Ibid., loc. cit
Il est toujours constant que la Congrégation a une extrême activité. Si elle voit lui échapper quelque appui dans les hommes du pouvoir, elle redouble les efforts de son action pour gagner en intensité ce qu'elle perd en étendue. Voici des faits : Une pièce qui circule publiquement dans le département de la Meurthe, sans y exciter ni démenti ni répression, prouve jusqu'à l'évidence qu'on enrôle la population de ce pays sous le nom de la Propagation de la foij qu'on la divise par centuries et par décuries commandées chacune par un chef particulier ; qu'on grève cette population d'une contribution régulière, sous prétexte de la distribution des indulgences. On ne peut se refuser à voir dans de semblables mesures les actes d'un souverain étranger exécutés en France.... On n'y voit pas sans inquiétude une armée de prolétaires levée en silence et sans opposition.... Plaignons ceux qui, sans en pressentir les funestes conséquences, soutiennent des entreprises déguisées sous le nom de Propagation de la foi. Mais c'est aux ministres à en rechercher les auteurs, à nous débarrasser enfin de ce vaste réseau qui enveloppe toute la surface de la France, car c'est partout et jusque dans la capitale que se trouvent ses odieuses menées i.
Si la Congrégation ne disposait pas des fonds de la Propagation de la foi, il semble bien, après tout, qu'elle pouvait s'en passer. Est-ce que tous ses membres n'émargeaient pas au budget ? N'avaienl-ils pas toutes les places, et M. de Villèle ne se faisait-il pas, chaque année, un devoir et une fête d'accorder
Un large milliard à leur faim féodale ' ?
i. Séance de la Chambre des députés du 3 mai 1828. — Monileur du 4 mai.
2. La Villéliade ou la prise du château Rivoli, poème héroïcomique en six chants, eh. i. — Ce pamphlet rimé de Barthélémy
M. de Vaulabelle nous retrace, en ces termes, dans son récit de l'année 1826, le tableau de cette curée :
Lorsque la Congrégation se trouva maîtresse du ministère et de toutes les positions politiques influentes, ses affiliés, placés à toutes les avenues du pouvoir, les fermèrent peu à peu aux hommes étrangers à l'Association, et n'y laissèrent bientôt plus arriver que les congréganistes. Plus la Société, d'ailleurs, s'étendait, et plus elle était obligée de se montrer exclusive. Les emplois ne se trouvaient pas en si grand nombre qu'elle pût pourvoir facilement tous ses adeptes. Les royalistes que la probité de leur caractère, l'indépendance de leurs habitudes ou de leur esprit, empêchaient de se soumettre à ses pratiques et portaient à repousser son joug, se voyaient donc sacrifiés à une foule d'intrigants et de coureurs de places, gens obscurs pour la plupart, sans racines dans le passé, sans antécédents politiques, qui, courtisans infatigables de la puissance, prompts à revêtir tous les costumes, à se couvrir de tous les masques, et indifférents à toute croyance, n'hésitaient pas à affecter la dévotion la plus rigoureuse, à assister dévotement à tous les offices, à communier en public, à exalter, en toute occasion, les services rendus à la religion et au monde par la Compagnie de Jésus, et à placer au-dessus du droit des rois le droit des papes 1.
Tout à l'heure, M. de Vaulabelle nous montrait la Congrégation se recrutant surtout parmi les membres de « l'ancienne aristocratie ; » sur la liste de la Congrégation des Missions étrangères, — et nous savons qu'elle était à elle seule la Congrégation tout entière, — il ne voulait voir que des princes, des ducs, des marquis, des comtes, des vicomtes, des barons et des chevaliers. Maintenant tout est changé : la Congrégation ne se compose plus que de gens obscurs, « sans
et Méry est, en son genre, un chef-d'œuvre, très supérieur aux chansons politiques de Béranger.