul a pris naissance, et il en a été le premier président. Et puisque je parle ici de la Société des Bonnes-Études, j'en profiterai pour rectifier une ou deux petites erreurs commises à son sujet, ici même i, dans les intéressants Souvenirs de jeunesse de M. Louis do Carné. « Les conférences littéraires des Bonnes- Études, écrivait l'éminent acadérpicien dans le Correspondant du 10 décembre 1871, avaient commencé par des lectures sur les gloires de la vieille monarchie ; on y avait entendu des élégies nombreuses sur les malheurs de la famille royale, dont l'une, VOde à Louis XVII, était l'œuvre d'un inconnu à la veille de s'appeler Victor
1. Le Correspondant, où le présent chapitre a d'abord paru. Livraison du 25 janvier 1890.
Hugo. » M. de Carné confond ici la Société des Bonnes- Études avec la Société royale des Bonnes-Lettres, où Victor Hugo donna, en effet, lecture de trois de ses odes : le 28 février 1821, de son ode sur Quiberon; le 13 mars suivant, de celle qui a pour titre Vision, cl, le 10 décembre 1822, de son ode sur Louis X VU. La Société des Bonnes-Études n'a commencé qu'en 1823 ; les étudiants en droit ou en médecine y étaient seuls admis, et Victor Hugo, encore bien qu'il eût pris quelques inscriptions de droit, n'y parut jamais. Elle tenait ses séances rue de l'Estrapade, au centre du quartier latin ; celles de la Société des Bonnes-Lettres avaient lieu sur la rive droite, à l'ancien hôtel de Gèvres, rue Neuve-Saint-Augustin, n*^ 17. — Dans un autre chapitre de ses Souvenirs, M. de Carné raconte sa première rencontre avec Lacordaire. <' C'était, dit-il, dans un petit cercle littéraire qui se tenait rue Cassette, et qui fut le germe de la Société des Bonnes-Études. Ce jeune avocat avait écrit, en revenant de passer ses vacances en Suisse, une sorte de journal en prose mêlée de vers. Il y décrivait, entre mille autres choses, dans un chapitre pittoresque, le beau lac de Brientz, près de Berne ; et, faisant intervenir la jolie batelière préposée au passage, il lui prêtait le gracieux appel dont voici la première strophe :
Le ciel est pur, ô voyageur !
Élancez-vous dans ma nacelle ; Ainsi que moi ma barque est belle, Et penche au vent comme une fleur *. »
Ce récit n'est pas tout à fait exact. Voici comment les choses se passèrent. C'était pendant l'hiver de 1823, quelques mois avant l'entrée de Henri Lacordaire à